Entre indignation et satisfaction, en attendant les conséquences
Etats-Unis: Un homosexuel nommé évêque de l’Eglise épiscopale du New Hampshire
Concord, 9 juin 2003 (Apic) Un homosexuel avoué a été élu évêque de l’Eglise épiscopale du New Hampshire, aux Etats-Unis, pour la première fois dans l’histoire de cette Eglise anglicane américaine. L’élection, samedi 7 juin, de Gene Robinson, 56 ans, qui avait admis publiquement en 1990 son homosexualité, doit encore être entérinée lors d’une conférence générale de l’Eglise épiscopale des Etats-Unis le mois prochain.
Un premier tour d’élection, fin mai, avait permis à Gene Robinson de se positionner en ballottage favorable par rapport à trois autres candidats. Ce résultat intermédiaire, annoncé le 31 mai, a déclanché les foudres de l’aile conservatrice à travers toute la communion anglicane mondiale.
«C’est vraiment valorisant de recevoir cette sorte de soutien de la part de gens qui m’ont connu depuis 28 ans», a déclaré le révérend Robinson, qui vit depuis 13 ans avec un compagnon. Principal assistant de l’évêque sortant depuis près de 20 ans, il a battu les trois autres candidats lors de l’élection.
L’Eglise épiscopale américaine a montré ces derniers temps une tolérance grandissante à l’égard de l’homosexualité dans le clergé et des unions homosexuelles, à l’écart du courant principal de la Communion anglicane, composée des Eglises locales.
L’aile conservatrice de la communion anglicane a fait pression en vain pour tenter d’empêcher cette élection, s’adressant même à l’archevêque de Cantorbéry pour qu’il dénonce cette candidature. Le primat anglican, favorable à la pleine intégration des homosexuels dans l’Eglise, a cependant déclaré que ce genre d’intervention n’était pas de son ressort.
La perspective de voir accéder à l’épiscopat un homosexuel avait provoqué la colère de l’aile conservatrice de cette Eglise. John Robert, un chef de file évangélique, directeur de la «Société d’observance du jour du Seigneur», a d’ores et déjà condamné et déploré l’élection. Estimant qu’elle augmente les risques de schisme dans l’Eglise anglicane. Peter Akinola, primat du Nigeria, s’est également déclaré opposé à l’élection d’un confrère homosexuel, la qualifiant «d’abomination».
Les modérés réticents
Graham Dow, évêque de Carliste, plus modéré, avait pour sa part estimé peu avant l’élection finale que l’ordination de Gene Robinson serait une erreur. Tout en reconnaissant l’importance de soutenir les gays et les lesbiennes, il n’a pas jugé pas pertinent de les accueillir dans le giron de l’épiscopat.
«Le diocèse du New Hampshire s’est coupé de l’Eglise épiscopale en élisant quelqu’un comme Gene Robinson», a de son côté estimé le pasteur David Moyer, chef d’un courant traditionaliste au sein de l’Eglise.
«C’est l’avancée que nous attendions», a estimé en revanche le pasteur Charles Bennison, évêque de Pennsylvanie. «Le fait qu’il ait été élu devant une telle concurrence, et par ceux qui le connaissent le mieux, atteste de la qualification de Gene pour être évêque».
Situation tendue
L’Eglise épiscopale des Etats-Unis compte 2,3 millions de membres. Elle est considérée comme la plus libérale de la communion anglicane. Officiellement, l’Eglise anglicane, qui comte 77 millions de membres, est toujours opposée à l’ordination d’homosexuels. C’est du moins ce qui avait été réaffirmé lors de la conférence de Lambeth tenue en 1998.
Cette ordination vient aggraver une situation de plus en plus tendue entre progressistes et conservateurs de cette Eglise, par rapport à l’intégration des homosexuels dans l’Eglise. Vendredi 30 mai, le diocèse canadien de New Westminster avait en effet pour la première fois autorisé le mariage d’un couple gay. (apic/telegraph/sh/ag/pr)




