Brésil: Le cardinal Hummes dit son espoir dans le président brésilien «Lula»

Le programme de lutte contre la faim a le soutien de l’Eglise

De Rome, Antoine Soubrier

Rome, 29 janvier 2003 (APIC) Le cardinal Claudio Hummes, archevêque de Sao Paulo, plutôt discret avant les élections présidentielles brésilienne, exprime aujourd’hui son espoir dans le nouveau gouvernement du président Luiz Inacio «Lula» da Silva, chef historique du Parti des travailleurs (PT), le plus grand parti de gauche d’Amérique latine. Son programme va notamment dans le sens des engagements de l’Eglise catholique brésilienne en faveur de l’éradication de la faim.

Alors que s’ouvre une nouvelle période politique au Brésil, le cardinal Claudio Hummes, archevêque de Sao Paulo, a déclaré au correspondant de l’APIC à Rome qu’il était confiant. De passage au Vatican à l’occasion de la traditionnelle visite «ad limina» des évêques du Brésil, le cardinal Hummes, 68 ans, dit mettre «beaucoup d’espoir dans notre nouveau gouvernement. Nous les appuyons et nous avons confiance en l’avenir».

La faim au Brésil, un «scandale» dont les hommes sont responsables

Soulignant la lutte de l’Eglise catholique contre la faim – «qui touche des millions d’habitants dans un pays aux ressources potentielles immenses», il salue le fait que le gouvernement brésilien va mettre sur pied un grand programme national. Le cardinal Hummes qualifie de «scandale» que le pays connaisse des problèmes de famine et de malnutrition. «C’est pour une grande part le produit historique d’un système économique. L’humanité n’a pas encore voulu un système vraiment juste. Et pourtant, c’est possible».

«Aujourd’hui, la difficulté d’introduire un nouveau système est accentué par le fait de l’interdépendance des nations, d’une mondialisation économique qui ne tient pas toujours compte des réalités sociales», affirme- t-il encore alors que viennent de s’achever le Forum Social Mondial de Porto Alegre et le Forum économique mondial de Davos.

L’Eglise est engagée dans la transformation sociale

Les deux piliers de l’Eglise catholique au Brésil sont «l’évangélisation et la solidarité», insiste l’archevêque de Sao Paulo. «Ces deux axes se nourrissent mutuellement et sont indispensables l’un à l’autre.» L’engagement concret souhaité s’est traduit par la publication récente d’une immense étude réalisée dans cette mégalopole ­ la plus grande ville du Brésil, réunissant toutes les contradictions du pays ­ afin d’optimiser les efforts. Soutenue par l’Etat, des universitaires et des scientifiques, l’Eglise a quadrillé la ville, réalisé un audit de toutes les associations caritatives et dressé un véritable état des lieux.

Le cardinal Hummes donne ainsi l’exemple d’un marché artisanal qui a vu le jour au centre de Sao Paulo, un fruit direct de cette étude. Une centaine de personnes peuvent venir y vendre ­ durant plusieurs mois ­ leur production artisanale de qualité, y recevoir des conseils, une formation. «C’est un accès au marché économique qui leur était fermé jusque là et leur permet ensuite de créer leur propre micro entreprise».

«Lula», le nouveau président brésilien, le cardinal Hummes l’a rencontré alors qu’il était un leader syndical émergeant dans les temps troublés de la fin des années 70, à l’occasion des immenses manifestations de métallurgistes contre la dictature militaire, dans la banlieue ouvrière de Sao Paulo. Ce syndicaliste «très charismatique» est «né» dans cette époque, durant laquelle le cardinal a «beaucoup appris sur les structures économiques et sociales qui produisent tant d’injustices».

Le fait que «Lula» se soit rendu à Davos est cependant, pour lui, un signe «de réalisme politique». «Davos représente un mouvement inéluctable aujourd’hui. On ne peut pas emprunter une voie unique, réinventer le monde, ni créer une rupture pour tout recommencer à nouveau». (apic/imedia/be)

29 janvier 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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