La situation se dégrade dans les localités voisines

Brésil: Les trois missionnaires toujours otages: les négociations ont pour l’heure échoué

Brasilia, 8 janvier 2004 (Apic) La libération des trois religieux de la Consolata, retenus en otage depuis 48 heures dans le petit village brésilien de Contão a échoué, rapporte l’Agence Misna. Le village est situé dans le territoire indigène de Raposa/Serra do Sol, dans l’état nord occidental de Roraima. Sur place, des témoins rapportent que les ravisseurs, un groupe de cultivateurs de riz, les ’fazendeiros’ (propriétaires de latifundium) et des indigènes, sont «instrumentalisés par des personnalités politiques et des entrepreneurs de Roraima.

Les trois religieux, Missionnaires de la Consolata de Surumu, une mission qui se trouve dans l’Etat de Roraima, dans le nord du Brésil, ont été pris en otage dans la nuit de lundi à mardi par un groupe armé. Neuf élèves de l’école figuraient également parmi les otages. La mission a été prise d’assaut en plein coeur de la nuit, saccagée et dévastée.

Selon des sources locales citées par Misna, une patrouille de la police fédérale s’est rendue à Contão pour tenter de libérer les Pères Ronildo França et César Avellaneda, respectivement de nationalité brésilienne et colombienne ainsi que le Frère João Carlos Martinez, un Espagnol. La police est retournée les mains vides dans la capitale Boa Vista.

Juliana Cavalheiro, déléguée de la police, a négocié en vain la libération directement avec les auteurs de l’enlèvement, un groupe de cultivateurs de riz, les ’fazendeiros’ (propriétaires de latifundium) et les indigènes «instrumentalisés par des personnalités politiques et des entrepreneurs de Roraima». Ceux-ci s’opposent à l’homologation de Raposa, à savoir à la restitution définitive des terres aux communautés indigènes. Pour des motifs encore inconnus, la négociation n’a pas abouti.

Craintes d’affrontements

Pendant ce temps, dans les localités voisines de Contão, la tension continue de monter. On craint que les indigènes des communautés des environs ne décident d’aller directement libérer les missionnaires, finissent pas s’affronter violemment avec les kidnappeurs.

De plus, rapporte Misna, la situation à Boa Vista est toujours plus chaotique: toutes les rues d’accès à la ville sont bloquées par la mobilisation de groupes opposés à la cause indigène. Les sièges de la FUNAI (Fondation nationale des indiens) et de l’INCRA (Institut de colonisation et de réforme agraire), sont encore occupés par les manifestants. Mercredi, un petit groupe d’indigènes manipulés par un cultivateur local de riz très connu, aux dires de Misna, a tenté, en vain, d’envahir aussi la cathédrale.

Les manifestations de protestation contre l’annonce de la future homologation de Raposa – un décret qui traîne depuis 1998 sur le bureau de la présidence et que Luiz Inácio Lula da Silva serait à présent sur le point de signer – se sont également étendue aux stations service et à certains magasins. Elles pourraient entraîner la fermeture forcée de l’aéroport. Face à un tel scénario, la police n’a pas encore reçu de Brasilia les renforts demandés.

«Comme si cela ne suffisait pas, les médias locaux incitent la population à la désobéissance civile», assure une autre source contactée par l’Agence Misna. «Il y a encore beaucoup de «blancs» qui sont hostiles aux indiens. Des «blancs» qui entendent prendre possession de leurs terres, des ressources du sous-sol ou les utiliser comme main-d’oeuvre.

Entre «blancs» et «indios»

Trop souvent encore, commente l’interlocuteur de l’Agence missionnaire, des tranches importantes de la population voient encore et toujours les indigènes comme une «honte pour le Brésil», les accusant de posséder trop de terre, de faire obstacle au développement économique, de ne pas produire.

En réalité, relève-t-il en conclusion, «en Amazonie comme dans les autres régions brésiliennes, les terres prises par «blancs» ont subies de tels dommages qu’il faudrait des sommes d’argent exorbitantes pour les «récupérer», alors que la forêt, préservée par les indiens, contient bien plus de richesses que les»blancs ne pourront jamais en produire». (apic/misna/pr)

8 janvier 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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