Caritas-Genève s’engage auprès des sans-papiers

Apic Entretien

Vito Angelillo: «Nous sommes en plein dans notre mission»

Genève, le 9 décembre (APIC) La semaine dernière, le Collectif de soutien aux sans-papiers déposait, auprès du Conseil d’Etat genevois, 209 dossiers, concernant 498 personnes, s’ajoutant aux 2865 demandes de régularisation déjà présentées en août. Ces dossiers sont constitués par trois syndicats, ainsi que par Caritas. Entretien avec Vito Angelillo, directeur de Caritas- Genève.

«Pas moins de38 % des personnes qui se présentent à notre permanence sociale sont sans statut légal, souligne Vito Angelillo. Le cas échéant, on leur propose de constituer un dossier contenant des informations sur leur identité, leur date d’arrivée en Suisse, etc». Ont-elles des réticences, des craintes? «Il y a toujours une explication qui doit être donnée, mais plus que des peurs, elles ont des espoirs auxquels nous ne pouvons pas répondre immédiatement, puisque l’établissement d’un dossier ne signifie pas qu’elles obtiendront un statut».

Ces personnes sont, pour les deux tiers, des femmes, en majorité d’origine latino-américaine, explique-t-il. Une grande partie d’entre elles travaillent dans l’économie domestique. Sont-elles en situation précaire? «Celles que nous voyons à Caritas, oui. Ce sont celles qui cumulent les difficultés. Il y a le manque de protection en cas de maladie ou d’accident : elles ne sont généralement pas affiliées à une caisse. La question du logement : elles sont souvent en sous-location de sous-location. Et les cas d’abus de la part des employeurs. Cependant, toutes celles qui travaillent à Genève sans statut légal ne sont pas dans le dénuement. Une partie d’entre elles ont un emploi régulier, un salaire qui n’est pas toujours bon mais permet de survivre».

Une certaine hypocrisie

Pourquoi Caritas-Genève s’engage-t-elle sur un terrain aussi mouvant? «Caritas a la mission de venir en aide à toute personne dans la détresse, sans distinction de race, de nationalité ou de statut. Nous sommes ainsi en plein dans notre mission. Il nous appartient également d’interpeller la communauté et les pouvoirs publics sur des questions sociales. Nous ne pouvons pas faire autrement que de prendre acte du fait que ces personnes existent. Il y a une certaine hypocrisie dans la manière de gérer, ou plutôt de ne pas gérer, le problème. Bien des personnes sans statut légal ne travaillent pas au noir, mais au gris. Elles cotisent à l’AVS, à l’assurance-chômage, sans avoir droit aux prestations. Un grand nombre de familles genevoises bénéficient de leurs services, pour la garde d’enfants ou de personnes âgées, pour le ménage. Nous avons besoin de cette main- d’oeuvre».

Les demandes de caritas

Alors, que demande Caritas aux autorités? «De reconnaître que l’économie domestique est un secteur à part entière qu’il s’agit de réglementer, pour ne pas laisser la porte ouverte à toutes sortes d’abus. Et d’accorder pour ce secteur un contingent de permis. Cela permettrait aux personnes concernées d’une part, d’être régularisées, et d’autre part, de bénéficier de conditions de travail clairement définies, par exemple par une convention collective».

Comment les autorités genevoises réagissent-elles? «D’une manière prudente. Elles n’ont pas fermé la porte, même si c’est un sujet brûlant sur le plan politique. Certes, elles invoquent la difficulté de se faire entendre à Berne, mais nous leur demandons d’aborder la question sous son axe économique. Nous ne leur réclamons pas une amnistie générale, mais d’assumer leurs responsabilités face à cette réalité que constitue la présence des sans-papiers». (apic/mba/pr)

9 décembre 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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