Un guide moral et doctrinal pour les politiciens catholiques

Rome: Le Vatican publie un code de bonne conduite en politique

Rome, 16 janvier 2003 (APIC) Y a-t-il une politique catholique? Sur quelles bases le chrétien militant doit-il fonder son programme? Comment doit-il se situer par rapport à la laïcité? C’est pour répondre à ces questions que la Congrégation pour la doctrine de la foi, présidée par le cardinal allemand Joseph Ratzinger, a publié en plusieurs langues, le 16 janvier, une «note» à propos «de questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique».

Approuvé par Jean-Paul II le 21 novembre 2002 et signé le 24 novembre suivant, ce document d’une quinzaine de pages s’adresse particulièrement aux hommes politiques catholiques. L’objectif est de guider les catholiques engagés en politique sur les questions d’ordre moral et doctrinal.

C’est en constatant que de nombreux discours ou programmes politiques prônent aujourd’hui un «pluralisme éthique favorable à la décadence et à la dissolution de la loi morale naturelle», que la Congrégation pour la doctrine de la foi insiste sur l’importance de ces valeurs morales comme «condition de la démocratie». «L’histoire du 20ème siècle l’a montré, précise la note. Toute conception de l’homme, du bien commun et de l’Etat, doit se soumettre au jugement de cette norme morale».

Des programmes compatibles avec la foi et la loi morale naturelle

Ainsi, écrivent les auteurs, les citoyens catholiques ont la «légitime liberté» de choisir leur parti politique, à condition que le programme de celui-ci «soit compatible avec la foi et la loi morale naturelle». Ils reconnaissent donc «une pluralité d’orientations et de solutions», ainsi que «diverses stratégies (.) pour réaliser ou garantir une même valeur fondamentale».

Toutefois, l’engagement du catholique doit toujours «garder intacte la matrice dont provient l’engagement des catholiques dans la politique, (.) la doctrine morale et sociale chrétienne», précise la note. Elle met en même temps en garde contre «une conception du pluralisme adaptée au relativisme moral». Sur ce principe, «l’engagement des catholique ne peut céder à aucun compromis».

Pour un engagement dans les domaines éthiques

La Congrégation pour la doctrine de la foi cite alors les principales questions sur lesquelles les catholiques doivent s’engager : l’euthanasie, l’avortement, le clonage, la famille et le couple en général, la protection sociale des mineurs ou encore le droit à la liberté religieuse. A cette occasion, le document déplore «des tentatives de législation qui veulent briser l’intangibilité de la vie humaine et qui ne se soucient pas des conséquences qui en dérivent».

«Les catholiques ont le droit et le devoir d’intervenir dans ce déferlement», ainsi que «l’obligation grave et précise de s’opposer à toute loi qui s’avère un attentat à la vie humaine», écrivent les auteurs. Ainsi, selon eux, «il y a impossibilité (pour un catholique, ndlr) de participer à une campagne en faveur de ces lois, et il n’est permis à personne de les soutenir par son vote».

Abordant ensuite la question du principe de laïcité, la note précise que celui-ci n’a «rien à voir avec le confessionalisme ou l’intolérance religieuse». Pour l’Eglise catholique, «la laïcité est comprise comme une autonomie de la sphère civile et politique par rapport à la sphère religieuse et ecclésiastique, mais pas par rapport à la sphère morale». «Identifier la loi religieuse avec la loi civile peut effectivement étouffer la liberté religieuse et même limiter ou nier d’autres droits humains aliénables».

«Le fait que certaines (.) vérités soient aussi enseignées par l’Eglise ne réduit en rien la légitimité civile et la laïcité de l’engagement de ceux qui se reconnaissent en elles», explique le document. «Vivre et agir politiquement en conformité avec sa conscience ne revient pas à un entérinement servile de positions étrangères à l’engagement politique ou d’une forme de confessionalisme».

Contre une sorte de «laïcisme intolérant»

A cette occasion, la Congrégation pour la doctrine de la foi dénonce «une forme de laïcisme intolérant» de la part de ceux qui, «voudraient voir dans le devoir moral qu’ont les chrétiens d’être cohérents avec leur conscience, un signal pour les disqualifier politiquement et leur refuser le droit d’agir en politique». Dans ce cas, «la voie est ouverte à une anarchie morale».

Même s’il «n’appartient pas à l’Eglise de formuler des solutions concrètes, et encore moins des solutions uniques» en politique, celle-ci a «le droit et le devoir d’exprimer des jugements moraux sur des réalités temporelles», précise enfin la note. «Le magistère de l’Eglise veut former et illuminer la conscience des fidèles».

La question de l’engagement des catholiques en politique a été l’objet de nombreux documents pontificaux, notamment au cours du 20ème siècle. A travers la note publiée le 16 janvier 2003, la Congrégation pour la doctrine de la foi propose une synthèse du magistère de l’Eglise, afin de «rappeler quelques principes qui inspirent la conscience chrétienne (.) en ces temps où le cours rapide des événements a souvent provoqué l’émergence d’orientations ambiguës et de positions contestables». (apic/imedia/bb)

16 janvier 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
Partagez!