Les évêques italiens sortent de leur réserve

Italie: Le cardinal Camillo Ruini fait le point sur l’affaire Parmalat.

Rome, 19 janvier 2004 (Apic) Le cardinal Camillo Ruini estime à propos de l’affaire Parmalat que les amères surprises de ce genre poussent fortement à redécouvrir la valeur de l’éthique, «pas simplement comme un facteur extérieur aux activités économiques, mais comme condition intrinsèque de leur déroulement sain et constructif».

Le cardinal Camillo Ruini, s’exprimait à l’occasion de l’ouverture du conseil permanent de la Conférence des évêque italiens, qui se tient à Rome du 19 au 22 janvier 2004.

«L’affaire Parmalat explosant de manière improvisée, mais faisant suite à d’autres affaire graves et préoccupantes, a mis à nu une vulnérabilité inattendue de notre système économique et financier, avec des connexions internationales évidentes», a commenté le président de la Conférence épiscopale italienne dans son discours d’introduction, faisant sans doute référence, entre autre, à une autre faillite douteuse et retentissante, celle du roi de la conserve Cirio, mis en liquidation en juillet 2003.

Pour le cardinal il s’agit maintenant de sauver une industrie alimentaire de grande importance, avec les postes de travail qui y sont liés, mais aussi de mettre au point les instruments adaptés «pour garantir la confiance des investissements de notre pays et pour protéger les épargnants».

Parallèlement aux enquêtes, le gouvernement italien prépare en effet une série de mesures pour assurer une meilleure protection des épargnants. Parmalat avait émis des obligations pour un montant de 7 milliards d’euros. Les 150’000 épargnants ont tout perdu dans le krach du groupe laitier, déclaré insolvable fin décembre 2003 et placé sous la tutelle de l’Etat.

A la veille de ce conseil qui prépare la 53e Assemblée générale qui se tiendra à Rome du 17 au 21 mai prochains et qui abordera notamment les sujets de l’enseignement de la religion catholique et de la situation des tribunaux ecclésiastiques régionaux, Mgr Silvio Cesare Bonicelli était déjà intervenu sur le sujet.

Abandonnés, trahis, dévastés

En effet, l’évêque de Parme, ville près de laquelle siège le «géant» laitier, ne s’était pas prononcé sur l’affaire, jusqu’à dimanche 18 janvier 2004. Jusqu’alors, la seule réaction de la curie épiscopale avait été celle d’»une invitation à la solidarité».

Selon la presse italienne en date du 19 janvier, un monsignore local, Mgr Franco Grisenti, avait seulement déclaré qu’il ne fallait pas oublier que Calisto Tanzi, le président et fondateur de Parmalat, «avait financé la restauration de la façade de la cathédrale et du baptistère».

Mgr Silvio Cesare Bonicelli, également membre de la Commission épiscopale pour les problèmes sociaux, le travail et la justice, a finalement décidé d’intervenir lors de son homélie dominicale dans l’église de Collechio, ville du siège de Parmalat. «Aujourd’hui, nous ne pouvons prétendre que la crise Parmalat n’existe pas, ou soit hors des portes de l’Eglise. La crise est également ’dedans’, entre nous», a-t-il déclaré. «Nous nous sentons abandonnés, trahis, dévastés», a-t-il affirmé devant les fidèles, tous plus ou moins liés au groupe alimentaire italien.

Quelles règles

«Après ce qui est arrivé, nous ne pouvons que penser, chercher à comprendre, se poser des questions importantes: le but du travail est d’avoir toujours plus? Que signifie-t-on par éthique, légalité? Quelles règles doit-on décider pour éviter qu’en Italie et à l’étranger des crises comme celle-ci se produisent?» s’est-il interrogé. L’évêque a conclu son homélie en encourageant la communauté à la prière et au pardon.

Lundi 19 janvier, un mois après le début du scandale financier Parmalat, l’ancien directeur financier du groupe agroalimentaire, également bras droit de Calisto Tanzi, Fausto Tonna, est retourné, sous escorte policière, dans son bureau. Accusé d’avoir réalisé des «faux» et des «détournements» au titre des imputations, il doit tenter d’établir le vrai bilan de l’entreprise, c’est-à-dire d’expliquer l’origine du trou dans les comptes qui avoisine les 10 milliards d’euros. (apic/imedia/pr)

19 janvier 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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