Berne: Lettre ouverte de la section suisse d’Amnesty au Conseiller fédéral Blocher
Propos du leader de l’UDC jugés «inacceptables» et «dangereux»
Berne, 11 février 2004, (Apic) La section suisse d’Amnesty International estime inacceptables les déclarations faites par le Conseiller fédéral Christophe Blocher. Le chef de file de l’UDC (l’Union démocratique du centre) Parti populiste et d’extrême droite, s’était montré satisfait après le scrutin fédéral de dimanche sur l’initiative de l’internement à vie des dés délinquants dangereux, acceptée par le peuple.
Visiblement satisfait du résultat du scrutin, malgré l’avis contraire du parlement et du Conseil fédéral, Christophe Blocher avait défendu l’idée d’une Convention européenne sur les droits de l’home à la carte. Déclarant notamment envisager la dénonciation de ladite Convention pour y adhérer à nouveau avec des réserves conformes aux exigences de l’initiative
Dans une lettre ouverte au Conseiller fédéral Blocher, avec copies à ses collègues du gouvernement, la section suisse d’AI, par son Secrétaire général Daniel Bolomey, juge inacceptables ces déclarations car «elles mettent en cause la crédibilité de la Suisse au plan international». AI les estime en outre dangereuses, car elles apportent de l’eau au moulin à ceux qui méprisent le droit international et les droits humains.
Certains Etats, et pas des moindres, mènent une prétendue «guerre contre le terrorisme» en bafouant allègrement les droits humains et notamment les Conventions de Genève, dont la Suisse est l’Etat dépositaire et la garante. «Amnesty International et le CICR tentent aujourd’hui de faire comprendre à l’Administration Bush que la détention dans une zone de non-droit comme Guantanamo, voire dans des centres de détention secrets de personnes sans statut est inacceptable. La plupart des Etats européens soucieux de l’importance du droit international ont refusé d’emboîter le pas aux Etats-Unis dans cette direction. Et la Suisse joue à ce jour, grâce à son entrée aux Nations unies et à son rôle particulier dans le concert des Nations, un rôle essentiel pour défendre les valeurs de paix et d’humanité qui sont chères au peuple suisse».
Invitation à méditer
Pour AI, le Conseil fédéral ne devrait pas accepter que des déclarations intempestives viennent jeter un doute sur la volonté de la Suisse de poursuivre dans cette voie. En conséquence, écrit le Secrétaire général Bolomey, «je vous demande, ainsi qu’à vos collègues du Conseil fédéral, auxquels je transmets copie de cette missive par l’entremise du président de la Confédération, si vous avez l’intention de modifier la ligne de conduite du Conseil fédéral à l’égard des conventions et du droit international ou si vous acceptez de reconnaître avoir succombé à l’émotion du moment».
Et AI de conclure par cette invitation faite à Blocher de méditer sur ce qu’implique son rôle de membre du gouvernement: «Si les citoyens peuvent se laisser submerger par une approche émotionnelle d’une question d’une grande complexité, il est par contre peu compréhensible qu’un Conseiller fédéral en exercice n’ait pas le recul nécessaire pour apporter un commentaire sensé et mesuré». (apic/com/pr)




