Le Zurichois appelé en situation de crise dans sa ville en 1993
Zurich: Interview de l’évêque auxiliaire Peter Henrici, qui se retire ce dimanche
Interview: Jakob Hertach de l’Apic, traduction: Bernard Bovigny
Zurich, 25 juin 2003 (Apic) L’évêque auxiliaire Peter Henrici, âgé de 75 ans, vicaire général à Zurich, se retire de sa fonction. La passation de pouvoir avec son confrère Paul Vollmar aura lieu ce dimanche à l’église St Pierre-et-Paul à Zurich.
Cet évêque natif de Zurich a été appelé en 1993 dans le diocèse de Coire, qui vivait un temps de crise sous l’épiscopat de Mgr Wolfgang Haas. Dix ans plus tard, Mgr Henrici, atteint par la limite d’âge, se retire et jette pour l’Apic un regard sur son parcours d’enseignant à Rome et de vicaire général à Zurich.
Apic: Monseigneur, avant votre retour à Zurich, vous avez vécu 46 ans à l’étranger. Durant ce temps, Zurich a beaucoup changé, comme vous avez dû le constater vous-même .
P.H: Lorsque j’ai quitté Zurich, en 1947, la société était fermée et marquée par l’esprit de Zwingli et le puritanisme. Actuellement la haute société se montre plus ouverte. Et la population est bien plus mélangée. Tout cela fait du bien à la ville. L’Eglise catholique était à l’époque dans une situation de diaspora. Aujourd’hui, elle est traitée dans la loi pratiquement au même niveau que l’Eglise réformée. Il y a seulement dix ans, je n’aurais même pas pu imaginer une telle évolution. J’ai vécu une belle page de cette histoire le 10 juin dernier: les adieux pour mon départ organisés par le synode réformé étaient totalement inattendus.
Aujourd’hui, je perçois Zurich avec tous ses problèmes, mais aussi avec ses belles facettes. Parmi elles, j’apprécie la Zurich multiculturelle. Les Zurichois montraient autrefois une mine sérieuse. Beaucoup de jeunes des pays du Sud ont apporté une autre atmosphère. Je l’ai vécu notamment dans les groupes de confirmands. Leur présence a apporté un souffle nouveau à la société.
Apic: Votre nomination comme vicaire général, avec un statut d’évêque auxiliaire, il y a dix ans, était considéré comme une mesure d’urgence. Mgr Paul Vollmar et vous-même avez reçu pour mission de rétablir la situation, qui s’est dégradée dans le diocèse sous l’épiscopat de Mgr Haas. Et cela, sans compétences spéciales.
P.H: Pas «sans compétences». Mgr Haas a reçu comme mandat de nous établir comme vicaires généraux avec le statut d’évêques auxiliaires. Il ne nous était pas possible d’avoir davantage de compétences dans l’Eglise. Il était d’ailleurs juste mentionné que nous n’avions aucun pouvoir sur la Faculté de théologie de Coire.
Un membre de la Conférence des évêques suisses nous a dit: «Au Cambodge, lorsqu’un jeune éléphant ne travaille pas correctement, on le place entre deux éléphants plus âgés». Mais cette mesure a peu apporté, car notre mission était en fait de ramener la paix dans le diocèse sous l’épiscopat de Mgr Haas.
Apic: De 1960 jusqu’à votre nomination à Zurich en 1993, vous avez été professeur d’histoire de la philosophie contemporaine à l’Université pontificale grégorienne à Rome. Comment avez-vous redécouvert la cohabitation avec les réformés à Zurich, après tant d’années de proximité avec la centrale de l’Eglise catholique?
P.H: Je suis très imprégné de la Zurich réformée depuis mon enfance et ma jeunesse. Mes meilleurs camarades d’école étaient réformés. Nous avons étudié l’hébreu ensemble. Plusieurs d’entre eux sont devenus pasteurs réformés. Je n’ai donc eu aucune difficulté à me réadapter.
J’ai même eu la surprise, lors de mon premier jour de travail à Zurich, de découvrir sur mon bureau un bouquet de fleurs offert par le président du Conseil de l’Eglise réformée, Ernst Meili. Cela m’a procuré un immense plaisir.
Apic: Durant cette période que vous venez de passer comme évêque auxiliaire à Zurich, le Vatican a diffusé deux documents interdisant l’intercommunion avec les réformés .
P.H: Cette année, lors de la célébration du Dimanche des Rameaux, j’ai dit exactement ce qui se trouve dans le document «Ecclesia de Eucharistia», paru quatre jours plus tard, le Jeudi Saint. Et je n’en connaissais pas encore le contenu. Beaucoup de réformés viennent communier chez moi chaque dimanche, notamment lors des célébrations de confirmation. Je ne fais aucune histoire avec cela, et je pense que Jésus n’a rien là contre.
Mais ce que nos frères réformés, et avant tout les pasteurs, aimeraient parfois, c’est que nous prononcions les paroles indiquées dans les directives ecclésiales zurichoises: «Tous ceux qui participent à la célébration sont cordialement invités à partager la cène». Nous ne pouvons pas adresser une telle invitation générale. Il n’est pas possible, pour nous, de convier tous les participants à la communion.
Concernant notre pratique au sujet de la communion, l’évêque du diocèse, Mgr Amédée Grab, et moi sommes du même avis. Réformés et catholiques ont deux compréhensions complètement différentes de l’Eglise. Et nous autres catholique sommes dans ce domaine beaucoup plus proches des orthodoxes que des réformés.
Apic: Vous avez été perçu comme une «chance» pour les Zurichois. De quelle chance s’agit-il en fait?
P.H: Une «chance», dans le sens que quelqu’un qui a grandi à Zurich, et qui est Zurichois de corps et d’esprit, est devenu évêque à Zurich. Mes ancêtres sont devenus bourgeois de Fluntern en 1817. Je suis donc un Zurichois de souche.
Apic: Comment aimeriez-vous palier au manque de prêtres?
P.H: Si nous avançons avec l’air du temps et restons attentifs, les vocations de prêtres vont reprendre. Le manque actuel correspond au «trou» qui résulte du Concile et qui a débuté vers la fin des années 60. (apic/jh/bb)




