Genève: Le pasteur Raiser juge les relations du COE avec l’Eglise catholique «ralenties»

Le dialogue interreligieux en tête des défis à relever par les Eglises

Genève, 6 janvier 2004 (Apic) Le pasteur Konrad Raiser a quitté le 1er janvier 2004 son poste de secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises (COE). Interviewé par l’agence oecuménique ENI, il estime que le dialogue interreligieux est aujourd’hui en tête des défis que doivent relever les Eglises. Concernant les relations avec l’Eglise catholique romaine, le pasteur allemand estime que «les avancées se sont ralenties au cours des dix dernières années», des liens noués après le Concile Vatican II, s’étant défaits depuis.

Commentant l’importance du dialogue interreligieux, le pasteur Raiser estime que «ce sera aussi un défi oecuménique parce qu’il appelle les Eglises à réexaminer leur conception de la place du christianisme dans un monde de pluralisme religieux». «Les attentes, le rêve, la vision sous- jacents d’une hégémonie chrétienne qui pourraient avoir stimulé et inspiré le mouvement oecuménique des générations antérieures ont certainement pris fin», ajoute Konrad Raiser, devenu au début 1993 secrétaire général d’une organisation regroupant 342 Eglises de pratiquement toutes les traditions chrétiennes, mais dont l’Eglise catholique romaine ne fait pas partie.

«Et c’est pourquoi la communauté chrétienne, les Eglises chrétiennes doivent repenser leur place pour éviter de devenir une source de problèmes interreligieux et pour contribuer à leur solution.» Les tensions entre les religions ont été en partie exacerbées, a fait remarquer le secrétaire général sortant, par le processus de la mondialisation fondé «sur la conception d’un marché potentiellement sans limites, qui fait des activités humaines et de tous les biens des produits pouvant être commercialisés».

Par réaction, a-t-il ajouté, «nous avons vu se dégager une tendance de politique identitaire, une tendance à défendre des identités collectives de plus en plus étroites, sur une base ethnique, nationale ou culturelle, afin de marquer une différence au sein d’une masse collective homogène de consommateurs et participants au processus de marché.» Konrad Raiser a averti toutefois qu’il ne fallait pas écarter complètement la mondialisation, en soulignant que le message chrétien contient un appel universel, et que le COE a comme objectif aussi bien l’unité de l’Eglise que l’unité de l’humanité.

Espoirs de coopération avec les catholiques non réalisés

S’exprimant sur les relations avec l’Eglise catholique romaine qui, même si elle n’en est pas membre, a des représentants au sein de deux commissions du COE, Konrad Raiser a fait remarquer que certains signes montraient que «les avancées se sont ralenties au cours des dix dernières années». Alors que l’on peut comprendre que le Vatican ait pris la décision de ne pas rejoindre le COE, «les espoirs en un renforcement des domaines de coopération ne se sont pas réalisés. En fait, un bon nombre de ces liens, noués après le Concile Vatican II, se sont défaits depuis.»

Pourtant, a-t-il fait remarquer, l’on peut voir que des sections de la Curie romaine semblent intéressées par un rétablissement des contacts avec le COE, et qu’un débat a lieu sur «une nouvelle configuration du mouvement oecuménique organisé» qui dépasserait le COE et l’Eglise catholique romaine.

Militants du COE de père en fils

Avec ce qu’il a décrit autrefois comme ses études et une «éducation universitaire bourgeoise» à Tübingen, Wuppertal, Heidelberg, Zurich et Harvard aux Etats-Unis, Konrad Raiser, né à Magdeburg en 1938, aurait pu faire carrière en Allemagne. Mais son père – un professeur de droit réputé – militait activement au sein du COE et Konrad Raiser, jeune théologien, a rejoint cette organisation en 1969, pour la première de ses deux périodes à Genève. Il est devenu secrétaire général adjoint quatre ans plus tard, et l’un des plus fidèles lieutenants du secrétaire général d’alors, Philip Potter.

«Lorsque je suis arrivé en 1969, l’oecuménisme était un domaine tout nouveau pour moi», a confié Konrad Raiser à l’agence ENI. «Ce que j’espérais alors c’était de pouvoir élargir mon horizon et rencontrer des adeptes d’autres traditions chrétiennes.» Alors que certains pensaient qu’il allait reprendre le poste de secrétaire général après le départ de Philip Potter, Konrad Raiser est reparti en Allemagne en 1983 pour enseigner la théologie systématique et l’oecuménisme à la faculté protestante de théologie de l’Université de la Ruhr à Bochum. Toujours engagé dans les activités oecuméniques, il a publié un livre à la fin des années 80, «Ecumenism in transition», considéré par certains comme son manifeste sur l’avenir du COE.

Trouver une nouvelle vision au mouvement oecuménique

Pour Konrad Raiser, les défis de la mondialisation, une prise de conscience croissante de l’environnement, et la reconnaissance d’un pluralisme religieux permanent signifiaient que le mouvement oecuménique devait trouver une nouvelle vision – une perspective qui l’a aidé lorsqu’il est revenu à Genève en 1993 pour prendre les fonctions de secrétaire général du COE. «Je suis venu sans grandes illusions sur les progrès et les percées qui pourraient se réaliser», a-t-il confié. «Mais j’ai senti que le mouvement oecuménique traversait et traverse encore un de ces processus stimulants et potentiellement très fructueux de transformation.»

Les divisions confessionnelles traditionnelles entre les Eglises deviennent moins importantes, a reconnu Konrad Raiser, mais à leur place surgissent de nouvelles sources de controverses, comme la question de l’homosexualité qui ont divisé ces derniers mois la Communion anglicane. «Elles peuvent engendrer davantage de divisions et développer une plus grande force de discorde que beaucoup de controverses doctrinales.»

Mais ce sont des controverses auxquelles les Eglises doivent faire face. «Il n’existe aucun problème qui puisse être considéré comme clos pour le dialogue futur, que ce soit l’ordination des femmes, l’homosexualité, le génie génétique, la recherche sur les cellules souches, ou d’autres questions», a-t-il relevé. «Que certaines Eglises décident de ne pas participer au dialogue, le trouvant trop gênant et menaçant, ceci est évident, mais le COE doit prendre position sur les points les plus difficiles», a ajouté Konrad Raiser, en révélant que les résultats d’un dialogue mené discrètement sur la sexualité humaine devraient être discutés lors du prochain Comité central du COE.

La patience et la prière ne suffisent pas

Abordant la question de l’avenir, Konrad Raiser a déclaré croire en «l’oecuménisme du peuple». Il ne faut plus, a-t-il dit, «nous laisser arrêter par des problèmes très abstraits car nos leaders ne pourront que recommander la patience et la prière. Ce n’est plus assez, a-t-il dit. Je pense que nous devons dépasser les cadres institutionnalisés d’un oecuménisme organisé qui, devenu trop lourd, absorbe trop notre énergie, pour libérer le potentiel qui existe parmi le peuple de Dieu.»

Après avoir occupé le poste de secrétaire général du COE, le pasteur allemand Konrad Raiser s’est retiré le 1er janvier à l’âge de 65 ans pour laisser la place à son successeur, le pasteur kenyan Samuel Kobia. Ce dernier a été élu le 28 août 2003 à Genève par les 134 membres votants du Comité central du COE. (apic/eni/bb)

6 janvier 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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