Colère contre la coalition américano-britannique
Jordanie: La minorité chrétienne se sent solidaire des Irakiens
Amman, 4 avril 2003 (Apic) La minorité chrétienne de Jordanie se sent toujours davantage solidaire des Irakiens et se dit très en colère contre la coalition américano-britannique. Ainsi, le Père Economos Constantin Karmash, archiprêtre de la paroisse grecque-orthodoxe à Amman, soutient de façon claire l’interdiction faite aux responsables de la guerre contre l’Irak d’entrer à l’avenir dans la basilique de la Nativité de Bethléem.
Parmi les personnes visées par les responsables religieux locaux, on trouve au premier rang le président américain George W. Bush, son secrétaire à la défense Donald Rumsfeld, ainsi que le Premier ministre britannique Anthony Blair et son ministre des Affaires étrangères Jack Straw. «Bush et Blair iront en enfer, il n’y a pas un seul Jordanien chrétien pour les soutenir», lance-t-il à la ronde. Et le prêtre orthodoxe d’origine palestinienne d’expliquer que les chrétiens de Jordanie (250’000 fidèles, toutes confessions confondues) réagissent comme Arabes contre l’invasion américano-britannique «parce que nous sommes nous aussi Arabes».
«Le prêtre de l’église de la Nativité a tout à fait le droit d’interdire Bush et ses supporters étant donné qu’ils ont mis à mal les enseignements du Christ. Leur entrée souillerait l’église, car leurs mains sont couvertes du sang des innocents», a déclaré le Père Karmash au quotidien «The Jordan Times» à Amman. L’archiprêtre orthodoxe va même plus loin, en estimant que ce châtiment n’est pas assez sévère. «Nous avons besoin d’une punition plus dure pour éradiquer le mal à la racine». Le Père Panaritius, de l’église de la Nativité, a réclamé dimanche l’interdiction d’entrée pour toujours des «criminels de guerre et des assassins d’enfants», en visant les chefs de la coalition.
Pas d’excommunication possible
Le Père Karmash a expliqué que cette interdiction était différente d’une exclusion ecclésiale officielle ou d’une «excommunication». Celle-ci requiert l’intervention d’un pouvoir ecclésial supérieur et prive les personnes concernées de tout service de l’Eglise, comme le mariage ou les funérailles. Mais comme Bush et consorts ne sont pas membres de l’Eglise grecque-orthodoxe, précise le Père Karmash, elle ne peut pas les excommunier. «Nous espérons que leurs Eglises respectives, qui ont condamné cette guerre, vont leur ôter leurs droits de fidèles et qu’ils seront ostracisés par leur Eglise comme ils sont ostracisés par la communauté humanitaire et internationale», lance l’archiprêtre jordanien.
Nombre de chrétiens du Royaume hachémite partagent la colère de ce prêtre de 76 ans, père de quatre enfants. Curé melkite grec-catholique à Amman, Abouna (»Père») Nabil Haddad estime que l’administration américaine s’intéresse avant tout au pétrole irakien et craint que cette guerre ne provoque un regain d’extrémisme dans la région. (apic/jt/be)




