Concertation entre responsables religieux et opposition
Zimbabwe: La deuxième ville du pays durement frappée par la pénurie de vivres
Harare, 30 juillet 2003 (Apic) Alors que le Zimbabwe traverse aux dires des analystes la crise économique la plus grave de son histoire, une étude réalisée par une association d’organisations religieuses révèle que plus de 55% des familles de Bulawayo, la seconde ville du pays, ne peuvent avoir plus d’un repas par jour. Un constat qui intervient alors que les responsables religieux du pays se concertent avec l’opposition et avec le gouvernement pour mettre fin à la crise économique et politique.
«Etant donné la pénurie de farine de maïs, de nombreuses familles de cette ville en sont réduites à prendre du thé sans pain le matin et l’après-midi et le «sadza» – repas principal fait à base de maïs – le soir», indique le rapport contenant les conclusions de l’enquête menée par le Mouvement des chrétiens pour la justice.
Cette association rassemble des chrétiens membres du Conseil des Eglises du Zimbabwe, de la Communauté évangélique du Zimbabwe et de l’Eglise catholique.
L’étude a été effectuée pour évaluer la situation dans certaines banlieues de Bulawayo après les informations selon lesquelles 179 personnes sont mortes de malnutrition durant le premier semestre de l’année.
A noter que les agences d’entraide concentrent la distribution de nourriture principalement dans les zones rurales.
Si le Zimbabwe connaît une crise aussi sévère, c’est en partie à cause de la sécheresse qui a frappé des régions d’Afrique australe mais aussi, selon des observateurs, à cause des réformes agraires controversées du gouvernement qui ont entraîné l’expulsion d’un grand nombre de propriétaires de fermes commerciales et affecté la production agricole.
Crimes et prostitution
Sur les personnes interrogées, 76% se sont plaintes de la corruption et du favoritisme dans la distribution du maïs. L’enquête révèle en outre que l’inflation galopante au Zimbabwe a fait du crime et de la prostitution un moyen de subsistance pour les jeunes qui se trouvent dans une situation désespérée.
Le Zimbabwe connaît en plus une crise économique caractérisée par le manque de devises étrangères du à l’absence d’investissements extérieurs, par la pénurie de combustible et par la hausse du chômage.
Concertation
Face à une situation de plus en plus pénible dans ce pays, les chefs religieux du Zimbabwe et le chef de l’opposition du pays, Morgan Tsvangirai, ont discuté lundi des possibilités d’instaurer un dialogue politique dans le pays. En plus des pénuries alimentaires, le Zimbabwe est confronté depuis plus de deux ans à une crise politique intérieure à cause de la volonté du président Robert Mugabe, de s’accrocher au pouvoir. Morgan Tsvangirai, son adversaire politique, soutenu par la communauté internationale, s’oppose à la politique gouvernementale.
Echec
A l’issue de cette rencontre, Trevor Manhanga, chef de l’association Evangélique du Zimbabwe, a déclaré que le «cadre pour un dialogue n’a pas été établi pour le moment». «Les chefs religieux ont encore besoin de rencontrer à nouveau» le Mouvement pour le Changement Démocratique (Mcd) de Morgan Tsvangiri et de l’Union Nationale du Zimbabwe (Zanu) de Robert Mugabe, a-t-il souligné dans une déclaration rapportée par l’Agence France presse. Toutefois, il s’est félicité de ce que la rencontre ait permis de déterminer des «convergences et de divergences».
La rencontre entre les dignitaires religieux et le chef de l’opposition zimbabwéenne a eu lieu deux jours après celle qu’ils ont eu avec le président Mugabe. Elle entre dans la même logique.
Outre Manhanga, la délégation des religieux comprenait Sebastian Bakari, représentant du Conseil des Eglises du Zimbabwe, et Patrick Mutume, de la Conférence des évêques catholiques du Zimbabwe. Ils ont reçu l’accord des deux parties adverses pour jouer les médiateurs.
La mésentente entre le pouvoir et l’opposition zimbabwéenne date de 2002, à la suite de la victoire controversée du président Robert Mugabe à l’élection présidentielle de cette année-là. Morgan Tsvangirai conteste cette victoire, affirmant qu’elle est entachée d’irrégularités. (apic/eni/ibc/pr)




