Ne pas instrumentaliser leur mort pour légitimer une guerre injuste

Italie: Polémiques parmi les évêques italiens au sujet des soldats morts en Irak

Rome, 19 novembre 2003 (Apic) Alors que l’Italie n’est pas encore remise de l’émotion nationale causée par la mort de 19 carabiniers, soldats et civils tombés en Irak, dont les funérailles d’Etat ont été célébrées mardi à Rome, la politique politicienne reprend ses droits et suscite la polémique jusqu’au sein de l’épiscopat italien.

La Conférence épiscopale italienne (CEI) a en effet dû prendre la défense de Mgr Raffaele Nogaro, dont le sénateur à vie démocrate-chrétien Francesco Cossiga réclame la mise au pas par le Vatican. L’évêque de Caserte, connu pour ses positions pacifistes, aurait tenu des propos «diffamatoires» envers les victimes de l’attentat de Nassiriyah. La CEI a rappelé que l’évêque de Caserte n’avait en aucun cas diffamé les forces armées italiennes ou dit des paroles offensantes alors qu’il célébrait une messe à l’attention des familles des victimes. Selon une certaine presse, Mgr Nogaro aurait accusé les hommes d’Eglise de justifier la guerre en bénissant les cercueils des victimes de Nassiriyah, ce qu’a fermement démenti l’évêché.

Pour la CEI, l’Irak ne connaît pas une situation de guerre

«Attention à ne pas exalter le culte des martyrs et des héros de la patrie, en instrumentalisant la mort de nos jeunes pour légitimer une guerre injuste». Ce sont ces mots, prononcés par le responsable de la Commission des migrants au sein de la CEI, Mgr Nogaro, qui ont provoqué une polémique dans l’Italie. Le pays célébrait en grandes pompes, le 18 novembre 2003, ses carabiniers et ses civils tombés en Irak.

La CEI considère cependant officiellement, par le biais de son secrétaire général, Mgr Giuseppe Betori, que ces hommes ne sont pas morts dans un pays en guerre. La situation dans l’Irak d’aujourd’hui n’est pas «une situation de guerre ou une guerre injuste», «mais la situation de dissolution d’un pays dans lequel il est bien que tous ceux qui veulent oeuvrer pour la paix offrent leur contribution», affirme la CEI, réunie à Assise pour son Assemblée annuelle qui se tient jusqu’au 20 novembre.

A cette occasion, le secrétaire de la CEI, Mgr Betori, a fait publier un démenti clair et net à propos de «phrases offensantes concernant les personnes tombées et sur l’armée». Mais le prélat a aussi souligné dans son communiqué que «l’évêque de Caserte a exprimé un jugement personnel et licite concernant la situation actuelle en Irak, jugée comme une situation de guerre, alors que la CEI ne la juge pas comme telle. Il n’y a plus de guerre en cours, nous sommes en face d’une dissolution de l’Etat irakien qui rend nécessaire une présence d’aide».

Les paroles prononcées au cours d’une homélie par l’évêque de Caserte, retransmises sans grande fidélité par les médias, sont soudain devenues une condamnation de l’Eglise «qui justifie l’usage des armes». Le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, s’est dit de son côté «déconcerté» par ces paroles qui, si elles étaient confirmées, «seraient en dissonance avec celles du pape». Considéré par la presse italienne comme un «paladin des humiliés et des offensés», Mgr Raffaele Nogaro a alors été vilipendé par certains milieux favorables à l’intervention italienne aux côtés des Etats-Unis. Il avait estimé que des phénomènes comme le terrorisme ne se combattent pas avec les armes. Et surtout mis en garde contre la tentation d’instrumentalisant la mort de ces jeunes «pour légitimer des guerres injustes».

Violentes attaques du sénateur à vie démocrate-chrétien Cossiga

Cité par le quotidien «Corriere della Sera» dans son édition du 19 novembre, le Père Justo Lacunza Blada, recteur de l’Institut pontifical d’études islamiques, n’est pas du tout d’accord avec l’analyse de la CEI. Il affirme de son côté que «dire qu’il n’y a pas de guerre là-bas signifie que l’on ne comprend pas bien la situation, ou que l’on ne veut pas bien la comprendre».

Enfin, le sénateur à vie Francesco Cossiga s’en est une nouvelle fois violemment pris à l’évêque de Caserte dont il a jugé les paroles «exécrables et d’expressions ignobles». Cossiga, appuyé par le parlementaire Enzo Fragalà, de l’Alliance Nationale (AN, post-fasciste), demande le déplacement de l’évêque qu’il avait déjà violemment vilipendé en 2001 parce qu’il avait osé critiqué le vote du parlement italien appuyant la guerre américaine contre l’Afghanistan.

«Il n’a pas hésité, au nom d’un faux pacifisme, à violer ses devoirs d’évêque et de citoyen italien, offensant les valeurs de la nation et la douleur de tous les Italiens», a lancé Cossiga. Le sénateur à vie a interpellé les autorités politiques italiennes pour qu’une «note formelle de protestation soit portée au Saint-Siège». Le diocèse de Caserte a immédiatement protesté contre cette «ignoble instrumentalisation et distorsion du message prononcé» par Mgr Nogaro.

Estimant «inadéquate» la rectification apportée par l’évêque de Caserte, le ministre de l’Intérieur Giuseppe Pisanu, de Forza Italia, le parti de Berlusconi, a déclaré se réserver le droit «d’accomplir les pas opportuns face à la hiérarchie ecclésiastique». De leur côté, des personnalités de gauche ont déploré que le cardinal Camillo Ruini, président de la CEI, n’ait pas mentionné les victimes irakiennes de l’attentat de Nassiriyah lors de la messe des funérailles et que l’on n’ait pas posé la question de la légitimité de la présence de soldats italiens en Irak. (apic/ansa/imedia/reppubl/be)

19 novembre 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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