Collectes de Carême: pas pour les projets des paroisses
Suisse: Le directeur de l’Action de Carême appelle les paroisses à la solidarité
Lucerne, 2 avril 2003 (Apic) Durant le carême, les paroisses ne doivent pas destiner les collectes à leurs propres projets, mais à ceux de l’Action de Carême (AdC). Cet appel a été lancé par le directeur de l’oeuvre d’entraide, Antonio Hautle, dans un article publié par la «Schweizerische Kirchenzeitung». Une enquête réalisée sur Fribourg révèle que la diminution des dons est davantage causée par la baisse de la pratique qu’aux collectes non attribuées à l’AdC.
L’assiette de soupe est posée sur un set commandé gratuitement à l’Action de Carême. Les logos de l’oeuvre d’entraide ornant la salle paroissiale, tout comme le chaudron posé à l’entrée, appellent les fidèles à la solidarité. avec le projet d’un missionnaire en Afrique issu de la communauté. A l’église, les affiches au sigle rouge sur fond violet, intitulées «Action de Carême/Pain pour le Prochain» rappellent aux fidèles leur devoir de partage en faveur des pays du Sud. Mais la collecte, là également, sera versée à la Mission d’un religieux ami du curé.
Ces exemples fictifs d’utilisation du matériel de Carême à des fins missionnaires privées correspondent à une réalité qui n’est pas nouvelle en Suisse. Mais depuis quelques années, la tendance s’est renforcée dans les paroisses, soutient Antonio Hautle dans son appel à la solidarité. «Les donateurs sont induits en erreur. Par ailleurs, les montants des collectes, à travers des relations personnelles, parviennent à des diocèses où la misère n’est parfois pas si grande», met en garde le directeur d’AdC.
Organismes nationaux privés de dons
Antonio Hautle lance un appel auprès des paroisses afin qu’elles évitent de collecter des fonds pour des projets personnels sous le manteau de l’Action de Carême. Il rappelle que son organisation soutient des oeuvres ecclésiales et sociales, en Suisse et à l’étranger. En destinant leurs quêtes à des projets missionnaires, ces paroisses privent certains organismes nationaux d’un soutien en même temps modeste et important.
L’Action de Carême affirme qu’elle se soucie du développement des versements dans les paroisses. Selon elle, les appuis directs quasi privatisés pourraient conduire au fait que les autres pauvres dans le monde deviennent oubliés. Dans les pays du Sud, l’oeuvre a choisi de soutenir des activités de développement et de pastorale à long terme, parfois peu spectaculaires et qui bénéficient de moins d’aide. Elle s’assure pour la réalisation des projets de la collaboration des populations et de l’Eglise locales.
Paroisses fribourgeoises assez fidèles
Dans une enquête réalisée auprès de 24 agents pastoraux, prêtres et laïcs, Véronique Benz, du bimensuel officiel des diocèses romands «Evangile et Mission», soutient que les paroisses du canton de Fribourg restent fidèles à l’Action de Carême. Certes les dons au niveau national sont en diminution (de 26 millions de francs en 1985, ils sont passés à moins de 21 millions en 2001). Mais la baisse est davantage imputable à la baisse de la pratique religieuse et à la méfiance des fidèles pour les oeuvres d’entraide qu’à des collectes non attribuées à l’oeuvre d’entraide, assurent plusieurs personnes dans le cadre de l’enquête.
Toutes les paroisses fribourgeoises interrogées appuient l’Action de Carême par l’intermédiaire de la quête du dimanche des Rameaux ainsi que par le bénéfice des soupes de Carême. Seules deux d’entre elles partagent les gains de la soupe avec un missionnaire local, précise l’auteur de l’enquête. A la paroisse de Ste-Thérèse à Fribourg, le diacre Jean-Pierre Overney fait remarquer que les soupes de Carême, avec partage du bénéfice pour une oeuvre missionnaire, est une tradition plus ancienne que l’Action de Carême.
Un projet précis pour motiver les paroissiens
Autre constat révélé par l’enquête: les paroisses favorisent de plus en plus les projets précis pour les pays du Sud, souvent combinés avec un versement sans attribution particulière. Ainsi, 14 paroisses interrogées sur les 24 soutiennent un ou plusieurs projets proposés par l’Adc en plus de leur participation à la collecte générale. Les prêtres reconnaissent que le choix d’un projet précis permet de motiver davantage les paroissiens. Le matériel relatif à cette action est également utilisé en catéchèse.
Pour Michel Bavarel, journaliste au service d’AdC, le soutien à un projet particulier comporte toutefois un risque. Ceux qui sont les plus attrayants ne sont pas forcément les meilleurs. Ainsi, les offres de soutien en Suisse, moins attrayants en période de Carême, sont très souvent délaissées. Seule une paroisse sur les 24 prises en compte dans l’enquête appuie à la fois un projet du Sud et un projet suisse. (apic/gs/sk/em/bb)




