Les FNL démentent toute implication
Burundi: Réactions après l’assassinat du nonce apostolique
Rome, 30 décembre 2003 (Apic) Le Vatican a exprimé sa «profonde peine et son effroi» après la mort du nonce apostolique au Burundi, Mgr Michael Courtney, mortellement blessé lundi dans une embuscade dans le sud-ouest du pays. A peine informé des faits, «le pape s’est recueilli en prières confiant au Christ l’âme de ce fidèle et généreux serviteur de l’Eglise et du Saint-Siège, mort dans l’exercice de sa difficile mission», indique un communiqué.
Le meurtre d’un nonce apostolique constitue un cas sans précédent dans l’histoire moderne du Vatican, a-t-on indiqué lundi de source vaticane après la mort de Mgr Michael Courtney, de nationalité irlandaise.
L’armée burundaise a attribué cette attaque, qui a eu lieu près du village de Minago, à 40 kilomètres au sud de la capitale Bujumbura, aux rebelles des Forces nationales de libération (FNL). Ces derniers ont nié toute implication dans cette embuscade avant de rejeter la responsabilité sur les soldats de l’armée régulière.
Mgr Courtney, 58 ans, a été nommé nonce apostolique à Bujumbura en août 2000. De 1996 à 2000, il avait été envoyé spécial et observateur permanent du Saint-Siège auprès du Conseil de l’Europe à Strasbourg. Auparavant, il avait été conseiller à la nonciature en Egypte, en Afrique du sud, au Zimbabwe, au Sénégal, en Inde et à Cuba.
Né le 5 février 1945 à Nenagh dans le diocèse irlandais de Killaloe, Mgr Courtney a été ordonné prêtre en 1968, puis est entré en 1976 à l’académie diplomatique pontificale.
Réactions tous azimuts
Après celles du Vatican, les réactions à l’annonce de la mort du nonce n’ont pas tardé. Le président burundais, Domitien Ndayizeye, a déclaré: «Comme le nonce se trouvait dans son véhicule habituel avec tous les signes distinctifs, je suis presque persuadé que la personne qui a tiré sur lui l’a fait sciemment». Le président Ndayizeye a rendu hommage au défunt, «un homme qui a beaucoup aidé dans le processus de paix». Prudent sur les auteurs de ce crime, il a relevé que cette région est bien connue pour être un fief des FNL, mais qu’elle est aussi un lieu de passage de beaucoup de Burundais et d’étrangers.
Selon des sources religieuses, le nonce était dans la région de Rumonge (sud-est du Burundi) depuis samedi, où il s’était rendu à l’enterrement d’un prêtre burundais. Il est décédé vers 18h00 au cours d’une intervention chirurgicale à la clinique Prince Louis Rwagasore dans la capitale burundaise. Il n’avait pas repris connaissance depuis l’attaque, le blessant mortellement à la tête, à l’épaule et à la jambe lors d’une embuscade tendue dans l’après-midi par les assassins.
Le porte-parole des FNL, Pasteur Habimana, a nié formellement toute responsabilité dans cette embuscade. «Les soldats de l’armée sont les seuls responsables de cette embuscade, d’autant qu’ils sont seuls dans ce secteur», a-t-il déclaré à l’Agence France presse. Selon lui, les soldats sont venus dimanche dans ce secteur, «mais il n’y a pas de combats qui nous opposent puisque nos hommes avaient déjà quitté la zone de Minago». Les FNL restent le seul mouvement rebelle hutu toujours en guerre contre le gouvernement de transition, où est entré en décembre l’ex-principal mouvement rebelle, les Forces pour la défense de la démocratie (FDD).
Le nonce s’apprêtait à quitter le pays
Autres réactions à cet acte meurtrier: le Premier ministre irlandais Bertie Ahern a condamné lundi soir, dans un communiqué, l’»attaque horrifiante» dont Mgr Michael Courtney a été victime au Burundi. Le Premier ministre a également adressé ses condoléances à la famille du nonce. Pour sa part, le cardinal irlandais Desmond Connell, archevêque de Dublin, s’est dit «extrêmement bouleversé» par la nouvelle de ce meurtre.
Le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, a également réagi à l’annonce de la mort du prélat, se déclarant lundi «choqué et attristé». Il a affirmé qu’il «appréciait la manière discrète et efficace avec laquelle Mgr Courtney contribuait au processus de paix».
La mort du nonce au Burundi intervient quelques jours après celle d’un missionnaire allemand, au Cameroun cette fois. Le Père Anton Probst, âgé de 68 ans, a été retrouvé mort dans la nuite de Noël dans sa chambre au noviciat d’Akono, à environ 60 kilomètres au sud de la capitale camerounaise Yaoundé. Selon l’agence d’information Misna, le corps du missionnaire jonchait à terre, bâillonné, avec pieds et mains liés. Le religieux avait participé à la messe de Noël. Il a probablement été pris par surprise par quelques voleurs qui l’ont violemment frappé à la tête, le laissant sans vie.
Quelques jours auparavant, une autre attaque menée dans la nuit du 23 décembre par des hommes en armes dans le Kasai occidental, en République démocratique du Congo, a blessé plusieurs religieuses. Deux religieuses, blessées, sont aujourd’hui sorties de l’hôpital de Tshikaji, alors qu’une novice hospitalisée à Katwambi est encore sous observation. Le vol est sans doute à l’origine de cette nouvelle agression.
Mgr Courtney devait quitter le Burundi en janvier 2004, selon des sources religieuses. (apic/avec les agences/pr)




