Genève: Cycle de débats sur les relations entre la Suisse, Israël et l’Afrique du Sud

L’annulation des dettes «odieuses»: une question de justice

Genève, 12 mars 2003 (APIC) Au début de cette semaine s’est ouvert, à Lausanne et à Genève, un cycle de conférences et de débats publics sur les relations entre la Suisse et l’Afrique du Sud, la Suisse et Israël et Israël et l’Afrique du Sud. Premier thème: «l’héritage de l’apartheid», cette «dette odieuse» qui continue de peser sur les épaules des Sud- Africains.

Il y a des éléments communs entre Israël et l’Afrique du Sud de l’apartheid, tous deux issus d’une histoire coloniale. Il y a aussi des analogies entre l’attitude de la Suisse envers l’un et l’autre de ces pays. C’est ainsi que Florian Rochat, directeur du Centre Europe-Tiers Monde (CETIM), justifie la mise sur pied, avec l’Institut universitaire d’études du développement (IUED, Genève), d’un cycle de conférences en trois volets: la Suisse et l’Afrique du Sud, durant le premier semestre de cette année; la Suisse et Israël, durant le second semestre et Israël et l’Afrique du Sud en 2004.

L’examen des relations entre la Suisse et l’Afrique du Sud, le 2 avril à l’IUED, portera sur le commerce des diamants et de l’or, le 8 mai à l’IUED sur l’aide au développement et la position de nos Eglises, puis le 22 mai à Uni Mail, Genève, sur la collaboration militaire entre les deux pays. Lundi 10 mars à Lausanne et mardi à Genève, il était question des prêts accordés par des banques suisses au régime de l’apartheid. On sait qu’un avocat américain, Michael Hausfeld, a déposé le 12 novembre à New York une plainte contre 24 multinationales, dont le Crédit Suisse et l’UBS, les accusant d’avoir «aidé et encouragé» les crimes du régime raciste. Cette plainte s’est ajoutée à celle d’un autre avocat américain, rendu célèbre chez nous par l’affaire des fonds juifs, Edward Fagan.

L’apartheid économique

Le gouvernement sud africain qui a succédé au régime de l’apartheid n’a pas récusé la dette laissée par ce dernier. Pourquoi? C’est à cette question que s’est efforcé de répondre Brian Ashley, de Jubilee South, l’ONG sud- africaine qui mène la lutte pour l’annulation de cette dette. Il a montré que ce gouvernement était né dans le contexte de l’effondrement de l’URSS qui ne laissait en place qu’une unique superpuissance. Ne pas contester la dette, c’était prouver aux investisseurs potentiels qu’on se comportait en gouvernement «raisonnable». C’était choisir de s’insérer dans le système économique néolibéral prôné par les Etats-Unis et répondant aux intérêts des conglomérats sud-africains. Le résultat, aujourd’hui, selon Brian Ashley: un taux de chômage élevé, un approfondissent de la pauvreté et le creusement des inégalités. «Nous avons une nouvelle forme d’apartheid, l’apartheid économique».

Or, estime le militant sud-africain, aucun des prêts consentis au régime de l’apartheid n’était légitime et les victimes de ce régime n’ont pas à les rembourser. C’est une question de justice. Il en va de même pour toutes les «dettes odieuses», que Brian Ashley considère comme des moyens d’imposer un certain ordre économique. Jubilee South a lancé un appel aux mouvements «antiglobalisation», leur demandant de s’engager pour l’annulation sans condition de ces dettes et pour le versement de réparations.

Reconnaître qu’une injustice a été commise

Pour la Suissesse Mascha Madörin, auteur d’un rapport fouillé sur la question, les plaintes déposées par les avocats américains constituent un élément nouveau. «Il s’agit de dédommager les victimes et pas seulement de punir les coupables». Il s’agit aussi de reconnaître qu’une injustice a été commise.

Ces plaintes provoquent des inquiétudes du côté du gouvernement et des milieux économiques de notre pays, estime Mascha Madörin. En particulier, certaines entreprises craignent d’être obligées d’ouvrir leurs archives, ce qui pourrait être autant dommageable pour elles que le versement de réparations. Alors, on s’efforce d’éviter le débat en disant que l’Afrique du Sud a surtout besoin aujourd’hui de se développer et qu’il s’agit de regarder vers l’avenir et non pas vers le passé. Si l’on était malheureusement amené à payer des réparations, cela ôterait toute envie d’investir dans ce pays, ajoute-t-on. «Argument mensonger, conteste Mascha Madörin, les investisseurs ne se basent pas sur de tels critères». Il faudra encore beaucoup de travail de lobbying pour que l’économie admette sa responsabilité et pour une «globalisation de l’Etat de droit», conclut- elle. (apic/mba/bb)

12 mars 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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