Le pape insiste sur le rôle de ce pays dans la construction de l’Union européenne

100e voyage international de Jean Paul II

Gâteau pour Jean Paul II dans l’avion papal

De notre envoyé spécial en Croatie, Antoine Soubrier

Rijeka, 6 juin 2003 (Apic) Jean Paul II a atterri Rijeka, dans l’île de Krk, au nord de la Croatie, commençant ainsi un périple de cinq jours comprenant de nombreux déplacements à travers tout le pays. Un voyage commencé dans une fête improvisée, avec le gâteau offert au pape par la compagnie d’aviation. 100ème déplacement à l’étranger oblige.

Pour marquer le 100e voyage apostolique du pape, au cours du trajet vers la Croatie, la compagnie aérienne Alitalia – qui a accompagné le pape dans tous ses voyages – lui a offert un énorme gâteau sur lequel avait été inscrit «Tous nos voeux, Saint-Père». A son arrivée à l’aéroport de Krk, le chiffre ’100’ avait également été inscrit sur le mur du hall d’accueil. Quelques centaines de Croates dont de nombreux enfants agitant les drapeaux jaune et blanc du Saint-Siège, ainsi que rouge, blanc et bleu de la Croatie, ont acclamé le pape par des chants et des applaudissements.

Les plus hautes autorités, politiques et religieuses croates, le président Stjepan Mesic, le premier ministre Ivica Racan, l’archevêque de Zagreb Josip Bozanic ainsi que la plupart des évêques croates étaient venus accueillir le pape à l’aéroport. De grandes banderoles à l’effigie de Jean Paul II flottaient au-dessus de la foule alors que le soleil commençait déjà à se coucher.

Faisant dès son arrivée allusion à la récente candidature de la Croatie à l’Union européenne, le pape a soutenu le désir de ce pays «à devenir partie intégrante de la grande famille des peuples d’Europe», au cours de son premier discours ­ prononcé en croate – sur le tarmac de l’aéroport. «Je ne peux qu’exprimer le souhait que soit réalisée une telle aspiration», a-t-il dit. Selon lui, «la riche tradition de la Croatie contribuera sûrement à renforcer l’Union à la fois comme entité administrative et territoriale, mais aussi comme réalité culturelle et spirituelle».

Racines chrétiennes

Mais pour cela, a poursuivi Jean Paul II, ce pays qui est sorti de plus d’un millénaire d’occupations et de dictatures diverses il y a à peine 10 ans, doit se souvenir de ses racines chrétiennes. «Le christianisme a grandement contribué au développement de la Croatie par le passé», a-t-il commenté. «Il pourra continuer à contribuer efficacement à son présent et à son avenir», à condition qu’il conserve des valeurs telles que «la dignité de la personne, l’honnêteté morale et intellectuelle, la liberté religieuse, la défense de la famille, l’accueil et le respect de la vie, la solidarité, la subsidiarité et le respect des minorités, qui sont inscrits dans la nature de tout être humain, mais que le christianisme a le mérite d’avoir mis identifié et proclamé avec clarté».

Jean Paul II s’apprête à effectuer cinq jours de visites à travers toute la Croatie. Après ce voyage, il aura visité tous les diocèses du pays, en comptant ses deux premières visites en 1994 et 1998. Cette fois-ci, a précisé le pape, «il me sera donné de faire mémoire des antiques racines chrétiennes de cette terre irriguée du sang de tant de martyrs». Il a alors notamment cité l’exemple du cardinal Alojsije Stepinac, béatifié lors du dernier voyage en 1998. Ce dernier avait été la cause de nombreuses polémiques, accusé par certains de collaboration avec le régime oustachi, proche des nazis durant la Seconde guerre mondiale.

Sécurité: important dispositif

Faisant allusion en particulier à la guerre serbo-croate, de 1991 à 1995, le pape a en outre appelé les autorités politiques et religieuses «à ne jamais se lasser de soigner les blessures causées par une guerre cruelle et d’assainir les conséquences d’un système totalitaire qui pour trop de temps a tenté d’imposer une idéologie contraire à l’homme et à sa dignité». La dernière domination étrangère fut celle communiste, tombée au début des années 90.

Dès la fin de son discours, Jean-Paul II est monté dans sa papamobile en direction du port de Krk, d’où il est parti sur un grand catamaran de croisière afin de rejoindre la ville de Rijeka, à environ cinq kilomètres de l’île où il a atterri. Là, il s’est rendu directement au séminaire diocésain, la base d’où il devait ensuite rayonner tout au long de son voyage en prenant l’avion. Des milliers de Croates s’étaient massés le long de la route pour saluer le pape. D’importants dispositifs de sécurité ont été déployés sur tous les trajets empruntés par le souverain pontife. Le port de Krk avait ainsi été passé au crible par des nageurs de combat.

Dans la soirée de son premier jour sur le sol croate, le 5 juin, Jean Paul II devait revenir sur l’urgence pour les Croates de s’engager à la reconstruction sociale et religieuse du pays, lors d’une rencontre le président socialiste Stjepan Mesic, avant de dîner en privé et de passer une nuit de repos au séminaire diocésain. AS

Encadré

Avec le cardinal Angelo Sodano.

Interrogé par les journalistes lors de la traversée en bateau de l’île de Krk à Rijeka en Croatie, dans l’après-midi du 5 juin 2003, le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Vatican, a réagi à divers sujets de l’actualité. Alors que le pape venait de commencer son 100e voyage international, il a notamment souligné que le sommet d’Aqaba «est une grande espérance» pour l’avenir du Proche Orient.

Alors que le président américain George Bush rencontrait en Jordanie les premiers ministres israéliens et palestiniens, Ariel Sharon et Mahmoud Abbas, le cardinal Sodano a réaffirmé l’importance «de définir des frontières claires», «de faire revenir les réfugiés» et «de régler la question du statut de Jérusalem». Cette rencontre «est une grande espérance pour l’avenir de la paix au Proche Orient», a ajouté le «Premier ministre» du Vatican, soulignant ironiquement que dans tous les cas, «un Etat ne peut pas exister comme un gruyère, avec des trous partout». (réd: merci l’Emmenthal, fromage à trous par excellence, contrairement au gruyère).

Interrogé en outre sur la question d’une référence aux racines chrétiennes dans la future Constitution européenne, le cardinal Angelo Sodano a plaisanté en déclarant qu’il faudrait «convertir les Français» et «les faire sortir de leur laïcisme».

Concernant enfin l’hypothèse d’un voyage de Jean Paul II en Mongolie, le prélat italien a affirmé que rien n’avait encore été décidé, mais que la décision serait prise «avant la fin de ce mois». «Tout dépend de la condition de santé du pape. Nous sommes dans les mains de Dieu», a-t-il ajouté en précisant que le pontife «va mieux, même sans la papaye». (apic/imedia/as/pr)

6 juin 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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