Tolérance: non merci
Fribourg: Clôture de la semaine interdisciplinaire de philosophie sur la différence
Fribourg, 5 décembre 2003 (Apic) La tolérance n’est qu’une version politiquement correcte de la discrimination. Une société réellement équitable doit d’abord reposer sur un authentique respect réciproque. C’est sur ce constat que s’est achevé, le 5 décembre, la semaine interdisciplinaire de philosophie qui a eu lieu à l’Université de Fribourg.
Une moyenne de 15 à 25 personnes ont quotidiennement assisté aux conférences et débats qui ont animé cette semaine intitulée «Visages de la différence». Les notion de différence comme celle de ressemblance, abordées tant en psychologie qu’en sociologie, se sont révélées être des éléments incontournables du fonctionnement humain.
«Sans notre capacité à la différenciation, nous ne serions pas capables de survivre dans notre environnement», a notamment souligné Michelle Deliège, professeur d’éthologie à l’Université de Fribourg. Une vision confirmée par la sociologue Eliane Perrin, qui a rappelé que tout individu est soumis à un «persécuteur intérieur», à savoir à toutes les normes sociales qui justement empêchent de basculer dans l’anormalité.
Ce besoin de ne pas être différent peut prendre des proportions extrêmes, comme l’a souligné mardi après midi, le chirurgien plasticien au CHUV, Wassim Raffoul. «Des patientes demandent à se faire opérer pour pouvoir rentrer dans le pantalon à la dernière mode, ne serait-il pas plus simple de retoucher le pantalon», a-t-il remarqué?
L’humiliation d’être toléré
Ce besoin de conformité de tous les êtres humains est aujourd’hui appelé à composer avec l’arrivée au grand jour de la diversité des comportements. La nécessité de cohabiter sans violence dans une société de plus en plus multiculturelle «nous lance un défi quotidien», a ainsi souligné la présidente du Comité d’organisation, Marilyne Bovigny.
«Certes, le premier réflexe serait de prôner la très politiquement correcte notion de tolérance. Une attitude en fait très arrogante qui place celui qui la pratique en situation de supériorité, au détriment d’un respect ouvert sur la réciprocité», ont souligné les organisateurs, à la suite de la conférence, jeudi matin, du professeur de la chaire d’éthique et philosophie politique de l’Université de Fribourg, Jean-Claude Wolf.
«Queer» ne désigne pas que les homosexuels
Une perspective partagée par Michael Groneberg, docteur en philosophie et co-président de la LAGO, l’organisation des personnes «queer» de l’Université de Fribourg. Ce terme anglais, précise-t-il, «ne signifie pas uniquement les homosexuels», mais également les transsexuels, les bisexuels, ou encore les «intersexuels» (anciennement appelés hermaphrodites).
Le co-président souligne que l’idée de ce genre d’organisation n’est pas de regrouper les personnes au comportement sexuel atypique dans un ghetto. Il s’agit au contraire de leur permettre de se manifester au grand jour dans le but de pouvoir finalement intégrer la société. «Un modèle valable pour toute forme de différence sociale», a-t-il encore remarqué. (apic/sh)




