30 minutes pour un large tour d’horizon entre les deux hommes

Rome: Seconde visite du président russe, Vladimir Poutine, au Vatican

Rome, 6 novembre 2003 (Apic) Vladimir Poutine a été reçu au Vatican en fin d’après-midi du 5 novembre 2003. Selon un communiqué du Saint-Siège, les discussions ont porté sur la présence de l’Eglise catholique en Russie, le dialogue entre le Saint-Siège et le patriarcat de Moscou, ainsi que la situation en Terre Sainte et la question irakienne. Il s’agit de la seconde visite de Poutine au Vatican.

Lors d’un entretien d’une trentaine de minutes avec le pape, le président russe a pu voir l’icône de Kazan, chère au peuple russe et gardée précieusement dans les appartements pontificaux depuis quelques années. Une icône dont il avait été question de la remettre en main propre au patriarche Alexis II par le pape. Ce que l’Eglise orthodoxe russe a refusé. Estimant de plus qu’elle n’est qu’une copie. Selon un prêtre ayant assisté à cette partie à la rencontre, le président a également embrassé l’image, selon la tradition russe.

C’est la deuxième fois que Vladimir Poutine se rend au Vatican depuis son arrivée à la tête de la Fédération de Russie, la première visite remontant au 5 juin 2000, juste quelques mois après son élection le 26 mars de la même année. «Même si c’était déjà il y a quelques années, c’est comme si c’était hier» a déclaré le président Poutine dès son arrivée dans la bibliothèque du pape vers 18 heures.

Sur une table, entre les deux fauteuils réservés aux deux chefs d’Etat, était posée la célèbre icône de Kazan, une image de la Vierge Marie, chère au peuple russe et gardée précieusement dans les appartements pontificaux. Le pape Jean Paul II souhaitant la remettre en main propre au patriarche orthodoxe russe, Alexis II (voir encadré).

Embrassant l’icône, le pape a affirmé en russe qu’il «prie tous les jours pour la Russie» et son interlocuteur a également vénéré l’image pieuse. Le pape a en outre remercié le président Poutine pour son action en faveur d’un «rapprochement» entre les deux Eglises et pour la cause de la paix dans le monde.

Questions sans réponse

Lors de l’entretien privé d’une trentaine de minutes, le chef de l’Eglise catholique et le président russe, assistés d’un interprète russe, ont abordé différents sujets «d’intérêt commun» a indiqué le porte-parole du Saint-Siège à l’issue de la rencontre, citant tout d’abord «la situation concrète des catholiques en Russie et les structures ecclésiales». Le communiqué ne précise pas si la présence des catholiques en territoire russe, qui sont accusés de faire de du prosélytisme par le patriarcat orthodoxe de Moscou, ou encore la création de quatre diocèses en 2002 ont fait l’objet de commentaires particuliers.

L’affaire des visas niés par le gouvernement russe pour permettre à des prêtres et évêques d’exercer leur ministère sur le territoire russe reste un point de différend entre Moscou et Rome.

Les deux parties ont émis «le souhait d’un développement positif» des relations entre le Saint-Siège et le patriarcat de Moscou peut-on lire également dans le communiqué officiel. Le président Poutine avait en effet affirmé à la presse son engagement pour une meilleure entente entre les deux Eglises.

Enfin, les discussions ont porté sur la situation internationale, en particulier le conflit en Terre Sainte et la question irakienne pour lesquels le gouvernement russe et le Saint-Siège semblent partager le même point de vue.

«Feuille de route» et Irak

Lors d’un récent entretien avec le chef du gouvernement israélien Ariel Sharon, le président Poutine avait exprimé son désir de confier la «feuille de route» au Conseil de sécurité de l’ONU. Cet argument et d’autres portant sur la crise irakienne pourraient également faire l’objet des discussions entre le chef du Kremlin et le président français Jacques Chirac lors de leur prochaine rencontre.

Alors que le pape s’entretenait en privé avec le président russe, le secrétaire d’Etat Angelo Sodano accueillait le ministre russe des Affaires étrangères Igor Ivanov et d’autres ministres du gouvernement russe. Les échanges ont porté «sur la situation du dialogue oecuménique entre catholiques et orthodoxe, et sur les nouvelles initiatives qui sont mises en oeuvre pour la paix en Terre Sainte et en Irak, a précisé Joaquin Navarro-Valls.

Echange de cadeaux

Les ministres russes ont ensuite rejoint le président Poutine dans la bibliothèque du pape pour le traditionnel échange de cadeaux. Le pape a offert un médaillon renfermant une image de la Vierge Marie avec l’Enfant, alors que le président russe a apporté à Jean Paul II un écrin, en bois et or, une boîte laquée en bois avec l’image dorée de l’immense basilique moscovite du Christ Sauveur.

