Rome: Selon «La Stampa», le feu vert aux OGM n’attend que l’approbation du pape
Le Vatican prêt à dire oui aux OGM en novembre prochain ?
Rome, 4 août 2003 (Apic) Selon le site internet de «La Stampa» de ce lundi, le Vatican n’attendrait que l’approbation du pape pour dire oui aux OGM cet automne. A en croire le quotidien italien, l’Eglise catholique s’apprête à donner sa bénédiction aux aliments transgéniques, au grand dam des milieux écologistes et altermondialistes. Un «document historique» devrait être publié en novembre prochain pour «dédouaner» les aliments transgéniques, selon «La Stampa».
Le quotidien italien écrit que l’épreuve du texte, qui a requis deux ans de travail, n’attend que l’approbation du pape. Le document rédigé par des experts du Conseil pontifical «Justice et Paix» aborde les champs éthique, économique, pastoral et sanitaire. Le journal affirme que les conclusions auxquelles est parvenu le Vatican sont que les aliments OGM peuvent être utilisés efficacement pour lutter contre la faim dans le monde.
Le Saint-Siège étudie avec beaucoup d’attention la question des OGM, affirmait déjà fin juin dernier Mgr Renato Martino, président du Conseil pontifical Justice et Paix et observateur permanent du Saint-Siège à l’ONU à New York durant 16 ans. Il participait à l’invitation du gouvernement américain à une conférence qui s’est déroulée du 23 au 25 juin 2003 à Sacramento, aux Etats-Unis. L’administration Bush cherche depuis des mois à convaincre les responsables du Vatican de se prononcer en faveur des aliments génétiquement modifiés.
Pressions américaines, réticences européennes
Au cours de sa brève intervention publiée le 8 juillet par «L’Osservatore Romano», Mgr Renato Martino déclarait que «l’utilisation des OGM doit être discutée ouvertement» pour que les personnes qui seront amenées «à utiliser ou à recevoir ces produits» puissent bénéficier d’informations «claires». Rappelant que des centaines de millions de personnes souffrent de malnutrition dans le monde, le président du Conseil pontifical Justice et Paix a insisté sur le fait que combattre la faim est «essentiel», mais que «trouver les moyens d’y arriver est impératif».
Dans son édition du mois de juin 2003, la revue catholique italienne «Trenta Giorni», accusait les Etats-Unis de faire pression sur le Vatican pour convaincre ses responsables à se prononcer en faveur des aliments génétiquement modifiés. Déjà, lors de la venue du secrétaire d’Etat américain, Colin Powell, le 2 juin dernier au Vatican, celui-ci avait abordé avec Jean Paul II et le cardinal secrétaire d’Etat du Vatican, Angelo Sodano, le thème sensible des OGM, qui représente de gigantesques marchés pour les exportateurs américains. Les Etats-Unis verraient d’un très bon oeil un revirement de la position vaticane, eux qui, poussés par les grands groupes concernés, ont porté plainte auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour obtenir l’abandon du moratoire européen sur les OGM.
Le Vatican va par conséquent solliciter l’avis d’experts sur les organismes génétiquement modifiés afin de savoir si leur utilisation pourrait contribuer à faire reculer la faim dans le monde, selon l’archevêque Renato Martino cité par la presse italienne. Mgr Martino a confié au quotidien turinois que le pape Jean Paul II souhaitait en savoir plus sur les OGM. Il a également estimé qu’un débat public sur leurs avantages et leurs risques devait être ouvert.
Une controverse «plus politique que scientifique»
«La nourriture transgénique pourrait être utilisée pour nourrir l’Afrique et pour lutter contre le fléau mondial» qu’est la famine, selon Mgr Martino. La presse italienne relève que prélat italien avait consommé des OGM durant les 16 années passées en tant qu’ambassadeur du Vatican à New York «sans ressentir d’effet particulier». Aux yeux de Mgr Martino, la controverse serait «plus politique que scientifique». Selon «La Stampa», le Vatican souhaite obtenir des informations concernant les éventuelles conséquences de l’utilisation d’OGM sur l’environnement et la santé. Il cherche également à savoir quel impact ils pourraient avoir sur la sécurité alimentaire mondiale.
Un éventuel soutien du Vatican aux OGM pourrait être mal reçu par l’Union européenne qui a imposé un moratoire sur leur production et leur importation, ainsi que dans certains pays africains, comme la Zambie qui a déjà rejeté toute assistance alimentaire américaine contenant des OGM, malgré de fortes pressions.
La Zambie résiste aux pressions du lobby pro-OGM
«La Zambie ne devrait pas être contrainte d’accepter du maïs génétiquement modifié», ont déclaré récemment les jésuites du Centre de formation agricole «Kasisi» (Katc) et du Centre jésuite pour la réflexion théologique (Jctr). Les jésuites de Zambie estiment en effet que devoir accepter du maïs génétiquement modifié au titre de l’aide alimentaire non seulement mettrait en péril la santé des consommateurs, mais pourrait avoir un impact négatif sur l’agriculture des pays africains.
Selon une étude menée par l’agronome Bernadette Lubozhya, les cultures génétiquement modifiées pourraient causer des problèmes à long terme, diminuer la production, augmenter l’usage des herbicides, réduire la biodiversité, donner des résultats imprévisibles et générer peu de gains pour les petits cultivateurs qui produisent le 80% des besoins nécessaires à la Zambie. Les petits paysans, qui sont la grande majorité des cultivateurs, se trouveraient de plus dans une situation de grave dépendance à l’égard des multinationales.
Pour les jésuites de Zambie, la production alimentaire du pays finirait tôt ou tard par devenir le monopole de quelques firmes agro- alimentaires. L’agriculture de subsistance serait remplacée par la production alimentaire intensive et à but commercial, réalisée par de grandes entreprises mécanisées, avec pour résultat d’augmenter le chômage et de mettre en danger la sécurité alimentaire du pays. Sollicité par le gouvernement de Lusaka, le Centre de formation agricole «Kasisi», avec d’autres organisations, avait émis un avis négatif concernant l’offre de maïs transgénique américain distribué par le Programme alimentaire mondial (Pam) pour lutter contre la famine dans une partie du pays. (apic/misna/stampa/be)




