Mission prise d’assaut et dévastée
Brésil: Trois missionnaires et neuf élèves otages d’un groupe armé dans l’Etat de Roraima
Brasilia, 7 janvier 2004 (Apic) Trois religieux des Missionnaires de la Consolata de Surumu, une mission qui se trouve dans l’Etat de Roraima, dans le nord du Brésil, ont été pris en otage dans la nuit de lundi à mardi (à 3 heures 30, heure locale) par un groupe armé. Neuf élèves de l’école figurent également parmi les otages. La mission a été prise d’assaut en plein coeur de la nuit, saccagée et dévastée, rapporte mercredi l’Agence missionnaire Misna. Les trois otages – un Colombien, un Brésilien et un Espagnol – et les neuf élèves seraient encore et toujours aux mains des assaillants.
«Nous entamons une nuit de préoccupation» a déclaré mardi soir à MISNA une de ses sources au Brésil. Il s’agit des Pères Ronildo França et César Avellaneda, respectivement de nationalité brésilienne et colombienne et de Frère João Carlos Martinez, espagnol. «C’est un miracle que les murs tiennent encore», raconte un témoin cité par l’Agence missionnaire.
Pour le moment on ignore tout quant à l’identité du groupe d’hommes qui a perpétré cet acte violent. Le supérieur des Missionnaires de la Consolata au Brésil, le Père Antonio Fernandes, qui réside à Boa Vista, la capitale de l’Etat, a signalé la prise d’otages à la police et a tenté de la convaincre à intervenir. Mais la zone où se trouve la mission de Surumu est fort éloignée de tout grand centre urbain, dans la ville de Pacaraima, à environ 40 kilomètres de la mission. Il n’y aurait que peu d’agents dans la région et des renforts ont été demandés pour intervenir dans le village de Contão où les trois otages se trouveraient encore. Neuf élèves sont également retenus comme otages au centre de formation indigène, actif auprès de la Mission de Surumu, 20 étudiants sont normalement présents dans cette école de formation agro-pastorale.
Pas un cas isolé
Aucune information précise n’a été communiquée sur la façon dont ces otages sont traités. Il semble en revanche que le gouverneur de l’Etat de Roraima, après avoir contacté les milieux religieux locaux, ait décidé d’envoyer des agents pour parvenir au village de Contão où sont retenus les religieux et les élèves. Des informations parvenues mercredi faisaient état que des agents de la police fédérale avaient finalement pu atteindre Contão.
Selon certains témoins, il semblerait que les responsables de l’attaque ne soient pas des indigènes de la zone. Dans un communiqué diffusé par le diocèse de Roraima peu après l’enlèvement des trois missionnaires, il est affirmé: «Il ne s’agit pas d’un fait isolé; cela fait partie d’un ensemble de manifestations guidées par des cultivateurs de riz, des propriétaires terriens et des hommes politiques. Ils bloqueront toutes les routes, ils occuperont le siège de la FUNAI (Fondation nationale indigène responsable pour les actes administratifs concernant les territoires démarqués) et menacent aussi d’occuper la cathédrale du Christ rédempteur et le CIR (Conseil indigène de Roraima)».
Colère des gros propriétaires
Le quotidien «Brasil Norte», dans son édition sur Internet du 6 janvier, consacre quatre articles à la question de l’homologation des terres indigènes et aux tensions qui se sont exacerbées autour de cette problématique. A ce stade, commente-t-on du côté du Brésil, il semble toujours plus évident que l’assaut à la mission ait été organisé par un cultivateur de riz très connu dans la zone. Selon Misna, «il n’est qu’un des nombreux propriétaires terriens qui s’opposent à la poursuite des procédures pour la démarcation et l’homologation de la zone de Raposa/Serra do Sol (nord-est de l’état de Roraima), une opération qui semble sur le point d’être achevée et qui attribuerait définitivement la zone, en une juridiction unique et non plus en «îlots» séparés, aux populations indigènes.
Le 31 décembre dernier l’Agence missionnaire avait déjà évoqué le climat tendu dans certaines régions de l’Etat de Roraima après la nouvelle de la signature par le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, pour le mois de janvier, de documents pour l’homologation du territoire de Raposa/Sierra do Sol, qui s’étend sur plus d’1,5 millions d’hectares, en faveur des 15’000 indigènes Macuxi, Wapixana, Ingarikó, Patamona et Taurepang qui le peuplent. L’article 231 de la Constitution brésilienne attribue en effet aux indigènes «la possession permanente» et «l’usufruit exclusif» des richesses naturelles sur le sol de ce territoire, dans ses fleuves et lacs de terres traditionnellement occupées. PR
Encadré:
Selon Marculino, un responsable des indiens Macuxis, le « tuxana » (cacique) de Contão, a négocié avec la police fédérale mardi soir la libération des religieux pour mercredi à 13h00 locales. Mais face aux « informations mensongères » selon lesquelles ils sont maltraités, les indiens ont décidé de les garder en otages « jusqu’à ce que soit rétablie la vérité ». « Les missionnaires se trouvent dans le poste de santé du village indien et ont mangé des gâteaux, du manioc, et bu des rafraîchissements et du caxiri » (boisson indienne), a précisé Marulino, qui dirige depuis mardi l’occupation du bâtiment de la Fondation nationale de l’Indien (Funai) à Boa Vista. Armés d’arcs et de flèches, les indiens protestent contre la création d’une réserve continue de 1,6 million d’hectares dans la région, délimitation qui les isolerait et les empêcherait d’écouler leur production de riz. Mardi soir, l’Eglise catholique avait émis un communiqué selon lequel des «fermiers blancs, opposés à la délimitation de la réserve, avaient enlevé et battu les missionnaires». (apic/misna/ag/pr)




