Le silence des cimetières plutôt que la vérité
Guatemala: Assassinat du principal témoin dans le procès des assassins de Mgr Gerardi
Guatemala Ciudad, 22 janvier 2003 (APIC) L’un des principaux témoins au procès en lien avec l’assassinat de Mgr Juan José Gerardi Conedera, sauvagement tué en 1988 à Guatemala Ciudad, ne pourra plus parler. Il a été tué il y a quelques jours. Sa mort n’a été annoncée que mardi par l’office des droits de l’homme de l’archevêché (ODHA) de la capitale.
Le témoignage de la victime, Gomez Limon, avait permis de faire condamner trois militaires considérés comme responsables de la mort de l’évêque guatémaltèque. Dimanche dernier, deux hommes armés ont fait irruption à son domicile de Villanueva, à une trentaine de kilomètres au sud de la capitale. Son cadavre a été trouvé quelques heures plus tard, couvert de coups à la tête.
Sa déposition, ainsi que trois autres témoignages, avait abouti à la condamnation à trente ans de réclusion du colonel Byron Lima Estrada, de son fils, le capitaine Byron Lima Oliva et d’un ancien garde du corps présidentiel, José Obdulio Villanueva. L’ancien secrétaire de Mgr Gerardi, le Père Mario Orantes, ayant été condamné à 20 ans de prison pour complicité de meurtre.
Le 8 octobre dernier pourtant, une Cour d’Appel de Guatemala Ciudad a annulé pour vice de forme les condamnations infligées en première instance aux trois militaires et au prêtre. Les quatre accusés devront toutefois rester en prison jusqu’à l’ouverture d’un nouveau procès. Mais qui se fera cette fois sans l’un des principaux témoins.
Le premier verdict devait en outre que le mobile de cet homicide était «politique», en raison du travail effectué par Mgr Gerardi dans le cadre du projet diocésain Remhi (Récupération de la Mémoire Historique et Justice).
Deux jours avant d’être assassiné, le prélat avait en effet officialisé le rapport «Guatemala nunca más» (Guatelama plus jamais) sur les crimes commis durant la guerre civile (1960-1996), qui documentait plus de 55’000 violations des droits de l’homme perpétrées durant le conflit, soldé par un bilan d’au moins 200’000 victimes, mortes ou disparues. Une grande partie de ces crimes sont attribués aux militaires.
Après la brusque disparition du principal témoin, le parquet de Villa Nueva n’a pas ouvert d’enquête sur cet assassinat. Pire, aucun rapport n’a été écrit par les policiers qui ont découvert le corps. Le silence des cimetières plutôt que la vérité. (apic/misna/pr)




