Allemagne: Obsèques lundi de Dorothée Sölle, «conscience politique» du protestantisme
La théologienne rebelle plus une marginale au sein de son Eglise
Genève/Hambourg, 1er mai 2003 (Apic) Les obsèques de la célèbre théologienne protestante Dorothée Sölle, décédée dimanche 27 avril à l’âge de 73 ans des suites d’un infarctus, auront lieu le 5 mai 2003 dans l’église principale Ste-Catherine de Hambourg. L’hommage sera rendu par l’une de ses amies, la théologienne de l’Eglise évangélique luthérienne du nord de l’Elbe, Bärbel Wartenberg-Potter, évêque de Holstein-Lübeck.
Longtemps considérée au sein même de son Eglise comme une théologienne rebelle et marginale, Dorothée Sölle est aujourd’hui reconnue par les instances de l’Eglise évangélique d’Allemagne (EKD), le principal rassemblement des Eglises protestantes du pays. Ainsi, le grand rayonnement du travail théologique et politique de Dorothée Sölle a été salué par Manfred Kock, président du Conseil de l’EKD.
L’écrivaine contestatrice passe pour être la théologienne la plus lue de l’époque contemporaine. Pour la vice-présidente du Bundestag allemand, Antje Vollmer, le fait qu’il y ait aujourd’hui en Allemagne des femmes évêques est en grande partie dû aux mérites de Dorothée Sölle. Pour la théologienne Margot Käßmann, évêque de l’Eglise évangélique luthérienne du Hanovre, la disparue était une «penseuse créative» qui militait pour la théologie féministe. Sa mort, estime-t-elle, est une grande perte pour l’Eglise et «c’est une agitation salutaire qui va nous manquer».
«L’Eglise est aussi hors de l’Eglise»
Le fait que Dorothée Sölle n’a pas revêtu de fonction officielle dans l’Eglise ne dit encore rien de l’influence de sa théologie et de son oeuvre en tant qu’écrivaine, souligne Manfred Kock. Ce qui fut qualifié il y a vingt ans de position marginale par son prédécesseur est devenu «une ligne significative de notre Eglise qui la préserve de s’enfermer sur elle- même». La théologienne féministe et pacifiste, pour qui «l’Eglise est aussi hors de l’Eglise», a interpellé de nombreuses personnes éloignées de l’Eglise.
En 1983, Dorothée Sölle avait été invitée à prononcer une allocution durant l’Assemblée du Conseil oecuménique des Eglises (COE) à Vancouver, au Canada. «C’est une femme venant d’un des pays les plus riches du monde qui s’adresse à vous: un pays dont l’histoire sanglante pue le gaz», avait-elle dit au début de son allocution.
Le fait qu’une telle tribune ait été offerte à une personnalité aussi controversée avait alors irrité certains responsables de l’EKD. Dorothée Sölle était certes contestée dans sa propre Eglise – mais aussi dans certains milieux catholiques – , mais elle était capable d’attirer les foules en combinant le mysticisme chrétien et un engagement politique radical.
«Elle était et elle reste la conscience politique du protestantisme», a souligné Maria Jepsen, évêque luthérienne de Hambourg, ville où vivait Dorothée Sölle, rapporte l’agence de presse protestante allemande epd.
Dorothée Sölle, auteur de plus de 30 ouvrages, pouvait rassembler des centaines, parfois des milliers de personnes, lors de réunions publiques en Allemagne et ailleurs. Son radicalisme et de nombreux thèmes abordés dans ses premiers livres préfiguraient l’évolution de la théologie féministe. Elle n’a jamais été professeure titulaire d’une chaire dans une université allemande, résultat, selon certains, de son engagement en faveur des causes politiques de gauche, comme l’opposition à la guerre du Vietnam et le soutien au mouvement pacifiste. Mais, chaque année, de 1975 à 1987, elle passait six mois à New York comme professeure de théologie systématique à l’Institut de théologie (Union Theological Seminary).
«Politisches Nachtgebet» à Cologne
«Elle était authentiquement et profondément enracinée dans la tradition spirituelle de l’Eglise chrétienne et intensément engagée dans la lutte en faveur de la justice», a rappelé le pasteur Konrad Raiser, secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises (COE). Née à Cologne en 1929, Dorothée Sölle a su rassembler de nombreux partisans au temps de la révolution des étudiants en Allemagne de l’Ouest dans les années soixante, rappelle l’agence de presse oecuménique ENI à Genève.
Avec Fulbert Steffensky, un moine bénédictin qu’elle a épousé plus tard, elle a institué en 1968 le «Politisches Nachtgebet» à Cologne, des veillées de prières alliant spiritualité et politique qui se tenaient dans des églises bondées.
«C’était la première fois que, sous cette forme, les questions politiques conflictuelles étaient utilisées comme centre d’intérêt dans un contexte de célébration liturgique et de prières», remarque le pasteur Raiser, qui était alors assistant universitaire en Allemagne et se souvenait de Dorothée Sölle à cette époque. (apic/com/epd/eni/be)




