Allemagne: Célébration pour les 90 ans de Werenfried van Straaten, le «Père au lard»

Le «plus grand mendiant du siècle»

Limbourg, 19 janvier 2003 (APIC) Près de 500 personnes, venues des 4 coins du monde, ont participé vendredi à la cathédrale de Limbourg, près de Francfort, à une célébration à l’occasion du 90e anniversaire du Père Werenfried van Straaten. Le légendaire «Père au lard» a fondé en 1947 l’oeuvre d’entraide catholique internationale «Aide à l’Eglise en Détresse» (AED), une oeuvre caritative de droit pontifical reconnue par le Saint- Siège.

L’AED dispose aujourd’hui de secrétariats nationaux dans 16 pays du monde occidental et soutient des projets pastoraux dans près de 140 pays sur tous les continents.

Bien que très handicapé et affaibli – il ne se déplace plus qu’en chaise roulante depuis plusieurs années – le Père van Straaten a participé à la messe solennelle présidée par Mgr Franz Kamphaus. L’évêque de Limbourg a relevé les mérites de ce religieux prémontré hollandais, véritable «apôtre de la réconciliation et de la paix

Au lendemain de la guerre, le Père Werenfried n’a pas hésité en effet à quémander habits et vivres – dont des centaines de tonnes de lard, d’ù son fameux surnom – dans les fermes de Flandres pour venir en aide aux Allemands chassés territoires de l’Est, à faire appel aux anciens ennemis pour venir en aide aux vaincus dans la détresse. Pour Mgr Kamphaus, le Père Werenfried a pris la parole de Dieu au sérieux et beaucoup osé et entrepris.

De nombreux télégrammes ont salué les mérites du fondateur de l’AED. Le président allemand Johannes Rau, le nonce apostolique en Allemagne, Giovanni Lajolo, le président de la Commission européenne, Romano Prodi, le président du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE), Mgr Amédée Grab, évêque de Coire, ainsi que le cardinal de la curie romaine Dario Castrillon Hoyos, préfet de la Congrégation pour le clergé, ont salué l’engagement du jubilaire durant plus de 5 décennies pour venir en aide aux chrétiens persécutés ou dans le besoin, en Europe de l’Est sous le régime communiste et plus tard dans d’autres régions du monde.

«Semences d’amour»

Le président allemand Johannes Rau a souligné combien le Père van Straaten – comme bien peu d’autres – s’est engagé de manière infatigable pour le peuple allemand, bien qu’il eût, comme Néerlandais, à souffrir de l’agression allemande du temps du national-socialisme. En fondant l’AED, il a eu le grand mérite de venir en aide aux millions d’Allemands chassés des territoires de l’Est.

L’archevêque Lajolo a relevé pour sa part que les «semences d’amour» répandues par l’Esprit saint dans le coeur du religieux hollandais se sont révélées merveilleusement fructueuses. Romano Prodi, pour sa part, a exprimé son immense estime pour le jubilaire, qui s’est révélé un «apôtre de la paix» dans des moments de changements politiques difficiles. Le cardinal Lubomyr Husar, chef de l’Eglise gréco-catholique ukrainienne – une Eglise unie à Rome que l’AED a été quasiment seule à soutenir pendant des décennies durant la clandestinité et la persécution de l’ère soviétique – écrit que la vie du Père van Straaten a été «une bénédiction de Dieu pour l’humanité et l’Eglise».

A la fin de la messe, le «plus grand mendiant du siècle», comme il aime à se faire appeler, s’est déplacé avec sa chaise roulante à la sortie de la cathédrale et a quêté avec son vieux «chapeau à millions» noir en faveur de projets d’aide pastorale soutenus par l’AED dans tous les continents. En cinq décennies, l’oeuvre d’entraide basée à Königstein-im-Taunus, près de Francfort, dans le Land de Hesse, a récolté près de 3 milliards de francs suisses. Selon le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi, l’»Aide à l’Eglise en Détresse» est devenue «une des oeuvres catholiques les plus importantes développant ses activités bénéfiques non seulement en Europe de l’Est mais à travers le monde entier». JB

Encadré

Le parcours du fondateur d’AED

Werenfried van Straaten est né le 17 janvier 1913 à Mijdrecht aux Pays-Bas. En 1934 il entre dans l’Abbaye des Prémontrés à Tongerlo, en Belgique, où il est ordonné prêtre à l’âge de 27 ans. Peu après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, en 1947, il fonde l’oeuvre «Ostpriesterhilfe», l’Aide aux prêtres des pays de l’Est, qui allait devenir l’»Aide à l’Eglise en Détresse», puis le «Bauorden», l’ordre international des bâtisseurs, pour construire des maisons pour les réfugiés et des églises dans la diaspora de l’Allemagne du Nord. En 1962, à la demande du pape Jean XXIII, l’AED étend son aide à l’Amérique latine et plus tard aussi à l’Afrique et à l’Asie. OEuvre essentiellement pastorale, l’AED se charge d’apporter son soutien au travail de l’Eglise menacée partout dans le monde.

Depuis la chute du communisme, à la demande de Jean Paul II, l’AED soutient matériellement, par des aides ciblées, la reconstruction de l’Eglise orthodoxe russe, malgré les difficultés de plus en plus grandes dans le domaine des relations oecuméniques en ex-Union soviétique. L’AED soutient notamment le projets des «églises flottantes» orthodoxes qui naviguent sur la Volga et le Don. La centrale internationale de l’AED à Königstein traite chaque année près de 10’000 dossiers de demandes de projets de prêtres, religieux et évêques de près de 140 pays du monde. En tant qu’oeuvre pastorale, l’AED apporte surtout son soutien dans le domaine de la formation de base et de la formation continue de séminaristes et prêtres, la construction et rénovation de centres de formation et d’églises, la traduction et l’édition de la bible et de littérature religieuse et pour la production et la diffusion de programmes religieux de radio et de télévision. (apic/be)

19 janvier 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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