Rome: Poursuite de la visite «ad limina» des évêques de France

Le cardinal Ratzinger définit la laïcité

Rome, 13 février 20034 (Apic) La laïcité est légitime. Encore faut-il faire la distinction entre la laïcité et un laïcisme s’imposant à l’Etat, lui faisant rejeter le religieux dans la sphère de la vie privée, considérant la question religieuse comme un facteur de divisions et de violence, qui viendrait troubler la paix sociale. C’est en ces termes que le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, s’est exprimé en s’adressant aux évêques français en visite «Ad limina».

S’exprimant devant une poignée de journalistes français, Mgr Jean- Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux et président de la Conférence des évêques de France a rapporté les propos tenus par le cardinal Ratzinger. Selon qui «il existe de fait une laïcité de l’Etat, mais qui ne doit pas signifier une neutralité de celui-ci». L’Etat doit assurer la liberté de conscience et la liberté des cultes.

L’autorité de l’Etat est limitée par les principes fondateurs que sont les droits de l’Homme, a poursuivi le cardinal Joseph Ratzinger.

La question posée par les évêques au préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, – «comment avoir une conception juste de la laïcité, dans une société qui a une approche du christianisme de type culturel» -, s’inscrivait dans le contexte du débat sur la nouvelle loi française votée par le sénat le 10 février 2004. Le cardinal Joseph Ratzinger a conclu sa réponse aux évêques en soulignant «que cette question n’était pas propre à la France mais qu’elle concernait l’ensemble des pays d’Europe».

Selon l’archevêque de Bordeaux, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi a précisément répondu à la question qui lui était posée, à la fois comme «un cardinal, un théologien, un chef de dicastère, un Allemand et un prêtre».

Pour Mgr Ricard, «il règne maintenant entre l’Eglise de France et le Saint-Siège un climat de confiance», a-t-il confié aux journalistes en soulignant combien durant les 30 dernières années ces relations ont pu parfois être délicates, «avec une suspicion de part et d’autre». «Les questions religieuses soulevées en France depuis le Concile Vatican II ont servi de référence pour des situations qui se sont largement développées depuis en Europe».

La laïcité en Table ronde

Par ailleurs, lors d’une table ronde au Centre culturel Saint-Louis de France, dans la soirée du 12 février 2004, Mgr Claude Dagens, évêque d’Angoulême, a été invité à s’exprimer sur le thème de «l’avenir de la laïcité en France». Une lecture historique de la laïcité devrait aider à apaiser les passions exacerbées et récurrentes, a affirmé Mgr Dagens qui s’est demandé comment l’Eglise avec son expérience passée pourrait aider la société en ce domaine. La France est un pays laïc de culture chrétienne avec les plus fortes minorités juives et musulmanes d’Europe, a constaté l’évêque. «Pour apprendre à vivre ensemble, il faut lutter contre l’ignorance religieuse en donnant aux jeunes une éducation civique, morale et religieuse», a-t-il conclu.

Jean Baubérot, président honoraire de l’Ecole pratique des Hautes Etudes (Ephe), titulaire de la chaire d’histoire et sociologie de la laïcité à l’Ephe et ancien membre de la Commission Stasi sur la laïcité a également pris la parole. «Il n’existe pas de laïcité absolue et, aujourd’hui, ce sont les instances européennes qui devaient assurer la liberté religieuse» a-t-il assuré. «Selon lui, la laïcité française doit se conformer aux standards internationaux des droits de l’homme», a conclu le professeur en Sorbonne qui s’est abstenu lors du vote de la Commission Stasi. (apic/imedia/pr)

13 février 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
Partagez!