Tout comme lors de sa première visite en juin 2000, le président russe n’aurait pas invité formellement le chef de l’Eglise catholique, laissant au patriarche de l’Eglise orthodoxe russe, Alexis II, le soin de donner son accord pour une telle visite.

Arrivé la veille au soir à Rome, Vladimir Poutine avait auparavant effectué une visite d’Etat en Italie, rencontrant en début de matinée le président italien Azeglio Ciampi au Palais du Quirinal puis le chef du gouvernement Silvio Belusconi et ses ministres pour la signature de contrats économiques. Le 6 novembre, le président russe restera à Rome pour un sommet entre l’Union européenne et la Russie.

C’est la sixième visite d’un président russe chez Jean-Paul II après celles de Mikhaïl Gorbatchev le 1er décembre 1989 et le 18 novembre 1990, puis celles de Boris Eltsine le 20 décembre 1991 et le 10 février 1998.

Visite critiquée par Alexis II

La visite du président Poutine au Vatican a été critiquée par le patriarche Alexis II. Dans une interview publiée la semaine passée par le quotidien «Izvestia», il relève qu’on ne peut pas parler d’avancées significatives dans les relations officielles entre l’Eglise orthodoxe russe et le Vatican pour le moment. Et s’empressait de préciser: «Les efforts entrepris dans ce domaine par des hommes politiques séculiers ne modifient en rien pour l’instant cette situation».

Le patriarcat orthodoxe n’a pas encore digéré la création par Jean Paul II de quatre diocèses en Russie sans l’avoir consulté, ainsi qu’une série de mesures prises par Rome à propos de l’Ukraine. La question de l’uniatisme est également source de tensions, et prétexte pour l’orthodoxie russe d’accuser le Vatican de faire du prosélytisme. PR

Encadré

Histoire de l’icône de Kazan

Jean Paul II souhaiterait rendre aux orthodoxes russes la célèbre icône de Notre-Dame de Kazan – capitale du Tatarstan en Russie – qui se trouve actuellement dans ses appartements au Vatican.

C’est du moins l’intention que le pape avait exprimée en recevant au Vatican le maire de Kazan, Kamil Ishkakov, le 26 octobre 2000. C’est aussi pour cela qu’une éventuelle étape à Kazan avait été projetée en août dernier lorsque avait été évoquée un éventuel voyage de Jean Paul II en Mongolie, de plus en plus improbable. Ce projet n’avait pas pu se réaliser, d’une part à cause de la santé déclinante du pape, et d’autre part du fait des relations toujours tendues entre le Saint-Siège et le patriarcat de Moscou.

Peinte sur bois au XIIIe siècle, l’icône de Notre-Dame de Kazan a été portée à Moscou en 1612, au moment où la capitale russe était occupée par les Polonais, pour implorer la protection de la Vierge en faveur de ses habitants. Les Polonais ayant finalement été chassés le 22 octobre 1612, cette date – qui correspond au 4 novembre du calendrier grégorien – est restée depuis celle de la fête de Notre-Dame de Kazan, et le patriarche russe célèbre ce jour-là une liturgie en son honneur.

Un long voyage

Depuis le début du XVIIIe siècle pourtant, l’icône ne se trouve plus à Moscou. A l’époque en effet, le tsar Pierre le Grand décida son transfert à Saint­Pétersbourg, sa nouvelle capitale, où elle fut placée dans une église construite sur le modèle de la basilique Saint-Pierre de Rome. Au début du XXe siècle enfin, l’église fut pillée et transformée en «musée de l’athéisme». Elle fut alors vendue à l’étranger avec d’autres objets religieux nationaux, passa entre les mains de plusieurs propriétaires, et fut finalement acquise par un particulier qui la rendit à l’Eglise orthodoxe russe d’Amérique.

L’icône resta alors aux Etats-Unis jusqu’à ce que dans les années 70 un groupe de catholiques américains obtienne qu’elle soit apportée à Fatima au Portugal, où elle fut placée dans une petite église de style byzantin. Elle y demeura jusqu’en 1991, lorsque le pape se rendit lui-même à Fatima, et qu’il fut décidé que l’icône serait transportée au Vatican, et placée dans ses appartements.

Dans un entretien au quotidien italien «Corriere della Sera» en date du 5 novembre 2003, jour de la visite du président russe Vladimir Poutine au Vatican, le président du Tatarstan a affirmé qu’il accueillerait Jean Paul II à Kazan, capitale de ce pays, «si Jean Paul II retenait possible l’idée de rendre l’icône de Kazan» à l’Eglise orthodoxe russe. «Nous l’accueillerions avec reconnaissance» a déclaré Mintimer Shaimiev au quotidien italien. (apic/imedia/pr)

6 novembre 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 6  min.
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