Congo RDC: L’évêque du diocèse de Butembo-Beni veut une réaction des Nations Unies

Mais qui donc arrêtera les «saigneurs» de la guerre?

Bruxelles, 11 juillet 2003 (Apic) Le drame de plus de 3 millions de morts et de milliers de déplacés de guerre, la dénonciation de graves violations des droits de l’homme n’arrivent pas à arrêter la folie meurtrière des seigneurs de la guerre et la convoitise des pays voisins, dénoncent Mgr Sikuli Paluku Melchisédech, évêque du diocèse de Butembo-Beni, en République démocratique du Congo (RDC.

«Même quand une solution appropriée semble trouvée, tel le déploiement de la Force multinationale en Ituri, elle est confinée dans un espace tellement restreint et un temps tellement limité que ni le syndrome de la guerre ni le risque de plonger les autres drames dans l’oubli ne sont écartés», a commenté l’évêque au cours d’une conférence donnée cette semaine à Bruxelles. Il a déploré que les atrocités continuent, en violation flagrante de l’Accord global et inclusif de Pretoria, de l’Acte final de Sun City, de la Constitution de la transition, de l’Accord de Pretoria entre la R.D.C. et le Rwanda, de l’Accord de Loanda entre la R.D.C. et l’Ouganda, des plans de désengagement de Harare et de Kampala, des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations Unies.

. Son intervention, a-t-il expliqué est fondée sur ce «devoir de mémoire et d’interpellation prophétique. Nous voulons attirer l’attention de l’opinion nationale et internationale sur la situation dramatique vécue dans le diocèse de Butembo-Beni, 45’000 km2, 2 millions d’habitants.

La triste réalité des enfants soldats révolte toute personne sensée. La cruauté et l’ingéniosité des bourreaux répugnent. Pour un butin de misère, on tue. On tue, parce qu’il est Hema, parce qu’il est Lendu, parce qu’il est Nande. Des femmes sont violées chaque jour. Certains militaires du MLC de Bemba et du RCD/N de Lumbala en sont venus même à pratiquer le cannibalisme et la mutilation des corps en prenant essentiellement comme cible les pygmées.

Milliers de déplacés

La description des cruautés ne s’arrête pas là. Des milices Lendu (FNI) et Ngiti appuyées par le RCD-Kis/ML de Nyamwisi ont détruit le plus grand Hôpital de la région à Nyakunde. Tous ces seigneurs de la guerre ont détruit des villages entiers et ont jeté sur les routes des milliers de déplacés dont le statut est très précaire par rapport aux pratiques humanitaires.

Rien que dans les territoires de Beni et de Butembo, articule l’évêque, on compte plus de 300’000 déplacés de la guerre en Ituri. Certains d’entre eux viennent de créer dans les camps de déplacés l’Association des victimes de la guerre en Ituri pour mieux faire face aux exigences de vérité, de justice, de réconciliation et de solidarité après un tel drame.

Pour le prélat, le drame de l’Ituri trouve ses racines dans le pillage des ressources de la RDC. par des groupes politico-militaires ougandais et leurs alliés congolais. Ce drame est lié en grande partie à l’armement des groupes armés antagonistes par un même acteur, l’Ouganda. Le retrait effectif de ses troupes de la RDC, hormis le Mont Ruwenzori, ne signifie donc pas la fin du cauchemar iturien. L’Ouganda a la capacité de continuer à nuire à travers ses zombis congolais, si les réseaux d’armement et de pillage des ressources minières et du bois ne sont pas démantelés.

L’évêque évoque certes le déploiement de la Force multinationale des Nations Unies du côté de Bunia, mais, regrette-t-il, avec un mandat limité qui va jusqu’en septembre.

Le drame de la guerre au Nord-Kivu

Le drame de la guerre au Nord-Kivu est semblable à celui de l’Ituri, relève encore l’évêque. Seulement, ce ne sont plus les tensions ethniques, qui sont utilisées comme ingrédient, mais les rivalités entre les seigneurs de la guerre: rivalités aussi entre l’Ouganda et le Rwanda.

Partout, les populations ont été poussées à prendre le chemin de l’exil dans leur propre province. Outre les milliers de déplacés au Sud de Lubero, 150’000 environ avant la prise de Kanyabayonga, les villes de Butembo et de Beni sont passés respectivement de 250’000 à environ 400’000 et de 100’000 à 200’000.

Mgr Sikuli Paluku Melchisédech demande que des mesures d’urgence soient prises, y compris et surtout par les Nations Unies, et que les responsables de ce désastre humain soient punis. (apic/com/pr)

11 juillet 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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