Croatie: Plein feu sur la famille

100e voyage international de Jean Paul II

Le pape interpelle le gouvernement

Par Antoine Soubrier, envoyé de l’Apic en Croatie

Rijeka, 9 juin 2003 (Apic) Le pape Jean Paul II a porté son attention sur la famille, au cours de sa quatrième étape de son 100ème voyage hors d’Italie, consacré à la Croatie.

Après avoir abordé les thèmes de l’Europe, de la réconciliation, de l’oecuménisme, ou encore de l’engagement des laïcs dans la société et dans l’Eglise, Jean Paul II s’est adressé aux familles, dans la matinée du 8 juin 2003 à Rijeka en Croatie. Au quatrième jour de son voyage pastoral dans ce pays situé en plein coeur de l’Europe, Jean Paul II a interpellé le gouvernement croate pour lui demander de prêter une «attention privilégiée» aux familles, en particulier celles réfugiées.

Pour la première fois depuis le début de son voyage mouvementé en raison des nombreux déplacements à travers toute la Croatie, Jean Paul II est resté à Rijeka ­ où il loge jusqu’à la fin de son séjour -, ville industrielle de 150’000 habitants située au nord-est du pays, pour célébrer la messe de Pentecôte. Plus de 120’000 personnes se sont retrouvées sur le port, où un grand autel avait été monté depuis plusieurs jours. Outre les habitants de Croatie, de nombreux pèlerins sont venus d’Italie, de Slovénie, de Hongrie, ou encore de Bosnie. Une nuit de prière avait été organisée sur place jusqu’à l’arrivée du pape.

Le soleil était toujours au rendez-vous, dimanche matin, mais la chaleur un peu moins écrasante que la veille grâce à un léger vent marin. Les fidèles, pour certains arrivés la veille, étaient massés sur la petite place coincée entre la mer et la colline de Trsat ­ où se trouve un sanctuaire marial, symbole de la Croate -, débordant souvent dans les rues adjacentes. Visiblement reposé de ses nombreux déplacements en avion pour visiter la Croatie du nord au sud et d’est en ouest, Jean Paul II s’est exprimé en Croate d’une voix forte et claire, au cours de la messe.

Défis urgents

Durant l’homélie, s’adressant particulièrement aux autorités politiques représentées dans l’assemblée par le Premier ministre, l’ancien communiste Ivica Racan, Jean Paul II leur a demandé de s’occuper plus particulièrement des familles. Celles-ci demandent «une attention privilégiée et des gestes concrets qui en favorisent et protègent la constitution, le développement et la stabilité», a-t-il déclaré. Le pape a cité entre autres défis à affronter d’urgence, «les graves problèmes du logement et du chômage», principales conséquences de l’arrivée de nombreux réfugiés croates après la guerre serbo-croate (1991-1995) et du retour des réfugiés serbes ­ ils sont actuellement environ 60’000, principalement dans le nord du pays – qui tentent de récupérer leurs maisons et, pour certains, leur travail.

Huit ans après la fin de la guerre, la Croatie se remet lentement de la guerre. Mais le pays reste pauvre et miné par un chômage qui touche un cinquième de la population, malgré les promesses électorales du nouveau gouvernement arrivé au pouvoir en 2000. «Le gouvernement croate essaye d’aller de l’avant, mais il faudra du temps avant de trouver la bonne voie», a estimé pour l’Apic Ivan Mastic, jeune étudiant en sciences politiques originaire de Rijeka. «Les hommes politiques se rendent compte aujourd’hui que leurs promesses seront difficiles à réaliser», a-t-il ajouté, soulignant toutefois l’urgence de trouver une solution à la question des réfugiés, comme «condition indispensable pour intégrer l’Union européenne». Selon lui, l’Eglise catholique, «qui a eu dans l’histoire un rôle fondamental dans la préservation de l’identité du pays», doit continuer «à faire pression» sur le gouvernement pour l’aider à reconstruire le pays.

La famille comme remède

Pour Jean Paul II, c’est notamment par les familles que l’Eglise pourra jouer son rôle. «N’oublions pas qu’en (les) aidant on contribue à trouver des solutions à d’autres graves problèmes», a-t-il commenté, précisant que les familles peuvent être «un frein au développement de la criminalité, ou même un remède au recours de la drogue».

S’adressant directement aux familles, le pape leur a particulièrement rappelé «l’importance fondamentale» de la messe du dimanche et de la prière commune pour faire face «à une société dramatiquement fragmentée et divisée». Les évêques de Croatie avaient justement choisi la famille «chemin pour l’Eglise et pour la nation» comme thème du voyage pontifical.

Le message du président Mesic

Dans un communiqué publié le 7 juin, le président de la République de Croatie affirme que «la visite du pape contribuera à trouver des solutions aux problèmes» que doit affronter aujourd’hui le pays. Pour Stjepan Mesic, «Jean Paul II a choisi la Croatie pour réconforter un peuple encore blessé par la récente guerre». «Nous devons vivre, nous devons pardonner», ajoute- t-il en appelant «ceux qui sont coupables de crimes de guerre à assumer leurs responsabilités». Il se dit en outre satisfait de la position de Jean Paul II concernant l’aspiration de la Croatie à intégrer l’Union européenne.

A l’issue de la célébration de la messe de Pentecôte à Rijeka, Jean Paul II est retourné au séminaire de la ville où il loge pendant son séjour croate, pour déjeuner avec les évêques de Croatie. Dans l’après-midi, il a reçu le Premier ministre Racan et a visité le Sanctuaire de Notre-Dame de Trsat. Ce dernier est aussi appelé la «Nazareth croate». Selon la légende, la maison de Marie et Joseph, parents de Jésus, aurait été transportée par des anges à Rijeka en 1291 depuis Israël. Elle aurait ensuite été déplacée en Italie, à Lorette, trois ans plus tard. En échange, le pape Urbain V a offert en 1367 au sanctuaire de Trsat, une icône peinte par saint Luc. Ce lieu, aujourd’hui géré par les franciscains. AS

Encadré:

Le voyage de Jean Paul II en Mongolie n’aura pas lieu en août

Joaquin Navarro-Valls, porte-parole du Saint-Siège, a affirmé le 8 juin que le voyage de Jean Paul II en Mongolie «est toujours en cours de préparation» mais qu’il n’aura pas lieu en août.

«Le projet mûrit», a-t-il simplement déclaré, précisant toutefois que «le moment n’est pas encore arrivé» pour que celui-ci soit concrétisé. Dans tous les cas, a-t-il ajouté en confirmant que le voyage ne se fera pas en août comme initialement prévu, «le projet n’est pas annulé».

Selon des sources vaticanes, le voyage en Mongolie serait notamment repoussé pour permettre à l’entourage du pape d’organiser une étape à Kazan, en Russie. (apic/as/pr)

9 juin 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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