Stop à la violence dont sont victimes l’Eglise et la population

République du Congo: Lettre ouverte des évêques aux autorités et aux groupes armés

Brazzaville, 6 octobre 2002 (APIC) Les évêques de la République du Congo ont énergiquement dénoncé dans une lettre les violences subies par l’Eglise et les habitants du Congo. Ils condamnent l’ensemble des groupes armés, y compris la force civile, qui sévissent dans cette région. L’Eglise, assure le président de la Conférence des évêques du pays, est en première ligne dans les exactions commises et les auteurs des crimes agissent en toute impunité.

La lettre de l’épiscopat, de Mgr Anatole Milandou, archevêque de Brazzaville et président de la Conférence Episcopale du Congo, a été écrite au lendemain de l’enterrement, le 1er octobre, dans la capitale congolaise, du Père français Jean Guth, curé de Mayama (région du Pool) et missionnaire spiritain.

Le Père Guth, kidnappé le 31 mars par des miliciens «ninjas», est décédé en captivité le 10 août dernier. Les prélats congolais appellent notamment les jeunes qui ont suivi Ntoumi (un ancien féticheur-guérisseur qui soignait les malades mentaux selon des méthodes traditionnelles, NDLR) à déposer les armes et à «revenir sur la voie de la raison».

«Le Père Jean Guth vient de mourir des mains des miliciens ninjas-nsiloulou (faction des ninjas obéissant à Ntoumi), qui l’ont pris en otage, sans raison. Il vient ainsi allonger la liste des serviteurs et servantes de Dieu, victimes des violences politiques au Congo», dénoncent les évêques.

En dehors des violences sur les personnes, l’Eglise «n’a cessé de déplorer le lourd préjudice matériel dont le triste butin est transporté et vendu impunément à Brazzaville et dans les autres villes du pays. Toutes ces violences et agressions sont l’oeuvre de tous les groupes armés, miliciens cocoyes, miliciens cobras, miliciens ninjas-nsiloulou et même les membres de la Force publique» accuse l’archevêque.

Mgr Milangou déplore également les exactions dont les civils congolais, en particulier les habitants de la région du Pool, sont victimes et l’impunité de leurs auteurs. «Depuis des décennies, il n’y a jamais eu de procès, pas même la moindre réprobation publique, pas de dédommagement pour les pertes que la population et l’Eglise ont subies».

Les évêques lancent enfin un appel aux miliciens de Frédéric Bitsangou, alias Ntoumi, afin qu’ils déposent les armes. S’adressant aux autorités, les évêques réaffirment que «pour la paix, le dialogue demeure la voie incontournable», ils offrent leur disponibilité pour la réinsertion de la jeunesse, et que cessent les exactions gratuites, surtout celles exercées à l’encontre des jeunes qui sont dans les villages ou qui sortent des forêts».

Le Père Guth, âgé de 63 ans, a été inhumé mardi 1er octobre à Brazzaville. Son cadavre a été découvert quelques jours auparavant, enterré au village de Louolo, au sud de la localité de Kindamba, dans le Pool. Le missionnaire avait été pris en otage par les rebelles le jour de Pâques. (apic/misna/pr)

6 octobre 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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