La main mise de l’ex-dictateur Rios Montt empêche toute vérité

Guatemala: Cérémonies à la mémoire de Mgr Gerardi, assassiné il y a cinq ans

Ciudad de Guatemala, 22 avril 2003 (Apic) Le Guatemala se souvient de Mgr Juan Gerardi Conedara, évêque auxiliaire de Ciudad de Guatemala, assassiné il y a cinq ans pas des hommes de main de l’armée guatémaltèque. La main mise de l’ex-dictateur Rios Montt, de retour «aux affaires», empêche toute vérité.

Cinq après cet assassinat, les catholiques guatémaltèques organisent plusieurs manifestations à la mémoire de ce défenseur des droits de l’homme. Peu de jours avant d’être abattu, Mgr Gerardi avait publié un rapport mettant en cause l’armée dans plus de 80% des cas de violences, tortures et assassinats commis dans ce pays d’Amérique centrale.

Une messe sera célébrée le 26 avril, jour de l’assassinat, par l’archevêque de Ciudad de Guatemala, Mgr Rodolfo Quezada Toruno, en compagnie des évêques du pays. Une procession traversera la capitale de la cathédrale à la paroisse de San Sebastian, lieu du drame. D’autres événements du même genre auront lieu à travers le pays jusqu’à samedi.

Militaires de haut rang connus

Aujourd’hui, alors que les commanditaires de cet assassinat son connus, trois officiers supérieurs de l’armée, aucun jugement n’a été rendu. Plusieurs magistrats, notamment deux procureurs et un juge d’instruction, ont déjà dû fuir le pays suite à des menaces de mort très concrètes. Pire, depuis l’assassinat dans des conditions atroces de Mgr Gerardi, plusieurs personnes liées à cette affaire ont trouvé la mort dans des conditions suspectes, y compris un témoin qui avait mis en cause José Villanueva et qui a été tué par balles le 19 décembre dernier.

Sa déposition, ainsi que trois autres témoignages, avait abouti à la condamnation à trente ans de réclusion du colonel Byron Lima Estrada, de son fils, le capitaine Byron Lima Oliva et d’un ancien garde du corps présidentiel, José Obdulio Villanueva. L’ancien secrétaire de Mgr Gerardi, le Père Mario Orantes, ayant été condamné à 20 ans de prison pour complicité de meurtre.

La main de Rios Montt

Ce qui n’a pas empêché une Cour d’appel de Guatemala Ciudad d’annuler pour vice de forme les condamnations infligées en première instance aux trois militaires et au prêtre. Les quatre accusés demeurent toutefois en prison jusqu’à l’ouverture d’un nouveau procès.

Le premier verdict avait mis en lumière le mobile «politique» de l’assassinat de l’évêque, en raison du travail effectué par Mgr Gerardi dans le cadre du projet diocésain Remhi (Récupération de la Mémoire Historique et Justice). Deux jours avant d’être assassiné, le prélat avait en effet officialisé le rapport «Guatemala nunca más» (Guatemala plus jamais) sur les crimes commis durant la guerre civile (1960-1996). Il documentait plus de 55’000 violations des droits de l’homme perpétrées durant le conflit qui a coûté la vie à au moins 200’000 victimes, mortes ou disparues. Une grande partie de ces crimes sont attribués aux militaires.

Le retour aux commandes de l’Etat de l’ex-dictateur Rios Montta n’est sans doute pas étranger au verdict de la Cour d’annuler le premier verdict. (apic/ag/sh/pr)

22 avril 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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