2 Message de Jean Paul II pour la Journée Mondiale de la Paix

1.1.1.5 Rome: Le pape propose la création d’une nouvelle organisation internationale

Rome, 17 décembre 2002 (APIC) Jean Paul II propose la constitution d’une nouvelle organisation internationale, dans son message pour la prochaine Journée Mondiale de la Paix, célébrée chaque année le 1er janvier. Le pape attire notamment l’attention sur la situation «dramatique» du Proche Orient et de la Terre Sainte.

«Pacem in terris, un engagement permanent» est le thème de ce message publié le mardi 17 décembre 2002. Le document de Jean Paul II se présente sous la forme d’une analyse de l’actualité de l’encyclique «Pacem in terris» du pape Jean XXIII, publiée il y a près de quarante ans, le 11 avril 1963.

Alors que le contexte international de l’époque ­ la crise des missiles à Cuba et la menace d’une guerre atomique mondiale, notamment ­ conduisait les gens à considérer que l’humanité était condamnée à vivre pour longtemps encore dans les conditions précaires de «guerre froide», Jean XXIII identifia les conditions essentielles de la paix, à savoir les quatre «piliers de la paix» que sont la vérité, la justice, l’amour et la liberté, rappelle mardi Jean Paul II dans son message pour la paix.

Un des points «prophétiques» relevés dans l’encyclique de Jean XXIII par Jean Paul II concerne l’»universalisation» du bien commun. Pour le pape actuel, «une des conséquences de cette évolution était l’exigence évidente d’avoir une autorité publique au niveau international qui puisse disposer de la capacité effective de promouvoir ce bien commun universel».

L’ONU n’a pas comblé toutes les espérances

Rappelant l’existence de l’Organisation des Nations Unies ­ que Jean XXIII considérait «avec une grande espérance» ­ Jean Paul II regrette que la vision du «Bon pape Jean» ne se soit pas encore entièrement réalisée. «On doit observer que la communauté internationale, qui possède depuis 1948 une charte des droits de la personne humaine, a pour le moins négligé d’insister comme il le faut sur les devoirs qui en découlent», déplore-t-il en regrettant le «grand désordre» dans la situation internationale actuelle.

«Quel type d’ordre peut remplacer ce désordre ?», se demande alors Jean Paul II. «Et puisque le monde, malgré son désordre, est en train de s’organiser dans plusieurs domaines, (.) selon quels principes doivent se développer ces nouvelles formes d’ordre mondial ?». «Le temps n’est-il pas venu où tous doivent collaborer à la constitution d’une nouvelle organisation de toute la famille humaine, pour assurer la paix et l’harmonie entre les peuples, et en même temps promouvoir leur progrès intégral ?», lance Jean Paul II en guise de réponse.

Cette nouvelle organisation ne serait pas un «super-Etat mondial», précise-t-il, mais aurait pour objectif d’accélérer les progrès déjà en cours pour répondre à la demande presque universelle de modes démocratiques dans l’exercice de l’autorité politique, tant nationale qu’internationale, et pour répondre aussi à l’exigence de transparence et de crédibilité à tous les niveaux de la vie publique.

Le rôle de la religion dans les gestes de paix

Toutefois, avoue Jean Paul II, on doit reconnaître que la paix n’est pas tant une question de structures que de personnes. «Il est certain que les structures et les procédures de paix sont nécessaires (.) mais elles ne sont que le fruit de la sagesse et de l’expérience accumulées au long de l’histoire à travers d’innombrables gestes de paix, (.) nés de la vie de personnes qui nourrissent en elles des attitudes constantes de paix». A cette occasion, le pape insiste sur le rôle «vital» joué par la religion «pour susciter des gestes de paix et consolider des conditions de paix».

«Ces questions de grande portée montrent que le problème de l’ordre dans les affaires mondiales, qui est aussi le problème de la paix correctement comprise, ne peut pas faire abstraction des problèmes liés aux principes moraux», explique en effet Jean Paul II. C’est là une vérité «que nous ferions bien de nous rappeler et de méditer».

La situation «dramatique» du Proche Orient et de la Terre Sainte

Le pape attire alors particulièrement l’attention sur la situation «dramatique» du Proche Orient et de la Terre Sainte. «Sans doute nulle part ailleurs on ne ressent avec une telle acuité la nécessité d’utiliser de manière correcte l’autorité politique», affirme-t-il.

Dénonçant à cette occasion les conflits d’intérêts entre les membres de la communauté internationale, Jean Paul II les accuse d’être responsables de rendre encore plus dramatique la précarité de la situation. «Jour après jour et année après année, l’effet cumulé d’un refus mutuel exacerbé et d’une chaîne infinie de violences et de vengeances a brisé jusqu’à maintenant toute tentative d’un dialogue sérieux sur les vraies questions en cause». «Tant que ceux qui occupent des responsabilités n’accepteront pas de remettre courageusement en question leur manière de gérer le pouvoir et d’assurer le bien-être de leur peuple, poursuit le pape, il sera difficile d’imaginer que l’on puisse vraiment progresser vers la paix».

C’est pourquoi Jean Paul II en appelle alors à «l’honnêteté de l’information», à «l’équité des systèmes juridiques», ainsi qu’à «la transparence des procédures démocratiques». «Les rencontres politiques au niveau national et international ne servent la cause de la paix que si les engagements pris ensemble sont respectés de part et d’autre», ajoute-t-il. «Dans le cas contraire, ces rencontres risquent de devenir insignifiantes et inutiles, et il en résulte que les gens sont tentés de croire de moins en moins à l’utilité du dialogue et de faire plutôt confiance à l’usage de la force pour résoudre les conflits», explique Jean Paul II.

Les engagements pris et non respectés nuisent au processus de paix

«Les répercussions négatives qu’ont sur le processus de paix les engagements pris et non respectés doivent conduire les chefs d’Etats et de gouvernement à peser avec un grand sens de la responsabilité chacune de leurs décisions». En outre, poursuit le message, «le non respect des engagements à l’égard des nations en voie de développement constitue un problème moral sérieux et met encore plus en lumière l’injustice des inégalités qui existent dans le monde».

En reprenant le thème de l’encyclique «Pacem in terris», Jean Paul II veut ainsi souligner la tâche immense rappelée dans ce document. «Considérant le présent et l’avenir avec les yeux de la foi et de la raison, le bienheureux Jean XXIII (.) savait que les choses ne sont pas toujours comme elles apparaissent en surface», explique-t-il. «Malgré les guerres et les menaces de guerres, il y avait quelque chose d’autre à l’oeuvre dans l’histoire humaine, quelque chose que Jean XXIII recueillit comme les débuts prometteurs d’une révolution spirituelle».

En conclusion, le pape invite les chrétiens à célébrer le 40ème anniversaire de la publication de «Pacem in terris» de «manière appropriée» au cours de l’année 2003, «par des initiatives qui ne manqueront pas d’avoir un caractère oecuménique et interreligieux». (apic/imedia/be)

17 décembre 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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