Nomination romaine mal accueillie

San Giovanni Rotondo: Les capucins du sanctuaire crient leur colère contre le Vatican

Rome, 5 mai 2003 (Apic) Le torchon brûle entre le Vatican et San Giovanni Rotondo, le sanctuaire du Padre Pio. La récente nomination du nouvel archevêque du diocèse, Mgr Domenico Umberto D’Ambrosio, désigné par Rome pour occuper la charge de délégué du Saint-Siège pour le sanctuaire est mal prise, pour ne pas dire davantage.

Le Père Gianmaria Cocomazzi, supérieur de la communauté des capucins a estimé qu’il s’agissait là d’un «retour des années de persécution», faisant là allusion à ce qu’avait vécu le «stigmatisé de Rotondo» à une époque de sa vie et des pressions subies par le Vatican. La colère est grande. Les enjeux financiers aussi.

Une crise ouverte est donc déclenchée entre le Vatican et les frères capucins de San Giovanni Rotondo, dans le sud de l’Italie, proche de la mer adriatique. Par une bulle pontificale, le Vatican vient en effet de nommer délégué du Saint-Siège pour le sanctuaire, Mgr Domenico Umberto D’Ambrosio. Les frères capucins ont très mal pris la décision, qu’ils considèrent comme un acte arbitraire leur retirant la gestion du lieu. Dimanche, au terme de la messe, le Père Gianmaria Cocomazzi a fondu en larme devant les fidèles en criant au retour des années de persécution.

Dans une déclaration faite le 5 mai, Joaquin Navarro-Valls, le porte-parole du Saint-Siège a jugé «opportun de préciser que les Pères capucins continuent à avoir la charge du sanctuaire». «Pourtant, précise-t-il dans son communiqué, l’archevêque du lieu a cependant le droit et le devoir de veiller sur l’activité pastorale qui se déroule dans ce lieu, une compétence qui relève de l’évêque comme l’affirme le droit canonique».

Le communiqué de J. Navarro-Valls, précise encore que «le titre de délégué du Saint-Siège pour les oeuvres de padre Pio», attribué à Mgr D’Ambrosio, «est identique à celui attribué par le souverain pontife aux délégués des autres sanctuaires».

Climat passionnel et fidèles mobilisés

«Nous sommes en train de revivre le climat de persécution qu’avait vécu Padre Pio», a pour sa part commenté dimanche le Père Cocomazzi devant des fidèles venus en grand nombre à la messe dominicale et qui ont promis de manifester pour empêcher ce qu’ils considèrent comme une injustice. Un véritable climat passionnel et sentimental s’est développé en 48 heures et transparaît au travers des nombreux articles de journaux consacrés à cette affaire dans les éditions italiennes du 5 mai. Le communiqué de la salle de presse du Vatican ne calmera sans doute pas les esprits.

Derrière cette flambée de passion figurent des enjeux majeurs, notamment financiers. Ce sanctuaire, un des plus important au monde, produit un chiffre d’affaire annuel qui tourne autour de 100 millions d’euros. Plus de huit millions de fidèles du saint se rendent chaque année dans le petit village qui a une capacité hôtelière proche de 6’500 lits.

Ces hôtels feraient un chiffre d’affaire annuel de plus de 500 millions d’euros. Trois mille personnes sont en outre directement employées par ces structures et par les produits dérivés liés à l’image du Padre Pio. Dans la ville plus de 34 hôtels étaient en construction en 2002, à quoi il convient les 98 déjà existants pour accueillir les millions de visiteurs. Au cours de ces dernières années, plus de 150 livres sont par ailleurs parus sur Padre Pio, pour un chiffre d’affaire qui s’approche des 25 millions d’euros.

Le «rapt» du Vatican

Mgr D’Ambrosio s’est également vu confier par une bulle pontificale la gestion de l’hôpital voulu par le Padre Pio, un établissement qui a une capacité d’accueil de 2’800 places et qui jouit dans l’ensemble de l’Italie d’une grande réputation pour la qualité de ses soins.

S’il s’agit, pour les capucins et les fidèles du lieu, d’un rapt par le Vatican du «trésor» de Padre Pio, il s’agirait aussi pour le Saint-Siège, de rendre plus transparente la gestion du lieu, d’éviter les débordements mercantiles et de reprendre en main le développement spirituel de ce lieu de pèlerinage. De nombreuses rumeurs – dont des faits avérés – de malversations financières, dont les capucins auraient été victimes en raison de leur «naïveté», semblent avoir envenimé le climat. Jean Paul II, fervent défenseur de Padre Pio, a procédé à sa canonisation Place Saint- Pierre le 16 juin 2002. (apic/imedia/pr)

5 mai 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
Partagez!