Québec: Les évêques déplorent une dégradation croissante de la condition des travailleurs
Un plaidoyer pour «humaniser le travail»
Montréal, 5 mai 2003 (Apic) Les conditions de vie de nombreux travailleurs au Québec et dans tout le Canada se dégradent inexorablement depuis une décennie. La précarisation croissante du travail, accélérée par la mondialisation néo-libérale «marquée par la férocité de la concurrence et des exigences de compétitivité», a des conséquences désastreuses sur les individus et les familles, déplorent les évêques catholiques du Québec.
Dans un plaidoyer pour «humaniser le travail», le Comité des affaires sociales de l’Assemblée des évêques du Québec (AEQ) relève que les 60% de la population sur le marché de l’emploi ne sont pas syndiqués. Ces quelque 1,5 million de salariés québécois sont parmi les plus durement touchés par la précarisation de l’emploi. 200’000 d’entre eux ne touchent que le salaire minimum, à avoir un peu moins de 7 francs suisses de l’heure.
Un vaste supermarché où l’argent a pris la place de l’humain
L’accès à des emplois stables et bien rémunérés ne tendrait-il pas à devenir le privilège d’une minorité ? Le travail disponible permet-il aux travailleuses et aux travailleurs de sortir de la pauvreté ? La globalisation économique crée-t-elle une impossibilité structurelle d’améliorer la situation de l’emploi ? Toutes ces questions interpellent l’AEQ, pour qui «notre société tend à devenir un vaste supermarché où la monnaie, le marché et le capital sont les valeurs suprêmes. Cela conduit à tout transformer en marchandise, même l’humain».
Le taux de chômage a certes diminué au Québec comme au Canada, mais surtout à cause de la croissance des emplois à temps partiel, temporaires ou sur appel, tandis que le nombre d’emplois à temps plein continue de diminuer. Les accords de libre échange tendent à réduire la capacité des Etats de légiférer dans le sens de l’intérêt public et de protéger certains acquis sociaux, notamment en matière de travail et de main-d’oeuvre, notent les évêques du Québec. «La mondialisation de l’économie, laissée à son libre cours, contribue ainsi à entraîner instabilité et précarité chez les travailleuses et les travailleurs.» D’après Santé Canada, le niveau de satisfaction professionnelle a chuté de 62% à 45 % entre 1991 et 2001.
Le travail est-il encore facteur d’humanisation ?
Dans un message publié à l’occasion du 1er mai, le Comité des affaires sociales de l’AEQ, présidé par Mgr Gilles Lussier, évêque de Joliette, se demande si le travail est réellement un facteur d’humanisation alors que l’on assiste à l’aggravation de la condition d’un grand nombre de travailleuses et de travailleurs.
«Depuis quelque temps, souligne le Comité, nous assistons à la croissance des emplois à temps partiel, temporaires ou sur appel. Le nombre d’emplois à temps plein continue de chuter et prend souvent la forme de contrats à durée déterminée. Cette diminution s’explique dans une bonne mesure par le contexte de globalisation économique qui entraîne la relocalisation de plus en plus fréquente des entreprises dans des pays où les coûts de main-d’oeuvre et de production sont moins élevés. Laissée à son libre cours, la globalisation de l’économie crée instabilité et précarité chez les travailleuses et les travailleurs.»
Le Comité épiscopal relèvent que cette situation engendre des conséquences qui provoquent certaines questions radicales. «L’accès à des emplois stables et bien rémunérés ne tendrait-il pas à devenir le privilège d’une minorité? Le travail disponible permet-il aux travailleuses et aux travailleurs de sortir de la pauvreté? La globalisation économique crée-t- elle une impossibilité structurelle d’améliorer la situation de l’emploi? Et, finalement, quel prix accordons-nous socialement à la personne humaine, sans égard à sa productivité ou à son statut économique et social?»
Les évêques québécois qualifient la situation actuelle de «vision réductrice et utilitariste de l’être humain». Cette tendance se généralise non seulement dans les milieux de travail, mais aussi dans le domaine de l’éducation et dans la culture publique. «Peut-être sommes-nous en train d’assister à la fin d’un humanisme qui voyait dans l’ouverture des humains à une transcendance, à un ’autrement’ de la vie et du monde, la voie de leur accomplissement et de leur bonheur», écrivent les membres du Comité de l’AEQ. Qui déplorent vivement que la précarisation continue de l’emploi finisse par refléter la subordination de l’humain «au profit d’une logique marchande qui amène à légitimer faussement le sacrifice de populations entières». (apic/aeq/be)




