Et mettre fin aux augmentations déguisées!
Fribourg: Augmenter les salaires des prêtres diocésains pour assurer leur retraite
Bernard Bovigny, agence Apic
Fribourg, 29 août 2003 (Apic) Vieillissement du clergé oblige, il était temps de revoir le salaire des prêtres diocésains à la hausse afin de leur assurer une retraite décente. C’est en substance ce qu’on affirmé jeudi soir les représentants du conseil exécutif de la Corporation ecclésiastique cantonale (CEC) et du vicariat épiscopal du canton de Fribourg lors d’une soirée d’information à Givisiez. Le message n’est pas passé comme une lettre à la poste.
La mesure demandée par l’évêque du diocèse, Mgr Bernard Genoud, à savoir passer progressivement à 75’000 francs bruts annuels d’ici quatre ans, devrait mettre fin aux compléments de salaires déguisés par les paroisses sous la forme de frais de déplacement ou de gratifications. «Celles-ci peuvent même atteindre 900 francs par mois. C’est donc l’occasion de remettre les compteurs à zéro», a lancé Jean-Pierre Equey, administrateur financier au vicariat épiscopal, à la quelque centaine de participants, essentiellement des conseillers paroissiaux, délégués à la CEC et prêtres dans le canton de Fribourg.
Pour Michel Monney, président du conseil exécutif de la CEC, de sérieux problèmes de financement des prêtres apparaîtront dans une dizaine d’années si rien n’est entrepris. «Les compléments de salaire à partir de 68 ans sont de plus en plus difficiles à verser en raison du vieillissement du clergé et du manque de forces jeunes». D’où le nouveau statut financier des prêtres du diocèse, lequel regroupe des cantons de Vaud, Genève, Neuchâtel et Fribourg, élaboré par le Conseil presbytéral et les administrateurs financiers cantonaux, et signé de Mgr Genoud. Le document prévoit que le salaire annuel des prêtres soit au minimum de 60’000 francs brut en 2004, pour atteindre 75’000 francs en janvier 2008. Des règlements quant aux revenus annexes et l’utilisation des cures, ainsi que des directives sur le personnel de cure, devraient sortir ces prochains mois.
Pour les paroisses du canton de Fribourg, la charge supplémentaire atteint près de 19’000 francs par prêtre en 2004, compte tenu du fait que ce dernier versera 800 francs pour l’occupation de la cure (actuellement: 500 francs) et 250 francs pour l’aide de cure. En 2006, l’augmentation serait de près de 31’000 francs par prêtre, selon les calculs du vicariat épiscopal. Dès cette année-là, le salaire mensuel net du prêtre se montera à 4’262 francs, loyer et aide de cure payés (brut: 6’250 francs).
Statut ecclésiastique pas respecté
Laurent Passer, président de la CEC, appuie sans réserve l’augmentation de salaire des prêtres. Il relève cependant qu’une telle mesure doit faire l’objet d’une convention entre l’autorité diocésaine et la corporation cantonale, comme le mentionne le Statut ecclésiastique fribourgeois dans son article 75. Il propose donc que la CEC participe à un travail d’élaboration du statut financier de prêtres dans le canton, en se basant sur le document signé de l’évêque. Michel Monney a relevé dans sa réponse la complexité du statut du prêtre, «employé par l’évêque et rétribué par les paroisses». «C’est la bouteille à encre», a lancé le président du Conseil exécutif de la CEC, tout en soulignant que les administrateurs financiers des quatre cantons ont participé à l’élaboration de ce statut financier diocésain. Laurent Passer a également déploré par la suite que les paroisses ne soient pas partie prenante de la convention sur les aides de cures, dont elles sont pourtant les employeurs. «Les paroisses n’auront bientôt plus besoin de conseil paroissiaux si elles n’ont plus qu’à appliquer des directives», a lancé le président de la CEC.
Plusieurs voix se sont élevées dans l’assemblée, soit pour contester le principe d’imposer des augmentations de salaire aux paroisses, soit pour estimer que les montants sont élevés. Un conseiller paroissial a relevé que le statut financier a été élaboré par le Conseil presbytéral, qui regroupe des représentants des prêtres. «C’est donc l’employé qui fixe son revenu», a-t-il lancé. Un autre participant a proposé de n’augmenter les salaires 2004 que de 20% au lieu des 40% proposés, du fait que les paroisses n’ont pas été consultées. Son message est resté lettre morte.
Un statut qui n’a pas été demandé par la majorité des prêtres
«Ce ne sont pas les prêtres qui ont demandé ce nouveau statut financier, mais les administrateurs cantonaux», a relevé l’abbé Jean Civelli, au terme de la rencontre, à l’agence Apic. Information confirmée par Jean-Pierre Equey: «Lors de la consultation lancée par le Conseil presbytéral, une majorité des prêtres du diocèse se sont exprimés contre un changement de leur statut financier. Ils n’en voyaient pas l’intérêt». Les prêtres neuchâtelois se sont même opposés à ce nouveau statut. Les administrateurs des vicariats épiscopaux ont estimé pour leur part qu’une augmentation substantielle s’imposait, notamment pour assurer leur retraite et leur garantir une réelle autonomie financière. Le montant de 4’262 francs par mois dès 2006, loyer payé, n’est pas jugé excessif par Michel Monney. «A l’heure actuelle, ce n’est pas un salaire élevé. Le travail d’un prêtre vaut bien cela», soutient le président du Conseil exécutif de la CEC. (apic/bb)




