Pauvre et en bonne santé ? Pas si simple
Suisse: 200 participants au Forum annuel de Caritas sur la santé et la politique sociale
Berne, 24 janvier 2003 (APIC) Mieux vaut être pauvre et en bonne santé que riche et malade, selon le proverbe. Encore faut-il avoir les moyens de s’offrir les soins nécessaires. Pour Caritas-Suisse, le constat dressé lors de son Forum 2003, le 24 janvier à Berne, est éloquent. Les hommes d’un niveau socio-culturel moins élevé vivent moins longtemps que ceux qui ont une formation élevée et un revenu important. Maigre consolation pour les Suisses: la différence d’espérance de vie entre ces deux groupes sociaux est un des plus faibles d’Europe.
Si un travailleur suisse à formation et revenu modestes meurt 4,4 ans plus tôt qu’un cadre, la différence en Finlande se monte à 6,9 années, et en France à 6,5 années. «Et cette discrimination est évidente dans tous les pays européens», souligne le Professeur Johannes Siegrist, de Düsseldorf, membre d’un groupe d’études européen sur les liens entre société et santé. Et elle est encore plus flagrante dans les pays de l’Est: environ 10 ans, selon les estimations. Du côté des femmes, souvent moins exposées aux situations à risques et aux conditions extrêmes, les études mentionnent une différence de 3 à 4 ans, avec assez peu de variations parmi les pays d’Europe de l’Ouest et du Nord.
«Les maladies cardiaques, les dépressions ou d’autres affections sont typiques des places de travail où l’on investit beaucoup de temps et d’énergie sans obtenir une reconnaissance suffisante, qu’elle soit pécuniaire ou non. La pression touche spécialement les personnes les moins qualifiées», remarque encore le professeur Siegrist. Pour lui, les conditions de vie précaires et un environnement familial défavorisé sont même des facteurs à risque de mortalité infantile, d’accidents, de maladies respiratoires, de poids trop léger à la naissance ou même d’obésité. «Selon l’OMS, la dépression et les maladies cardiaques seront les principales causes de décès précoces durant ces 20 prochaines années», souligne le chercheur. «Si le chômage constitue la pointe visible des conséquences sociales sur la santé, il convient de ne pas oublier les activités à revenus trop bas et les contraintes professionnelles lourdes à supporter, comme le stress ou la nervosité, qui font tout autant de dégâts».
Pour Johannes Siegrist, il est nécessaire de mettre sur pied des programmes de promotion de la santé en faveur des groupes de population défavorisés. Lorsque des conditions d’emploi précaires sont décelées, il faut introduire des moyens de protection efficaces. Enfin, il revient aux entreprises elles- mêmes de promouvoir des mesures visant à améliorer la santé des collaborateurs sur leur place de travail.
Le modèle masculin: formation – travail à 100% – retraite
Raphaël Hammer, sociologue à l’Université de Genève, estime pour sa part que les hommes et les femmes n’ont pas la même compréhension de la notion de travail. «Pour l’homme, le chômage s’assimile beaucoup plus à une crise de son identité», constate-t-il. En conséquence, les atteintes à la santé dues à la situation professionnelle sont différentes selon l’appartenance à un sexe ou à l’autre. En clair, le parcours de vie d’un homme comprend traditionnellement trois phases: formation, travail à 100% et retraite. «Or, chez les femmes il existe au moins quatre à cinq modèles de base. C’est la raison pour laquelle le chômage est beaucoup moins déstabilisant pour elles». Et le rôle de «mari pourvoyeur des ressources familiales» est encore fortement ancré dans les mentalités, surtout dans les milieux populaires. «Le travail devient alors synonyme de bonne santé, et le corps est perçu comme un outil, et non comme une finalité en soi», relève Raphaël Hammer. «Réduit au chômage, l’homme se sent inutile. Il est atteint dans son image».
Dans le canton de Vaud par exemple, on constate que 18,6% des bénéficiaires du revenu minimum de réinsertion (RMR) connaissent des problèmes de santé importants. «Et 13,5% déclarent même que leur état les empêche de travailler», relève Christine Schaub, cheffe du Service cantonale de prévoyance et d’aide sociales.
«Les jeunes également restreignent leurs consultations médicales pour des raisons financières», relève-t-elle. Au vu de l’interdépendance entre les problèmes de santé et la situation sociale, le canton veut réunir l’aide sociale et le RMR au sein du Revenu d’insertion. Ce dispositif en projet doit permettre de réaliser une insertion sociale et professionnelle, tout en tenant compte des problèmes de santé. BB
Encadré
La santé vue par Dr Elisabeth Zemp, de l’Université de Bâle
Etre en bonne santé, c’est lorsque .
– la femme se sent bien et l’homme se sent fort,
– l’homme a des muscles et la femme une belle poitrine,
– l’homme peut travailler et la femme entretient de bonnes relations,
– la femme parle de santé et l’homme se dispense d’en parler,
– la femme se nourrit sainement (et par là-même les autres), prend la pilule et effectue des contrôles préventifs,
– la femme se rend chez le médecin et l’homme ne s’y rend pas. (apic/com/bb)




