L’avenue de la Réconciliation bondée de fidèles

Rome: Jean-Paul II béatifie Mère Térésa en présence de 300’000 pèlerins

Rome, 19 octobre 2003 (Apic) Plus de 300’000 fidèles ont assisté sous une chaleur torride, le 19 octobre, à la béatification de Mère Térésa sur la place Saint-Pierre, parmi lesquels 25’000 étrangers dont 2000 Indiens. Le pape a bien tenu le coup, contrairement à son médecin, soigné pour un malaise à cause du soleil …

Depuis 6 heures 30 le matin, les pèlerins avaient commencé à arriver avec banderoles et drapeaux, se pressant pour tenter de pénétrer sur la place Saint-Pierre. Arrivaient également les religieuses Missionnaires de la Charité, vêtues de leurs saris bleus et blancs, avec Soeur Nirmala Joshi, la religieuse indienne qui a succédé à Mère Térésa. Venues à Rome du monde entier, elles logeaient depuis quelques jours dans des tentes dressées dans la cour intérieure de l’une de leurs maisons à Rome, non loin du Colisée.

Avant la cérémonie, les soeurs se sont succédé au micro parmi les chants pour rappeler la vie et l’oeuvre de Mère Térésa, tandis que s’installaient sur le parvis les nombreuses personnalités venues d’une trentaine de pays assister à la célébration. Parmi elles se trouvaient la femme du président français Bernadette Chirac, ainsi que le premier ministre Jean-Pierre Raffarin, et son épouse. Une délégation représentait le gouvernement américain – avec Columba Bush, femme du gouverneur de Floride et belle-soeur du président George Bush – tandis que le président polonais Aleksander Kwasniewski était présent en personne, avec la Reine Fabiola de Belgique, venue à titre privé. Etaient là encore Michel Barnier, de la Commission européenne, Ibrahim Rugova, président du Kosovo, et les présidents de la République de Macédoine et d’Albanie, pays d’origine de Mère Térésa. D’Albanie enfin sont venus des représentants de l’Eglise orthodoxe et de la communauté musulmane du pays.

Sur le parvis se trouvaient par ailleurs près de 180 cardinaux et futurs cardinaux, des patriarches, et plus d’une centaine de présidents de conférences épiscopales, et les prélats de la Curie romaine.

Quelque 2000 pauvres présents à la cérémonie

Aux premiers rangs de la place Saint-Pierre, ce sont quelque 2000 pauvres et 400 handicapés qui ont pu assister à la célébration, accompagnés par des soeurs de Mère Térésa. Se trouvaient là enfin la nièce de Mère Térésa, Agi Bojaxhiu, et Monica Besra, la jeune femme de 39 ans dont la guérison d’une tuberculose et d’une tumeur à l’abdomen, reconnue miraculeuse et attribuée à l’intercession de Mère Térésa, a été décisive pour l’aboutissement du procès de béatification.

En revanche, la place Saint-Pierre étant comble – elle ne peut contenir que 50’000 personnes lorsque des places assises sont prévues – la plus grande partie des pèlerins ont dû suivre la cérémonie de loin, sur six écrans géants, alors qu’ils se tenaient sur toute l’avenue de la Conciliation qui relie la place Saint-Pierre au Tibre. Ils étaient assistés par des centaines de volontaires vêtus de T-shirt bleus avec l’inscription «Service», en blanc – évocation des couleurs du sari de Mère Térésa.

Le sourire du pape

A 10 heures est arrivé le pape, sous un soleil radieux. Un pape qui, chose rarissime désormais, réussissait à sourire. La chaleur était de plus en plus forte, mais il devait supporter relativement bien le déroulement de la cérémonie, alors que son médecin, Renato Buzzonetti, devait être soigné pour un malaise à cause du soleil.

Quelques minutes après son arrivée, Jean Paul II a prononcé solennellement la formule de béatification en latin, et une immense photo de Mère Térésa, suspendue au balcon de la basilique Saint-Pierre, a été dévoilée aux yeux de tous les fidèles et des soeurs qui applaudissaient, beaucoup essuyant des larmes d’émotion. Des Indiennes vêtues de saris blanc et or – des orphelines recueillies par les Soeurs de Mère Térésa puis adoptées par des familles italiennes – ont ensuite apporté des bougies et des fleurs, dansant devant le pape sur une musique de leur pays, pour entourer le Supérieur général des religieux Missionnaires de la Charité. Celui-ci apportait à Jean Paul II, dans un coffret en bois, une relique de Mère Térésa – du coton imbibé de quelques gouttes de sang – afin que le pape la conserve dans sa chapelle privée.

Bien que Jean Paul II ait prononcé avec relativement de force les premières paroles de la messe, celles de la béatification proprement dite, son homélie, rédigée en italien et en anglais, a été entièrement lue par Mgr Leonardo Sandri, Substitut de la Secrétairerie d’Etat, puis par l’archevêque de Bombay, le cardinal Ivan Dias.

L’enfant, signe de l’amour de Dieu

Dans cette homélie, Jean Paul II a notamment déclaré: «Je suis personnellement reconnaissant envers cette femme courageuse, que j’ai toujours sentie à mes côtés». Le pape a évoqué par ailleurs les paroles que Mère Térésa avait prononcées le jour où elle avait reçu le Prix Nobel de la paix, à Oslo, le 10 décembre 1979 : «Si vous entendez dire qu’une femme ne veut pas garder son enfant et désire avorter, essayez de la convaincre de m’amener cet enfant. Moi je l’aimerai, en voyant en lui le signe de l’amour de Dieu». Jean Paul II a souligné d’autre part le lien entre le service des pauvres et la mission, tel que l’a vécu Mère Térésa, en rappelant que la béatification était célébrée à dessein le jour du dimanche des missions.

