Soins aux malades, lutte contre le fléau et prévention
Rome: Interview du président du Conseil pontifical pour la pastorale de la santé
Rome, 28 novembre 2003 (Apic) Même si l’ONU lui demande d’intensifier son action sur les malades du Sida, l’Eglise entend participer activement à la prévention et à la lutte contre le fléau. Et elle ne ménage pas son effort: plus d’un quart de l’action envers le Sida dans le monde provient de l’Eglise catholique.
A la veille de la journée mondiale de lutte contre le Sida, le 1er décembre, l’Apic a rencontré le cardinal mexicain Javier Lozano Barragàn, président du Conseil pontifical pour la pastorale de la santé, pour connaître les initiatives de l’Eglise catholique dans ce domaine.
Apic: Que pensez-vous de l’annonce de la découverte d’un vaccin contre le Sida?
Cardinal Javier Lozano Barragàn: Je suis satisfais de la découverte du vaccin anti-Sida à base de protéine Tat. Il faut cependant émettre des réserves, puisque que le vaccin ne sera pas disponible avant 6 ans, s’il fait ses preuves. Par ailleurs, il existe différents types de virus du Sida. De plus, les virus sont mutants. Ce médicament ne résout donc pas le problème fondamental de cette maladie.
Apic: Vous affirmez que l’Eglise s’engage concrètement aux côtés des institutions pour favoriser la prévention. Pouvez-vous nous donner des exemples?
J.L.B: Nous avons participé à différentes rencontres ou sommets organisés sur la question. D’abord, Kofi Annan, secrétaire général de l’Onu, a demandé au pape l’intensification de l’action de l’Eglise envers les malades. Par ailleurs, nous coopérons avec Tommy Thompson, le secrétaire du Global Fund, fonds qui travaille, par le biais d’un partenariat entre les secteurs public et privé, à financer des programmes de lutte contre le Sida.
L’Eglise s’est également rendue au sommet du G8 à Paris auquel 38 autres pays intéressés se sont joints. L’on y a réfléchi sur l’allocation des ressources économiques aux programmes anti-Sida. Pour ma part, j’ai été reçu par le parlement de la Lituanie pour parler du fléau qui touche les pays fragiles, notamment d’Europe de l’est, et qui ont du mal à reconnaître ou à admettre sa réalité. Il est prévu un programme de parrainage entre les conférences épiscopales de tous les pays africains impliqués, et celles de pays plus développés. Enfin, il ne faut pas oublier que 26,7% de l’action envers le Sida vient de l’Eglise catholique.
Apic: Quels sont, selon vous, les points essentiels en matière de prévention?
J.L.B: Il existe trois canaux de transmission de la maladie. Pour ce qui est de la voie sanguine, il est possible de bien la contrôler, même s’il y a toujours le problème des personnes qui se droguent. Il faut également que les hôpitaux soient vigilants en ce qui concerne les transfusions. Pour les rapports sexuels, l’Eglise est claire sur la meilleure solution qui se trouve dans la chasteté, la fidélité et l’abstinence. Chaque personne est responsable et doit être libre. Une femme peut refuser des rapports avec un mari contaminé par exemple. Elle a toujours le droit de légitime défense. Quant au préservatif, il peut être utilisé comme un moindre mal, mais des études médicales officielles ont prouvé qu’il n’est efficace que dans 85% des cas. Enfin, en ce qui concerne la voie materno-filiale, les médicaments sont efficaces et il est facile de prévenir la transmission, mais il faut les recommander auprès des mères et empêcher les femmes d’allaiter leurs nourrissons.
Apic: Qu’en est-il aujourd’hui des brevets internationaux sur les médicaments?
J.L.B: Les brevets sont trop coûteux. Si les personnes des pays riches peuvent se les offrir, les patients des pays pauvres en revanche ne le peuvent. Or, une fois que la personne commence à se soigner avec des médicaments anti-rétroviraux, elle ne peut pas arrêter, sans quoi elle meurt. Et même si les prix ont baissé, pour descendre jusqu’à atteindre 300 dollars américains dans les pays en développement ces dernières années, leurs gouvernements doivent prendre en charge les coûts et comprendre que c’est une priorité de leur pays. Le Mexique, le Brésil et la Colombie le distribueraient gratuitement d’après ce qu’ils m’ont dit. (apic/imedia/bb)




