Les tensions et les manifestations continuent
Brésil: Les trois missionnaires ont été libérés jeudi en fin d’après-midi
Brasilia, 9 janvier 2004 (Apic) Les trois missionnaires catholiques travaillant dans la réserve indigène de Raposa Serra do Sol (Roraima, nord du Brésil), retenus en otage depuis trois jours par un groupe armé, ont été libérés jeudi vers 17 heures. Cette libération n’a pas mis fin aux tensions. A Boa Vista la protestation des secteurs contraires à la cause indigène ne s’est pas interrompue tandis que le carburant commence à faire défaut et que les routes menant au Venezuela et en Guyane demeurent bloquées.
Selon le curé de Boa Vista, Edson Damian, cité par l’Agence France presse, les missionnaires – l’espagnol César Avellaneda, le brésilien Ronildo Pinto Franca et le colombien Juan Carlos Martínez – «étaient très fatigués, n’ont subi aucune violence physique mais avaient été ridiculisés par les indiens qui sont opposés à la délimitation d’une réserve» continue de 1,7 millions d’hectares au nord de l’Etat amazonien de Roraima.
Les religieux ont été transportés en hélicoptère du village de Conta où ils étaient séquestrés à Boa Vista la capitale de l’Etat du Roraima à 230 Km de là. Ils ont été soumis à des examens médicaux.
Le ministre brésilien de la Justice, Marcio Thomaz Bastos recevra vendredi le gouverneur de l’Etat, Flamarion Portela, qui s’oppose ouvertement à la création de la réserve continue. Flamarion a été récemment écarté du Parti des Travailleurs (PT-gauche, au pouvoir), le temps d’une enquête sur des détournements de fonds publics.
Depuis mardi des centaines de producteurs agricoles blancs et d’indiens en peintures de guerre, armés d’arcs et de flèches, bloquent les routes du Roraima et la circulation avec le Venezuela et la Guyana pour attirer l’attention du gouvernement qui a décidé de finaliser la délimitation de la réserve, entamée en 1998, d’ici la fin du mois. Selon eux, la délimitation de la réserve au nord de l’Etat «les isolerait et les empêcherait d’écouler leur riz».
Cause instrumentalisée par les blancs?
L’Agence missionnaire Misna indiquait jeudi de son côté que les auteurs de l’enlèvement, un groupe de cultivateurs de riz, les ’fazendeiros’ (propriétaires de latifundium) et des indigènes étaient «instrumentalisés par des personnalités politiques et des entrepreneurs de Roraima». Ceux-ci s’opposent à l’homologation de Raposa, à savoir à la restitution définitive des terres aux communautés indigènes.
«J’ai été surpris de cette libération, rapporte un témoins cité par Misna. «Peu avant leur libération, les kidnappeurs – des indiens instrumentalisés par des «blancs» – avaient clairement dit qu’ils ne libéreraient pas les otages tant que les autorités de Brasilia ne seraient pas revenues sur leur décision d’homologuer le territoire indigène de Raposa/Serra do Sol». «En annonçant la nouvelle de la libération, ajoute ce même témoin, l’émetteur Tv Record a également rapporté les déclarations d’un représentant du ministère public fédéral selon lesquelles l’assignation définitive des terres aux indigènes, dans les termes prévus en 1992, n’est pas en discussion».
Routes bloquées
Entre temps à Boa Vista la protestation des secteurs contraires à la cause indigène ne s’est pas interrompue tandis que le carburant commence à faire défaut: les routes qui relient l’Etat de Roraima avec Manaus, la Guyane et le Venezuela restent bloquées pour le moment et les médias renouvèlent leurs incitations à la désobéissance civile contre la décision de Brasilia d’attribuer définitivement le territoire de Raposa/Serra do Sol aux 15’000 indigènes Macuxi, Wapixana, Ingarikó, Patamona et Taurepang qui le peuplent. (apic/ag/misna/pr)