Le pape a fait allusion enfin aux longues années d’obscurité intérieure qu’a vécues Mère Térésa. «Dans les heures les plus sombres, elle se cramponnait avec plus de ténacité à la prière devant le Saint- Sacrement», a-t-il souligné. «Cette dure épreuve spirituelle l’a portée à s’identifier toujours plus à eux qu’elle servait tous les jours, en expérimentant leur peine, et parfois même le rejet. Elle aimait répéter que la plus grande pauvreté était d’être indésirable, de n’avoir personne pour prendre soin de soi».

Danse devant l’autel avant le Notre-Père

Après la consécration, au cours de laquelle le pape n’a presque pas parlé – le cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi s’est exprimé à sa place -, de nouvelles Indiennes vêtues de saris très colorés sont venues devant l’autel danser sur une musique rythmée avec des fleurs et des bâtons d’encens, avant la récitation du Notre-Père.

A l’issue de la cérémonie, après des salutations enthousiastes adressées au pape qui a parcouru la place Saint-Pierre en papamobile, la foule s’est progressivement dispersée dans les rues avoisinantes, prenant d’assaut les restaurants et bars du quartier, tandis que les 2000 pauvres qui avaient assisté à la célébration étaient conduits dans la salle Paul VI du Vatican pour un repas qui devait leur être servi par les Missionnaires de la Charité.

La veille et l’avant-veille de la béatification, les pèlerins déjà arrivés à Rome, que l’on pouvait croiser dans les rues du centre historique, avaient pu assister à différentes cérémonies en l’honneur de Mère Térésa, célébrées dans les basiliques de Saint-Jean de Latran et de Sainte-Marie Majeure. Beaucoup s’étaient rendus, par ailleurs, dans les musées du Vatican, ouverts exceptionnellement le samedi soir, et éclairés par des flambeaux pour l’occasion. L’argent des entrées de ce soir-là devait être entièrement reversé aux Missionnaires de la Charité. Le même soir par ailleurs, une grande veillée de prière avait eu lieu dans la salle Paul VI du Vatican, avec la participation des Soeurs de Mère Térésa.

Au cours des trois jours suivant la béatification, les pèlerins et Missionnaires de la Charité devaient défiler dans la basilique Saint-Jean de Latran où devaient être exposées des reliques de Mère Térésa.

Fêtée le 5 septembre, jour de sa mort

Jean Paul II n’aura donc finalement pas canonisé Mère Térésa le jour même de sa béatification comme il l’aurait souhaité. On sait en effet qu’il avait consulté ses proches collaborateurs de la Curie à ce sujet, mais que leur réponse a été majoritairement négative. Il faudra donc attendre, comme le prévoient les règles traditionnelles, qu’un nouveau miracle soit reconnu comme étant dû à l’intercession de Mère Térésa, pour qu’elle puisse être canonisée. En attendant, Mère Térésa sera fêtée désormais le 5 septembre, en souvenir de sa mort le 5 septembre 1997.

Avec cette béatification, Jean Paul II compte à son actif la proclamation de 1319 bienheureux depuis le début de son pontificat, au cours de 142 cérémonies, alors qu’entre 1588, date de la création de la Congrégation des Rites, et la dernière béatification proclamée par Paul VI, on a compté seulement 1201 béatifiés. BB

Encadré :

Présence des Missionnaires de la Charité dans 132 pays

Les missionnaires de la charité sont actuellement 4514 de 89 nationalités différentes à travers le monde. Elles sont présentes dans 132 pays, avec 710 maisons d’accueil – dont 228 en Inde – où elles offrent chaque jour le gîte et la nourriture aux clochards. 369 religieux opèrent en outre dans 19 pays, accompagnés par 26 prêtres missionnaires.

Mère Térésa, prix Nobel de la paix en 1979, est souvent considérée comme une des plus grandes personnalités du XXe siècle. Née en 1910, Agnès Gonxha Bojaxhiu prend le nom de Térésa en référence à sainte Thérèse de Lisieux. En 1929, elle arrive à Calcutta, où elle prononcera ses voeux définitifs huit ans plus tard. C’est en 1946 qu’elle reçoit un appel du Christ à le servir dans les plus pauvres, ce qui la conduit dans les bidonvilles. Trois ans plus tard, elle fonde la Congrégation des missionnaires de la charité. Elle meurt à 87 ans le 5 septembre 1997 à Calcutta. BB

Encadré :

Les grandes dates du procès de béatification de Mère Térésa

– 23 octobre 1997: Mgr Henry D’Souza, archevêque de Calcutta, demande à Rome une dispense spéciale pour commencer immédiatement l’enquête sur les ’vertus héroïques’ de la religieuse, alors que la règle prévoit que l’on attende normalement cinq ans après la mort d’une personne pour entreprendre toute démarche officielle.

– 12 décembre 1998: Jean Paul II accorde la dispense à Mgr D’Souza, l’enquête est lancée.

– 26 juillet 1999: Mgr D’Souza ouvre officiellement l’enquête diocésaine, au cours d’une cérémonie dans un quartier pauvre de Calcutta. Douze personnes commencent à travailler avec le postulateur, le père Brian Kolodiejchuk.

– 15 août 2001: l’archevêque de Calcutta conclut officiellement le procès diocésain. La cause passe alors à Rome, où elle est étudiée par la Congrégation pour les causes des saints.

– 1er octobre 2002: le dicastère approuve en même temps les vertus héroïques de Mère Térésa, ainsi qu’un miracle dû à l’intercession de la candidate. La voie vers la béatification est ainsi ouverte.

(apic/imedia/bb)

19 octobre 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 7  min.
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