Vatican: Cardinal Sodano: une guerre en Irak mettrait en colère un milliard de musulmans

«Il ne s’agit certainement pas d’une guerre défensive»

Rome, 30 janvier 2003 (APIC) Une guerre contre l’Irak est inutile et mettrait en colère un milliard de musulmans, estime le numéro deux de l’Eglise catholique. Devant une dizaine de journalistes italiens invités mercredi chez le nonce apostolique en Italie, Paolo Romero, le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Vatican, a dit clairement son opposition à la guerre.

«Ce n’est pas la peine de discuter pour savoir si elle est préventive ou non, car il ne s’agit certainement pas d’une guerre défensive», a-t-il lancé.

Malgré la campagne menée par la diplomatie américaine pour convaincre les capitales européennes et le reste du monde du bien-fondé d’une attaque contre l’Irak, le Vatican s’oppose toujours à une guerre «préventive», qui n’a pas de base juridique dans le droit international.

A l’occasion d’une réception pour le 25ème anniversaire de l’ordination épiscopale du nonce en Italie, le cardinal Sodano s’exprimait pour la première fois de manière aussi ferme.. «Nous sommes en train de chercher à faire réfléchir la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, qui ont en main les clefs de la situation», a poursuivi le «Premier ministre» de Jean Paul II.

Depuis plusieurs jours, différents débats, tables rondes ou vidéoconférences sont organisés dans ce but. «Il ne s’agit pas de discuter sur le fait de savoir si ce serait une guerre juste ou injuste, morale ou immorale», a poursuivi le prélat italien, numéro un de la diplomatie vaticane. «Nous voulons faire réfléchir sur un point: cette guerre vaut- elle la peine?».

Le Vatican demande des «preuves» aux Etats-Unis

Résumant enfin les discussions qu’il a pu avoir avec certaines autorités américaines, le cardinal Angelo Sodano s’est demandé si l’expérience de la guerre du Vietnam ne les invitait pas à la prudence. «Ne risquent-ils pas de partir pour des dizaines d’années d’hostilité avec le monde islamique ?», a-t-il ajouté en mettant en garde contre le risque «d’irriter» un milliard de musulmans, «qui ne sont pas unis, mais qui ont le sens de la collégialité».

La veille, le cardinal Edward Egan, archevêque de New York, avait rappelé la position du Saint-Siège qui demande que des preuves d’un danger «clair et présent» – «au-delà de tout doute» – , soient exposées pour légitimer une éventuelle guerre. Intervenant en direct depuis son diocèse à l’occasion de la vidéoconférence organisée par la Congrégation pour le clergé, à Rome, le prélat avait par ailleurs ajouté que même si l’Irak venait à devenir une réelle menace, «la communauté internationale ne devra pas se précipiter dans un conflit».

L’ambassade des Etats-Unis près le Saint-Siège organise un débat, le 3 février à Rome, pour démontrer qu’une guerre en Irak «peut être une guerre juste». L’ambassadeur Jim Nicholson ainsi que le théologien conservateur américain Michael Novak, bien en cour dans certains milieux romains, interviendront dans la discussion pour tenter de rallier l’opinion catholique au projets bellicistes de l’administration Bush. (apic/imedia/be)

30 janvier 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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