Archevêque de Dakar directement visé
Sénégal: Menaces de mort contre plusieurs évêques
Dakar, 6 janvier 2004 (Apic) Des évêques du Sénégal ont reçu des menaces de mort pour avoir dénoncé, fin novembre dernier, la dégradation du climat socio-politique dans le pays. L’affaire est prise très au sérieux: des organisations civiles ont demandé à l’Etat d’assurer la sécurité des évêques, dont l’archevêque de Dakar.
Les menaces de mort sont contenues dans une lettre adressée à l’archevêque de Dakar, Mgr Théodore Adrien Sarr. Affranchie dans un bureau de poste de Dakar le 9 décembre 2003, la missive est signée du «Groupe des Jeunes d’Acier» (Gja), jusque-là inconnu, a annoncé le 5 janvier l’Organisation Nationale de Défense des Droits de l’Homme (Ondh), dans un communiqué de presse. Le Gja prétend avoir reçu l’aval du président Wade.
Abdoulaye Wade est au pouvoir depuis avril 2000, après 26 ans d’opposition. Mais sa manière de diriger le pays est de plus en plus décriée tant par ses adversaires politiques que par plusieurs couches de la population. Les chefs religieux musulmans et le clergé catholique s’en sont aussi préoccupés. Le 29 novembre 2003, à l’issue d’une réunion, la Conférence Episcopale du Sénégal (Ces) avait dénoncé les crimes impunis dans le pays. Elle se disait inquiète de la menace qui pèse sur la démocratie sénégalaise, ainsi que de la dégradation progressive du climat politique et social. Le ciel sénégalais «est chargé de gros nuages», avait poursuivi la Ces, constituée des évêques du Sénégal, de Mauritanie, de Guinée-Bissau et du Cap-Vert.
En réponse à cette déclaration, le président Abdoulaye Wade a adressé une lettre de protestation à Mgr Théodore Adrien Sarr, Président de la Ces. «La lecture de ces documents m’a fait beaucoup de peine», a-t-il affirmé. Ajoutant: «La Ces a fait preuve de beaucoup d’injustices à mon endroit, à celui de mon gouvernement et du Sénégal, notre pays commun, en le présentant comme une terre d’apocalypse au milieu d’une mer tranquille».
Menaces contre les opposants au régime
Depuis près de six mois, plusieurs menaces de morts ont été proférées à l’encontre de personnes critiquant ouvertement le pouvoir du président Wade. Un journaliste sénégalais, Abdoulatif Coulibaly, avait été menacé de mort après la parution, en août dernier, de son livre sur «l’alternance piégée», dénonçant la gestion du pays par le président Abdoulaye Wade. Un jeune opposant au régime, Talla Sylla, avait lui aussi reçu de telles menaces peu après avoir mis sur le marché une cassette musicale critiquant le président Wade et réclamant son départ. Il a été par la suite violemment agressé en octobre par des inconnus, à coups de couteaux et de marteaux. L’avocat Ousmane Sèye qui défend le journaliste Coulibaly a dit avoir reçu également des menaces de morts. Des plaintes ont été déposées, «mais l’enquête ne bouge toujours pas», a déploré Ousmane Sèye dans une déclaration à la Radio Futurs Médias (Rfm). Vice-président de l’Ondh, il a dénoncé cette nouvelle forme de violence au Sénégal depuis quelques temps. (apic/ibc/bb)




