Nouveau climat de respect entre l’Eglise et l’Etat
Rome: Jean Paul II tire un bilan des relations diplomatiques avec le Mexique
Rome, 24 février 2004 (Apic) Jean Paul II a reçu, le 24 février, Javier Moctezuma Barragán, nouvel ambassadeur du Mexique auprès du Saint-Siège. Le pape dit apprécier le climat de respect entre le Saint-Siège et le Mexique, avant de pointer le doigt sur la pauvreté et le respect des minorités ethniques.
Les relations diplomatiques ont été rétablies en septembre 1992, alors qu’elles étaient interrompues depuis 1867. «Le Mexique a connu de grands changements politiques, sociaux et économiques depuis 20 ans», a souligné le pape qui a voulu tirer un bilan des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et le Mexique. Jean-Paul II s’est félicité du climat de respect entre l’Eglise et l’Etat», permettant «à l’Eglise de remplir au Mexique, en pleine liberté, sa mission pastorale et sociale».
«L’Eglise ne demande pas de privilèges», a poursuivi le pape, «son action n’est pas une conception erronée du principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat et du caractère laïc de l’Etat, tendant à réduire la religion à la sphère privée de l’individu sans reconnaître à l’Eglise le droit d’enseigner sa doctrine et d’émettre des jugements moraux n’affectant pas l’ordre social.»
Par ailleurs, le souverain pontife a invité le Mexique «à construire une culture démocratique et à consolider l’Etat de droit», soulignant que le «vaste et douloureux problème de la pauvreté, avec ses graves conséquences dans les domaines de la famille, de l’éducation, de la santé, ou de la survie était un dossier urgent pour le gouvernement et les responsables des pouvoirs publics».
Message de l’Eglise catholique aux indigènes
Un autre point important a également attiré l’attention de Jean Paul II, celui des minorités ethniques «particulièrement nombreuses au Mexique». Le pape a rappelé la canonisation du premier Indien du continent américain, Juan Diego, qu’il fit saint dans le sanctuaire Notre-Dame de Guadalupe, le 31 juillet 2002. Il avait alors déclaré, devant le président mexicain Vicente Fox, «le Mexique a besoin de ses Indiens et les Indiens ont besoin du Mexique». En outre, du 11 au 14 janvier 2002, le cardinal Roger Etchegaray, président émérite du Conseil pontifical Justice et Paix, s’était rendu au Chiapas afin de porter un message de soutien de Jean Paul II aux indigènes.
Un dernier sujet préoccupe Jean Paul II: l’immigration mexicaine aux Etats-Unis. Le pape a insisté sur le rôle des évêques établis dans les zones frontalières pour améliorer le sort des populations de migrants. 500’000 Mexicains émigrent chaque année aux Etats-Unis, à la recherche d’un emploi mieux rémunéré. Le nombre de personnes nées au Mexique et vivant actuellement aux Etats-Unis est évalué à plus de 8 millions de personnes, dont plus d’un tiers de sans-papiers.
Jean Paul II a conclu son adresse au nouvel ambassadeur du Mexique en signalant qu’il serait de «tout coeur» avec les fidèles qui se rendront au 48e Congrès eucharistique international, au mois d¹octobre 2004 à Guadalajara. A cette occasion, le Mexique a invité le pape à se rendre dans le pays, mais il est très peu probable qu’il s’y rende.
Ces relations au stade de la maturité
Javier Moctezuma Barragán, rappelant le 25e anniversaire du premier voyage du pape en général et au Mexique en particulier, a estimé «que les relations entre le Mexique et le Saint-Siège en sont au stade de la maturité». Il a souligné les efforts faits par son pays, en faveur de la démocratie, des droits de l’Homme et la fin des discriminations religieuses et ethniques. L’ambassadeur a ainsi relevé le prix Nobel de la paix attribué en 1982 au mexicain Alfonso Garcia Robles (1911-1991), ancien ministre des Affaires étrangères et chantre du désarmement.
Le nouveau représentant du Mexique auprès du Saint-Siège était depuis 2000 sous-secrétaire pour la population, l’immigration et les affaires religieuses du ministère de l’Intérieur mexicain. Il était, jusqu’en 2003, président du Groupe de travail sur l’immigration près de l’Organisation pour la coopération et le développement économique et président de la Conférence régionale pour les migrants.
Le président avait consacré 29 secondes au pape en 1979
Jean Paul II s’est rendu à cinq reprises au Mexique en 1979, 1990, 1993, 1999 et en 2002. Dans ce pays, les catholiques identifiés par amalgame aux colonisateurs espagnols, ont été persécutés au cours de plusieurs périodes. Une laïcité agressive a fait partie de la tradition officielle du pays. En 1979, le président mexicain, José Lopez Portillo, avait accueilli le pape par un discours de 29 secondes, dans lequel il appelait Jean Paul II «Monsieur». Depuis 1992, la loi mexicaine reconnaît à l’Eglise catholique la personnalité juridique. 92% des Mexicains se déclarent catholiques. (apic/imedia/bb)




