La corruption dans les écoles catholiques est un fléau

Cameroun le secrétaire national de l’enseignement privé dénonce la corruption

Yayoundé, 22 février 2004 (Apic). L’abbé Jean Claude Ekobena, secrétaire national de l’enseignement privé catholique du Cameroun a reconnu que «la corruption et l’immoralité» règnent dans les écoles missionnaires. Il en impute la cause en particulier au barème des salaires qui date de 1976 et au non paiement des subventions par l’Etat.

L’abbé Jean Claude Ekobena, secrétaire national de l’enseignement privé catholique du Cameroun, a reconnu «la corruption et l’immoralité» qui règnent dans les écoles missionnaires. Le responsable ecclésiastique s’exprimait, dans une interview au quotidien local «Mutations», à l’issue d’une réunion des chefs d’établissements privés catholiques (directeurs d’école primaires et principaux de collèges), tenue au cours du mois de février, rapporte le correspondant pour l’Afrique de l’Ouest de l’ Apic.

«Les enseignants qui travaillent chez nous ne viennent pas de la planète Mars», a-t-il expliqué. «Ils vivent dans les quartiers, ils ont des problèmes et .sont forcément aussi tentés par la corruption», a souligné l’abbé Ekobena. Une corruption dont on ne peut évaluer l’ampleur, a-t-il reconnu. Cette corruption prend différentes formes.» Les parents viennent proposer de l’argent aux chefs d’établissements pour faire inscrire leurs enfants, ou bien les enseignants exigent de l’argent pour mieux suivre certains enfants, etc. Une réalité «indéniable, malheureusement» a-t-il déploré.

Grille salariale insuffisante et salaires irréguliers

Le secrétaire national de l’enseignement privé catholique du Cameroun a estimé qu’il y avait un lien possible entre le développement du fléau de la corruption dans les écoles et collèges catholiques, et la grille salariale de plus en plus contestée par les enseignants. Sans parler de l’irrégularité du paiement des salaires aux enseignants. «On rencontre ce type de problème dans toutes les entreprises» du pays, a-t-il dit. Cependant, a précisé l’abbé Jean Claude Ekobena, l’Eglise respecte le barème de salaires de 1976, qui a été fixé par le gouvernement. «Mais le salaire d’un licencié chez nous est inférieur à celui de son collègue de l’enseignement public», a-t-il précisé

En réponse à une question sur l’éthique religieuse dans les écoles privées catholiques, il a fait remarquer que «les générations avaient changé», mais que «la morale enseignée et pratiquée dans l’enseignement catholique au Cameroun est la même».

Avant, «il n’y avait pas internet», a-t-il poursuivi, «pas de télévision». Il était alors plus facile à ses yeux de donner une certaine éducation à l’enfant «sans courir le risque d’être contrarié par ailleurs». «Aujourd’hui, l’enfant voit sous d’autres cieux, via les nouvelles technologies de la communication ou par médias interposés, un culte voué aux valeurs contraires à celles qu’il apprend à l’école. «Cela peut lui donner l’impression que les choses ne se passent plus ici comme avant».

Subventions de l’Etat non versées

D’autre part, le secrétaire national de l’enseignement privé catholique s’est plaint du non versement des subventions annuelles de l’Etat à l’école privée catholique.

Cette «question est comme une épée de Damoclès suspendue au dessus de nos têtes», a-t-il dit. Dans certains établissements, a-t-il ajouté, les enseignants sont en grève parce que leur diocèse se trouve en difficulté de paiement. «Quand nous budgétisons ces subventions et qu’elles ne viennent pas, cela nous plonge dans de terribles ennuis», a fait remarquer l’abbé Jean Claude Jean Ekobena.

Effectifs en baisse dans les écoles catholiques

Les difficultés financières du secteur de l’enseignement privé catholique se sont amplifiées du fait que les effectifs baissent de plus en plus dans ces établissements, alors qu’ils augmentent dans l’enseignement public à cause de la gratuité de l’enseignement de base. «Nous faisons avec, sans pour autant baisser les bras», a-t-il souligné, relevant que dans les villes, les demandes sont largement supérieures à l’offre, tant au niveau primaire qu’au niveau du secondaire.

A cause de la pauvreté, la situation est différente dans les autres villages de l’intérieur du pays. Les parents ne peuvent pas payer la scolarité de leurs enfants, a encore expliqué Jean-Claude Ekobena. Ils préfèrent bénéficier de la gratuité de l’enseignement primaire dans le secteur public. «Si nous ne regardions que le côté économique, nous fermerions tous nos établissements de campagne», a-t-il noté. Il a précisé qu’il se faisait «une forme de péréquation entre les établissements de la ville et ceux de l’arrière pays. «Les rentrées financières des premiers permettent de soutenir les seconds».

L’église catholique du Cameroun et le ministère de l’éducation nationale ont lancé récemment un programme de lutte contre la corruption à l’école. (apic/ibc/vb)

22 février 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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