L’Eglise maronite rejette toute aspiration nationaliste
Liban: La presse salue les résolutions du synode patriarcal maronite
Beyrouth, 25 juin 2003 (Apic) La presse libanaise a salué mardi le fait que l’Eglise maronite rejette toute aspiration nationaliste. Lors de la clôture de la première session du synode patriarcal maronite, qui s’est achevée samedi par une messe solennelle à la maison d’accueil Notre-Dame du Mont, près de Jounieh, il a été clairement souligné que l’Eglise maronite n’a jamais envisagé de se constituer en nation et de s’emparer d’un territoire qui lui appartiendrait exclusivement.
Cette affirmation doit être comprise comme une réponse de l’Eglise maronite à ceux qui lui ont reproché, durant la guerre, d’avoir oeuvré pour la partition du Liban. C’est aussi une mise au point pour tous les maronites qui pourraient ne pas partager ce point de vue, relève le quotidien francophone «L’Orient-Le Jour».
Une Eglise «experte en convivialité»
Le secrétaire du synode patriarcal, Mgr Youssef Béchara, l’a également confirmé en déclarant que la «pensée ecclésiale» maronite n’a jamais été dans la direction de la partition du Liban ou de l’Eglise nation. Le choix des maronites est celui de la coexistence et de la convivialité avec les autres communautés libanaises.
«A aucun moment il n’a été question pour l’Eglise maronite de se séparer des autres Libanais pour former une entité politique distincte.» Si Mgr Béchara a tenu à préciser que la séparation n’a jamais été une «pensée ecclésiale», commente «L’Orient-Le Jour», «c’est peut-être implicitement pour distinguer cette pensée de celle d’autres groupes de la communauté maronite qui réfléchissaient en d’autres termes et qui se sont heurtés à l’Eglise sur cette question, durant les années de guerre (1975-1990)».
Pas question pour l’Eglise maronite de se séparer des autres communautés libanaises
Grâce au synode qui vient de se tenir, écrit mardi le quotidien libanais francophone, un pas important a été franchi par l’Eglise maronite pour se défendre de toute aspiration nationaliste qui a pu se manifester durant la guerre, et dont certains pourraient encore caresser le rêve, comme moyen de résoudre les difficultés auxquelles fait face la communauté maronite dans ses rapports avec les autres communautés libanaises.
Mais, remarque le journaliste Fady Noun, le communiqué final du synode patriarcal ne fait pas allusion à la guerre et il est «nulle part question de la frénésie de mort qui s’est emparée d’une partie de la société libanaise, et donc des chrétiens.» C’est peut-être faute de temps que le synode patriarcal n’a pas abordé le thème de la guerre libanaise, dans l’espoir d’y revenir durant la seconde session.
Pour le commentateur de «L’Orient-Le Jour», il faudra tôt ou tard lever l’ambiguïté des droits politiques des chrétiens et de la confusion qui s’est créée dans les esprits entre la défense politique, pacifique de ces droits par l’Eglise, et leur défense par les partis et les milices, qui se sont superposées par moments jusqu’à se confondre, mais qui étaient et doivent demeurer distinctes, car ni leurs moyens ni leurs objectifs n’étaient les mêmes.
Le terrain est déblayé pour une lecture critique du rôle des chrétiens dans la guerre
«Ainsi, poursuit-il, il faudra bien, un jour ou l’autre, vérifier si toutes les guerres dans lesquelles se sont impliqués des chrétiens ont été défensives, parler par exemple des razzias du port et du Koura, de la criminalisation de la guerre, des crimes contre l’humanité auxquels elle a pu donner lieu, de ces massacres à répétition qui ont fait, ou plutôt défait, le Liban sans parler des moissons de morts fauchés par les voitures piégées.»
Et de poursuivre qu’en se défendant de toute aspiration nationaliste, l’Eglise maronite a déblayé le terrain à une lecture critique de l’histoire de la guerre et, plus généralement, de l’histoire du Liban indépendant. Mais cette lecture doit se poursuivre pour démythifier la guerre et réaliser la véritable catharsis dont la communauté a besoin pour dépasser cette période de son histoire et entrer dans la nouveauté du dialogue avec le monde arabe.
La génération de la guerre doit encore se penser et se repenser pour atteindre une conscience historique critique de ce qu’elle a vécu. «Cela dit, conclut-il, force est de souligner que, grâce au synode, les maronites sont en train de donner aux autres communautés libanaises un formidable exemple d’objectivité et de démocratie». (apic/orj/be)




