Offrir des solutions à l’agriculture familiale
Brésil: Les évêques brésiliens demandent au président Lula une juste réforme agraire
Brasilia, 4 novembre 2003 (Apic) Le Conseil Permanent pour la réforme agraire de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB) demande au président Luiz Inácio Lula da Silva une réforme agraire juste et pacifique, vaste et profonde, accompagnée d’une politique agricole qui donne un soutien à la petite et moyenne production et à l’agriculture familiale.
A la présidence du pays depuis le 1er janvier dernier, Lula est actuellement la cible de nombreuses critiques de la part même de ceux qui l’ont porté au pouvoir. On lui reproche notamment de ne pas tenir ses promesses électorales et de suivre d’un peu trop près les directives du Fonds monétaire international (FMI
Selon le Conseil permanent pour la réforme agraire de la CNBB, cette réforme, récemment annoncée par le gouvernement – réclamée depuis de nombreuses années – pourrait alléger les grands problèmes sociaux du Brésil, comme le chômage, l’accumulation de terres improductives, l’exode rural et la famine.
Dans un communiqué publié à Brasilia, cette commission dit avoir accueilli «avec satisfaction la nouvelle que le gouvernement s’apprête à lancer dans de brefs délais un nouveau plan national de réforme agraire», peut-on lire dans la note du Conseil, plus haute instance des prélats brésiliens, après l’assemblée générale annuelle.
«Nous n’ignorons pas les difficultés financières qu’affronte le pays, mais à cause de sa gravité, elle devient une priorité qui exige la compréhension et le soutien de tous». Le Conseil rappelle que les évêques suivent de près la question foncière, car elle est une des «préoccupations sociales les plus importantes» et également «un engagement de l’Eglise afin que la terre soit au service de ceux qui demandent d’y vivre et de la travailler».
Les prélats rappellent la création de la Commission pastorale de la Terre (CPT) en 1975; la publication du document «Eglise et problèmes de la terre» en 1980, et les campagnes de fraternité de la commission épiscopale en 1980 et 1986. Ils considèrent enfin comme vitale l’implication de la CNBB pour la lutte contre la misère et la faim (initiative collective de solidarité à travers les interventions pastorales dans les diocèses et dans les paroisses, NDLR), ainsi que le projet «Faim Zéro» et le Plan national de réforme agraire.
Pour les évêques brésiliens, la combinaison de ces initiatives peut favoriser l’installation et le retour des paysans dans les champs, offrir de nombreux postes de travail et multiplier la disponibilité de vivres pour toute la population brésilienne.
Réforme: loin du compte
Le président Lula fait aujourd’hui face à la critique. Il est notamment accusé d’être dans l’impossibilité de donner suite aux promesses électorales en raison de pressions externes et de la dette étrangère élevée. Au cours d’une récente intervention, l’économiste Joao Pedro Stédile, coordinateur du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST) s’en était pris à Lula, qualifié de «génétiquement modifié par les forces conservatrices qui soutiennent le gouvernement». La provocation lancée contre le chef d’Etat brésilien était inspirée de la récente décision contestée du gouvernement Lula de légaliser au Brésil l’usage de semences de soja génétiquement modifiées
Les premiers à avoir manifesté leur désaccord face à la direction prise par le gouvernement du président Lula ont été les «Sans Terre», l’organisation des marginaux du pays la plus nombreuse et influente, pendant de nombreuses années un des bastions électoraux et un des principaux réservoirs de votes pour le Parti des Travailleurs (PT) de l’actuel chef d’Etat. Le MST, selon ses leaders rerésenterait environ 5 millions de personnes, qui exercent eux aussi depuis des années de fortes pressions sur les gouvernements brésiliens qui se sont succédés pour obtenir une réforme agraire. Un objectif pour lequel le Mouvement a occupé à plusieurs reprises des «haciendas» non productives, afin de pousser Brasilia à les exproprier et à diviser la propriété entre les travailleurs déshérités.
Le programme officiel de la réforme agraire prévoit la distribution de terres pour environ un million de familles pendant les 4 années du mandant de Lula. Pour l’année 2003 il était prévu que 60’000 familles bénéficient de la réforme. L’exécutif a en réalité déjà reconnu que le nombre de familles qui obtiendra des terres sera réduit à 10’000 et, en fonction des ressources disponibles, courant 2004 leur nombre devrait passer à 25’000. (apic/misna/pr)




