Si la mission d’une communauté est accomplie, elle peut mourir
Fribourg: 515 religieuses et religieuses de Suisse rencontrent Frère Timothy Radcliffe
Fribourg, 14 septembre 2003 (Apic) Les religieuses et religieuses de Suisse ont vécu du 12 au 14 septembre leur 2e rencontre nationale. Ils ont été quelque 515, dont 465 femmes, à se mettre à l’écoute de Frère Timothy Radcliffe, un Anglais devenu maître de l’Ordre des dominicains entre 1992 et 2001. Le conférencier a rappelé que les crises font partie de l’histoire des congrégations religieuses.
«Notre mission est-elle terminée? Dans ce cas, peut-être avons-nous accompli ce que le Seigneur souhaitait et nous pouvons mourir», c’est ce qu’a affirmé Frère Timothy Radcliffe aux religieuses et religieux présents samedi matin à l’Université de Fribourg pour une médiation intitulée «Lazare, sors!». Le rassemblement national, 2e du nom, a attiré 300 participants romands, 200 alémaniques et une dizaine de Tessinois. La première manifestation, en 1996 également à Fribourg, avait vu la présence de près de 700 religieuses et religieux de toute la Suisse. Ce recul dans la participation est notamment dû, selon les organisateurs, à la nette baisse et au vieillissement des effectifs dans les congrégations religieuses.
S’appuyant sur le texte d’évangile où le Christ ressuscite son ami Lazare, Frère Timothy a invité les participants à accepter les «obscurités» qui marquent bon nombre de communautés religieuses, notamment le manque de vocations, le vieillissement de leurs institutions et les pénibles recherches de solutions pour leurs bâtiments devenus trop grands. La situation de crise ne date pas d’aujourd’hui. Le conférencier a rappelé que 62% de l’ensemble des Ordres religieux qui existaient avant 1800 sont éteints. «Peut-être qu’une congrégation meurt parce qu’elle a accompli sa mission», a-t-il ajouté.
«La question cruciale, soutient l’ancien maître général des dominicains, n’est pas celle de la survie, mais celle de la mission pour laquelle nous avons été fondés. Cette mission est-elle terminée? Dans ce cas, nous avons accompli ce que le Seigneur souhaitait et nous pouvons mourir. Et si la mission n’est pas encore terminée, est-ce que Dieu a besoin de nous pour l’accomplir, ou est-ce que des laïcs peuvent maintenant la remplir?»
Les religieux, signes de la vocation humaine
La résurrection de Lazare a également permis au conférencier de cerner la vocation spécifique des religieuses et religieux. «Ce n’est pas seulement un homme que Jésus ramène à la vie. Lazare est un signe (..) exprimant comment Dieu appelle chaque être humain à la vie. Je crois que Lazare signale ce qui est spécifique à notre vocation en tant que religieux. La vocation religieuse est un signe de la vocation humaine. Nous ne sommes pas appelés à avoir une vie qui ait une signification spécialement exclusive, mais à montrer purement et simplement ce qu’est la vocation de chacun. Et nous faisons cela en laissant de côté tous les traits usuels de l’identité humaine: richesse, statut social, carrière et même la famille», a affirmé Frère Timothy, tout en précisant aux religieuses et religieux qu’ils ne sont pas les seuls signes. «Les couples mariés sont aussi des signes, de même que tout chrétien baptisé».
L’ancien maître des dominicains a ensuite invité les participants à être de «puissants signes de vie». «Et cela, à travers la signification de ce que nous sommes et faisons, a-t-il ajouté. Peu importe si nous sommes peu nombreux ou faibles ou vieillissants. Que nous ayons perdu d’autres sortes de pouvoirs, celui de la richesse et celui de diriger de grandes institutions, cela est sans importance. Nous avons un pouvoir qui donne la vie, celui d’être et d’incarner des signes du Royaume. (.) Un petit groupe de frères ou de soeurs pauvres, vieux et malades peut être un puissant signe de vie. Pensez à Mère Teresa qui a bougé le monde. Pensez au petit étudiant fragile devant le tank sur la place Tienanmen. C’est parce qu’il était petit et fragile alors que le tank était une forte puissance que cette image a parlé et a choqué la Chine tout entière.»
Pas seulement des singes et des tigres
A l’heure des discussions et des questions, un participant a demandé à Frère Timothy si l’émergence des communautés charismatiques allait de pair avec le déclin des ordres traditionnels. Le conférencier a rappelé que, dans l’histoire de l’Eglise, l’apparition de nouveaux types de communautés annonçait toujours la mort des congrégations. En réalité, ces différentes formes de communautés se sont développées ensemble. Le dominicain a illustré la complémentarité dans l’Eglise en la comparant à un jardin zoologique: «S’il n’y avait que des singes et des tigres, ce serait ennuyeux», a-t-il lancé.
Les participants au rassemblement national se sont rendus samedi après-midi en pèlerinage en terre glânoise. Ils ont visité la chapelle de «Notre-Dame de l’Epine» à Berlens, puis le couvent de la Fille-Dieu à Romont. Ils ont ensuite participé à la messe paroissiale de Romont, présidée par Mgr Martin Gächter, évêque auxiliaire du diocèse de Bâle et représentant de la Conférence des évêques suisses auprès des communautés religieuses. La rencontre a été organisée sous l’égide de la Conférence des Unions des Religieux/ Religieuses et des instituts séculiers de Suisse (CORISS). Elle s’est achevée dimanche par la messe célébrée à l’Aula de l’Université de Fribourg. BB
Encadré:
Jeune manifestant anti-nucléaire
Agé aujourd’hui de 58 ans, Frère Timothy Radcliffe a été élu en juillet 1992, lors du Chapitre général de Mexico, 85e Maître de l’Ordre des Frères prêcheurs (Dominicains). L’ancien Provincial d’Angleterre a parcouru tous les échelons de sa congrégation, depuis l’époque où il manifestait comme jeune dominicain contre les armements nucléaires, disposé à enfreindre la loi pour pénétrer dans une base militaire. Il a présidé jusqu’en 2001 aux destinées de quelque 6’400 frères prêcheurs, dont près de 5’000 prêtres, et de plusieurs dizaines de milliers de moniales, de soeurs apostoliques et de laïcs associés. BE
Encadré:
Une assemblée née sous l’impulsion du 700e anniversaire de la Confédération
C’est en 1991, à l’occasion des festivités marquant le 700e anniversaire de la Confédération, que l’idée d’une assemblée nationale a été lancée. Les supérieurs majeurs de Suisse étaient réunis à Ingenbohl, dans le canton de Schwyz. Sous l’impulsion du professeur de théologie pastorale Leo Karrer, ils ont décidé de rassembler les religieuses et religieux du pays pour leur ressourcement, ce qui fut fait pour la première fois cinq ans plus tard à Fribourg. BB
Les illustrations de cette rencontre sont à commander à l’agence CIRIC, Bd de Pérolles 36 – 1700 Fribourg. Tél. 026 426 48 38 Fax. 026 426 48 36 E- Mail: ciric@cath.ch
(apic/bb)




