Pression sur les entreprises pharmaceutiques
Le Vatican lance une sérieuse attaque contre l’industrie pharmaceutique à propos du sida
Rome, 29 janvier 2004 (Apic) Le Vatican a lancé jeudi une attaque sans précédent contre l’industrie pharmaceutique mondiale. Un missionnaire résidant au Kenya a parlé de «génocide» à l’encontre des malades de sida dans les pays pauvres. Le Vatican demande qu’une pression internationale soit exercée afin d’obtenir une baisse des prix des médicaments.
«Si tant d’enfants meurent du Sida en Afrique, c’est qu’ils n’ont pas les médicaments nécessaires», a lancé Mgr Paul Josef Cordes, président du Conseil pontifical Cor Unum, lors d’une conférence de presse de présentation du message de Carême. Le prélat allemand a révélé que «le Saint-Siège a entrepris diverses initiatives pour faire pression sur les grandes entreprises pharmaceutiques».
Invité à la conférence de presse au Vatican, un jésuite américain, résidant depuis 24 ans au Kenya – pays très affecté par le virus -, a par ailleurs qualifié «d’action génocide» le fait que les cartels pharmaceutiques refusent de baisser le prix des médicaments contre le Sida en Afrique.
Pour accompagner le message du pape pour le Carême 2004, centré sur les violences que subissent les enfants, mais aussi sur les enfants contaminés dès leur naissance par ce fléau, le Conseil pontifical «Cor Unum» a lancé une initiative concrète en faveur des enfants orphelins du sida, au nombre de 11 millions en Afrique, selon les chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé. 2,5 millions d’enfants seraient contaminés, et 500’ 000 seraient morts l’année dernière, selon la même source citée par le prélat allemand devant les journalistes.
Timbre pour les victimes
En lien avec la Poste vaticane, un timbre spécial, intitulé en italien «les enfants victimes du sida», a été émis. Le Conseil «Cor Unum» espère que la vente de ces timbres pourra rapporter 500’000 euros.
Rappelant la dernière intervention du Saint-Siège à l’ONU, faite à New York en septembre dernier, par le biais du cardinal brésilien Claudio Hummes qui avait dénoncé le coût élevé des traitements non accessibles par les populations pauvres, Mgr Cordes a déclaré qu’il lui semblait «important de demander aux médias de montrer la souffrance de ces enfants qui meurent, car ils n’ont pas les médicaments nécessaires». Le prélat a annoncé que le Saint-Siège a entrepris différentes initiatives pour faire pression sur les grandes entreprises pharmaceutiques.
Au nom de l’argent et du bénéfice
Aujourd’hui, au moins 400 personnes meurent du sida chaque jour au Kenya, a commenté le Père Angelo D’Agostino, jésuite américain présent dans ce pays depuis 1980. Et pourtant, a-t-il dit, en Europe et en Amérique du Nord, ce n’est plus une maladie fatale, mais «seulement une maladie chronique». Pourquoi, s’est-il interrogé? Et de répondre: «Car c’est une action génocide des cartels pharmaceutiques qui refusent de rendre les médicaments abordables en Afrique, alors qu’ils ont conclu leur bilan 2002 par un bénéfice de 517 millions de dollars».
Pour lui, c’est une question morale qui montre le manque de «conscience sociale des entreprises capitalistes qui pourraient facilement sauver la vie de 25 millions d’Africains sub-sahariens séropositifs et donc condamnés». Le jésuite américain, médecin et fondateur d’un orphelinat pour des enfants sidéens au Kenya, se demande «comment les chrétiens pourront expliquer ce silence dans cinquante ans».
Nombreuses interventions déjà
Ces dernières années, le Saint-Siège s’est officiellement prononcé à plusieurs reprises sur le problème du prix trop élevé des médicaments contre le sida.
S’exprimant à l’Assemblée générale de l’ONU à New York en juin 2001, le cardinal Javier Lozano Barragan, président du Conseil pour la pastorale de la santé, proposait 14 points précis pour faire front à l’épidémie, dont celui de «diminuer au maximum le prix des médicaments disponibles contre le sida».
Au même moment, l’observateur permanent du Saint-Siège à Genève, Mgr Diarmund Martin, intervenait en Suisse lors de la session de travail sur la propriété intellectuelle, organisée par l’Organisation mondiale du travail. Les entreprises pharmaceutiques et les gouvernements des pays développés «devraient travailler ensemble pour assurer une fourniture adéquate des médicaments nécessaires, à un prix en phase avec le coût de la vie dans le pays en question», proposait alors Mgr Martin. Pour lui, ces mêmes entreprises ne doivent pas créer d’obstacle à la production nationale de médicaments dans les pays du tiers-monde.
Lors de la dernière assemblée générale de l’ONU sur la question, en septembre 2003, c’est le cardinal brésilien Claudio Hummes qui revenait sur le sujet. «Malheureusement, relevait-il, le coût des médicaments est élevé et souvent pas accessible, non seulement aux pauvres, mais aussi à ceux qui ont un salaire moyen. Ce problème économique est également lié à des questions légales, comme l’interprétation contentieuse de droit à la propriété intellectuelle», avait-il ajouté.
Le prélat, au nom du Saint-Siège, demandait à ce que soit respecté l’accord de l’Organisation mondiale du commerce, signé le 30 août 2003, qui était censé faciliter les pays pauvres dans l’importation à moindre coût, de médicaments pharmaceutiques soumis à des brevets contraignants. (apic/imedia/pr)




