Brésil: La Caritas Internationalis au Forum de Porto Alegre: entretien avec Eber Ferrer

Davos et ses promesses? «Un mythe et une fiction»

Porto Alegre, 23 janvier 2003 (APIC) La Caritas Internationalis est présente à l’actuel Forum Social Mondial de Porto Alegre qui se déroule du 23 au 27 janvier. Une délégation internationale y a été envoyée avec à sa tête le français Denis Viénot, ex-secrétaire général du Secours Catholique et actuel président de Caritas Europe.

Depuis le siège de la Caritas situé dans le Palais Saint Calixte, au Vatican, le responsable pour les Amériques, Eber Ferrer, explique les raisons de cet engagement et ses espoirs.

«J’étais présent à ce Forum en 2001 et 2002», commente Eber Ferrer, laïc brésilien et sociologue qui a passé 12 ans en Suisse au service de la Caritas, aujourd’hui proche de la retraite après des années de travail au siège international. «Pour Caritas Brésil, il n’y avait aucun doute sur le fait que nous devions participer à ce processus du Forum. Cela fait plus de 12 ans que la Caritas Rio Grande do Sur est engagée dans le domaine de l’économie solidaire».

Environs 980 projets alternatifs communautaires ont été soutenus par la Caritas régionale et par les autorités politiques locales. «Le professeur Paul Singer, nouveau secrétaire pour l’économie solidaire du nouveau gouvernement du Brésil reconnaît que c’est un des plus efficaces parmi les projets existants», relève Eber Ferrer avec satisfaction.

Eber Ferrer ne mâche pas ses mots pour définir l’idéologie de Davos. «Ceux de Davos affirment que l’économie mondiale est un gâteau et qu’il faut le faire croître pour le distribuer. Mais ils ne croient qu’en la force interne du marché pour cela. C’est un mythe et une fiction». «Nous croyons, souligne-t-il encore, dans la possibilité de mobiliser les sociétés à partir de la base locale pour la construction d’un monde nouveau, basé sur le partage et la solidarité. Etre solidaire, c’est être humain. En tant que chrétiens, il nous faut aller à la rencontre de ceux qui sont les laissés pour compte du marché».

Dialogue

Sur les murs de son bureau, des photos témoignent de son action militante, largement tournée vers le dialogue. Il y est représenté aussi bien avec le nouveau président Lula lors de rassemblements de mouvements populaires du pays, qu’avec l’ancien président Cardoso au cours d’une de ses récentes visites à Rome. Eber Ferrer se félicite que le rassemblement de cette année a Porto Alegre ait laissé une plus grande place au dialogue et aux divergences.

«Nous cherchons ensemble des solutions pour une alter mondialisation, une mondialisation plus distributive à visage humain». Le thème de la prochaine Assemblée générale de la Caritas Internationalise portera ainsi sur la mondialisation de la solidarité. Eber Ferrer signale en outre que la Caritas Brésil a engagé un véritable dialogue avec Lula durant sa campagne électorale. Elle a organisé plusieurs meeting avec lui afin de proposer des actions concrètes dans le domaine social, comme «Faim zéro» ou «L’eau de Pluie» dans la zone de sécheresse du Nordest.

Revenant sur le rôle de la Caritas, Eber Ferrer explique qu’il s’agit d’un réseau extraordinaire qui est trop longtemps resté «ad intra», au sein de l’Eglise. «Avec ses 154 membres nationaux ­ dont le secours catholique pour la France ­ présents dans 198 pays et territoires du monde, nous sommes une des ONG les plus importantes, mais nous sommes une ONG ecclésiale et nous nous refusons à toute sorte de publicité qui ne respecte pas la dignité des pauvres pour qui nous travaillons. Ce travail se fait dans la dignité et dans le silence».

Il juge cependant important de travailler «ad extra», «d’établir des alliances et des synergies avec d’autres réseaux de la société civile engagés dans le même processus au niveau mondial». «Nous sommes une vrai multinationale à visage humain. Nous avons des membres sur les cinq continents, une immense richesse à partager et un grand potentiel à développer pour un véritable impact historique». (apic/imedia/pr)

23 janvier 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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