Migration clandestine: les gouvernements ferment les yeux

Saint-Domingue: Au moins 5’000 Haïtiens sont entrés illégalement entre janvier et mai

Saint-Domingue, 9 juin 2003 (Apic) Au moins 5’000 Haïtiens sont entrés illégalement en République Dominicaine entre janvier et mai 2003 pour aller travailler dans des plantations sucrières et des exploitations agricoles.

Selon le GARR, Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR) de Port-au- Prince, une plate-forme d’associations et d’organisations non gouvernementales travaillant sur la problématique de la migration, il s’agit d’une véritable migration clandestine organisée, qui s’apparente à un trafic de main d’oeuvre, sur lequel els gouvernements ferment les yeux.

«En dépit des mesures adoptées par le gouvernement de Saint-Domingue pour freiner l’immigration clandestine entre la République Dominicaine et Haïti, la tendance sur le terrain est tout à fait inverse. Le flux migratoire illégal ne se limite pas à quelques individus, a confirmé à l’agence Misna Colette Lespinasse, coordinatrice du GARR.

Selon elle, «Le phénomène de l’immigration de Haïtiens vers la République Dominicaine existe depuis des décennies. Entre les années 50 et 80, les patrons dominicains ont massivement embauché les travailleurs haïtiens, avec l’accord des autorités. Mais aujourd’hui, et ce depuis des années, le phénomène de la migration clandestine est très diffusé, malgré ses conséquences dramatiques» commente Colette Lespinasse.

Les ONG et les comités des droits humains locaux le dénoncent: les autorités qui ferment les yeux sur ces trafics clandestins. «Comment expliquer sinon que des cars entiers de Haïtiens, des centaines de personnes, passent de l’autre côté de la frontière? Sans l’appui des services de l’immigration et des militaires à la frontière, c’est impossible» s’insurge-t-elle.

Les motivations ne manquent pas

En Haïti, il n’est pas difficile de trouver les motivations qui poussent à quitter le pays. La misère est endémique, il n’y a pas de travail, la politique est en crise depuis les élections de 2001 et le gouvernement d’Aristide, l’ancien prêtre, critiqué de tous bords, n’a rein a envié aux régime dictatoriaux précédents.

«Les jeunes surtout» reprend la coordinatrice au GARR, «sont attirés par les propositions alléchantes de «recruteurs» dominicains qui viennent jusque dans les campagnes pour chercher de la main d’oeuvre. Certains Haïtiens vendent tout ce qu’ils ont, leurs maisons, leurs terres, pour les suivre». Aller travailler en République Dominicaine a bien entendu un prix: il faut payer les passeurs, les «boukonn» comme on les appelle sur place, et parfois les policiers et les militaires.

Les gouvernements se lavent les mains

«Au fond, cette migration illégale fait le jeu des gouvernements» conclut notre interlocutrice. La République Dominicaine a besoin de main d’oeuvre dans les secteurs de l’agriculture et de la construction, qui n’attirent pas les Dominicains. Les Haïtiens sans papiers leur permettent de produire à des coûts compétitifs; Haïti n’a en revanche aucune politique de migration et de gestion de la population et les autorités sont indifférentes au problème. (apic/misna/pr)

9 juin 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
Partagez!