Lucerne: La campagne de carême 2004 prône l’accès équitable aux ressources de la terre

Des slogans «impertinents» pour attirer un nouveau public

Jacques Berset, Apic

Lausanne/Lucerne, 16 septembre 2003 (Apic) La campagne oecuménique de carême 2004 sera axée en Suisse sur l’accès équitable aux ressources de la terre, en particulier la sécurité alimentaire. Le thème en sera: «Nous croyons: luttons pour des conditions de vie plus dignes». Les slogans publicitaires «impertinents» de l’agence zurichoise Advico Young & Rubicam prévus sur les affiches, s’ils enthousiasment certains, ont fait grincer des dents en Suisse romande, où plusieurs d’entre eux n’ont pas été retenus.

Dans le but de gagner de nouveaux sympathisants et surtout des donateurs, l’Action de Carême des catholiques suisses (AdC) et ses partenaires protestant Pain pour le Prochain et catholique-chrétien Etre Partenaires cherchent à cibler le public qui ne va plus à l’église. Les trois organisations estiment que le jeu en vaut la chandelle: il s’agit de provoquer la discussion, pour attirer l’attention sur ces oeuvres d’entraide dont le degré de notoriété n’est de loin pas assez élevé. Les dernières enquêtes de rue montrent qu’elles ne sont citées que par 11 à 12% des personnes interrogées.

En février prochain, lors du lancement de la campagne de carême 2004, les passants seront peut-être surpris par un slogan sur une grande affiche au fond blanc, dépourvue d’illustration: «Aime ton prochain comme toi-même, même s’il habite à 8’000 km d’ici», «Aidez-moi! Le Bon Dieu», «Le chef-d’oeuvre de Dieu et votre petite contribution», «En 2004 après Jésus- Christ, c’est à vous de faire des petits miracles», suivi du numéro de CCP 80-8000.

La collecte en constant recul: réduction et concentration des projets

Les Romands ne verront pas par contre deux autres slogans, «Jésus a donné sa vie. Combien donnez-vous?» et «Dieu voit tout, même si vous ne faites pas de dons». A Lausanne, les organisateurs de la campagne pour la Suisse romande ne les ont pas adoptés, pour éviter des réactions négatives. Au niveau suisse, ces dernières années, les résultats de la collecte sont en constant recul. Antonio Hautle, directeur de l’AdC, rappelle qu’il y a une dizaine d’années, son organisation disposait de près de 27 millions de francs. Le résultat de la collecte 2002 a été de 18,7 millions, contre 20,8 en 2001. L’AdC espère freiner la chute des rentrées en s’adressant à d’autres secteurs du public que les paroissiens traditionnels, en constante diminution.

Dans le but de faire des économies, l’AdC a réduit son intervention et se concentre désormais sur 18 pays, contre 28 il y a trois ans. A. Hautle estime qu’il faudra peut-être encore réduire les régions d’intervention, mais rester sur tous les continents, en raison de l’histoire de l’oeuvre et aussi des besoins des paroisses, qui veulent s’identifier à un projet concret.

La campagne 2004 prendra pour exemples 3 pays: le Brésil, avec un hôte de marque, le religieux dominicain Frei Betto, conseiller personnel du président Lula et responsable du programme «Faim Zéro»; les Philippines, avec l’économiste Eva Ramirez de la Merced, et la République démocratique du Congo, avec le sociologue Toss Mukwa Mubenga.

Résultat du 11 septembre, la Confédération finance désormais des projets pastoraux

Fait nouveau: depuis cette année, pour la première fois, la Direction du Développement et de la Coopération (DDC), qui dépend du Département fédéral des Affaires étrangères, finance certains projets pastoraux de l’Action de Carême (AdC). L’AdC peut désormais soumettre l’ensemble de ses projets – qu’ils soient dans le domaine pastoral ou dans celui du développement -, a confirmé à l’Apic Antonio Hautle. «Jusqu’à maintenant, avec le crédit de 3 millions octroyé par la Confédération, nous ne pouvions financer que des projets de développement. Désormais la DDC est d’accord de contribuer dans des projets de pastorale ayant une dimension de coexistence et de compréhension mutuelle entre les religions. La condition est qu’ils ne soient pas proprement catéchétiques et n’aient pas de volonté de prosélytisme.»

A. Hautle voit dans cette décision de la DDC la preuve de la qualité des projets de l’AdC mais également un changement de mentalité et de perception de sa part: on se rend toujours davantage compte de la nécessité de prendre en compte la dimension religieuse, qui est partie intégrante de chaque culture au niveau des divers continents. Si cette réflexion sur le fait culturel religieux existe depuis un certain nombre d’années à la DDC – pensons au projet «religions et développement» lancé par le service des ONG – , les attentats terroristes du 11 septembre ont accéléré cette prise de conscience, précise le directeur de l’AdC. Il s’agit de favoriser le développement en coupant l’herbe sous les pieds aux intégristes et aux fondamentalistes de tous poils.

Cancun: un avertissement aux pays riches

Commentant l’échec des négociations de l’Organisation mondiale du commerce à Cancun, A. Hautle affirme qu’il s’agit d’un avertissement aux pays riches. «Pour l’OMC, c’est un échec, c’est le signe d’une crise. Pour nous, en tant qu’oeuvre d’entraide, cet échec est une victoire pour les pays en voie de développement. Désormais, on ne peut plus faire ce que l’on veut avec les pays du tiers monde».

Et le directeur de l’AdC de souligner que les pays riches doivent enfin comprendre qu’il n’y a pas de justice seulement sur le dos des pauvres. «On ne peut continuer à dresser des barrières douanières élevées pour empêcher l’arrivée des produits du Sud et forcer à tout prix l’ouverture des pays du tiers monde à nos exportations. On doit permettre un certain protectionnisme à moyen terme pour les pays émergents, car les pays riches ont eu dans le passé le privilège de protéger leur économie en phase de développement. C’est une question de justice, pas seulement de commerce équitable. Il ne suffit pas de jouer à armes égales dans le jeu de la globalisation, il faut encore chercher un rééquilibrage et donner des compensations supplémentaires aux pays les plus pauvres». (apic/be)

16 septembre 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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