Lettre au pape et sévères critiques contre l’épiscopat espagnol

Bilbao: Pavé dans la marre de 530 prêtres du Pays basque avant l’arrivée du pape à Madrid

Bilbao, 2 mai 2003 (Apic) Les prêtres basques montent aux barricades à la défense du Pays basque à quelques heures du séjour du pape Jean Paul II en Espagne, où il est attendu pour une visite de 36 heures à Madrid, les 3 et 4 mai. 530 prêtres de cette région ont adressé une lettre à Jean Paul II, qui devrait résonner comme une fausse note aux oreilles de José Maria Aznar et des évêques espagnols. Ils affirment que seule la reconnaissance du droit à l’»autodétermination» permettra de résoudre les tensions actuelles.

Une bonne partie du clergé basque, peut-on en outre lire en marge de la publication du document paru jeudi dans les journaux basques «Deia» (nationalistes modérés) et «Gara» (proche des indépendantistes), «a la conviction, sans doute partagée par des milliers de fidèles», que «le pape n’a pas la connaissance objective» de la situation complexe de «Euskadi» (les 4 provinces basques en territoire espagnol et les 3 sur territoire français), et que l’information qui lui parvient «est biaisée et politisée». Les signataires craignent en fait que les seules informations reçues à Rome soient celles en provenance de la Conférence des évêques espagnoles, «qui disqualifient les nationalistes basques».

Dans une instruction pastorale récente, les évêques espagnols avaient en effet considéré que «les revendications de la majorité des Basques qui réclament leurs droits individuels et collectifs, constituent un nationalisme totalitaire qui entend s’imposer par le terrorisme et une idéologie totalitariste».

A ce propos, les prêtres regrettent les silences de l’épiscopat et ses attaques contre le Pays basque. Pourquoi, s’interrogent les prêtres, les évêques ne font-ils jamais état ni ne condamnent «le nationalisme espagnol exacerbé», ainsi que la «répression menée contre la langue et la culture basques»? Cela, alors que «notre peuple est victime des problèmes politiques et des violences liées à la non reconnaissance de ses droits collectifs».

La «croisade de l’Eglise et de la dictature franquiste»

Les prêtres affirment réprouver «toute sorte de terrorisme, mais aussi, et cela d’une façon particulière, celui exercé par le pouvoir et l’Etat». Ainsi, affirment les prêtres à l’attention du pape, l’origine des «violences actuelles» est à rechercher à l’époque de «la guerre fratricide», considérée comme «une croisade» par l’Eglise catholique et la dictature franquiste.

Notre responsabilité pastorale et notre amour à «au pays», ainsi qu’aux autres peuples de la terre, nous appellent à nous solidariser avec tant de personnes qui souffrent aujourd’hui en raison de leurs convictions, victimes d’un conflit intentionnellement maintenu, qui pourrait pourtant se résoudre par la voie démocratique et dans le respect des droits humains», écrivent-ils à propos de la situation basque.

Dialogue et négociation

Le problème «pourrait être résolu par le dialogue et la négociation, le respect et la libre expression de toutes les options, et surtout par l’exercice de la libre décision de ce peuple de vivre sans contrainte par une décision souveraine du peuple basque», ajoute la lettre, dans une allusion claire et sans équivoque à la revendication des nationalistes de la reconnaissance du droit à l’autodétermination du Pays basque. Ils dénoncent enfin les «mesures antidémocratiques imposées à leur pays», dans une allusion à l’interdiction de Batasuna.

Les 530 prêtres rappellent enfin au pape ses paroles prononcées lors de la Journée mondiale pour le paix, en 1999: «une des formes les plus dramatiques de discrimination consiste à nier aux groupes ethniques et aux minorités nationales le droit fondamental à l’existence».

Une épine dans le pied d’Aznar et des évêques

Cette lettre a été envoyée à la nonciature apostolique à Madrid pour être remise à Jean Paul II. Elle a été signée par des prêtres des diocèses de Bilbao, Saint-Sébastien, Vitoria (Pays basque espagnol), Pampelune (Navarre) et Bayonne (Pays basque français).

Le cardinal secrétaire d’Etat Angelo Sodano, qui accompagnera le pape à Madrid, rencontrera samedi soir les évêques espagnols avec lesquels, selon une dépêche de l’Agence France presse, il devrait notamment évoquer le problème posé au gouvernement central par l’opposition des quatre évêques des trois provinces basques à l’interdiction de Batasuna, considéré comme le bras politique de l’organisation séparatiste armée. (apic/pr)

2 mai 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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