Une seule Eglise chinoise mais deux communautés

Chine: Deux tiers des évêques de l’Eglise patriotique chinoise reconnus par Rome

Rome, 5 mars 2004 (Apic) Environ les deux tiers des 79 évêques de l’»Association patriotique» des catholiques de Chine (APCC) seraient reconnus de fait par le Saint-Siège. Cette information à paraître dans «La Civilta cattolica» du 6 mars 2004, est déjà connue dans les milieux informés, mais revêt cependant une certaine importance de par sa publication dans la revue jésuite italienne, proche du Vatican.

Selon l’article intitulé «Y a-t-il un réveil religieux en Chine?», rédigé par le jésuite Benoît Vermander, la Chine qui compte aujourd’hui 100 millions de bouddhistes, 20 millions de musulmans et 15 millions de protestants, recense entre 12 et 15 millions de fidèles catholiques. Ces derniers sont répartis entre les communautés «patriotique» et «souterraine», selon le jésuite spécialiste de la Chine et directeur de l’institut Ricci de Taiwan. Parmi eux, l’on compterait pour la première 79 évêques, dont la majorité seraient reconnus au Vatican, et 49 pour la seconde.

Répression contre l’Eglise catholique

Certes, admet le sinophile, ces statistiques concernant les religions sont «toujours à prendre avec précaution dans un contexte chinois». En effet, si l’intellectuel français parle de «crise de croissance» du religieux en Chine aujourd’hui, il ne faut pas oublier l’héritage de ce pays. L’arrivée de Mao Tsé-Toung à la tête du pays et la proclamation de la République populaire de Chine en octobre 1949 s’accompagnent dans les années 50 de mesures de répression envers les différentes Eglises, le pouvoir communiste cherchant la mainmise totale sur le phénomène religieux. Dans une logique de protectionnisme poussé à outrance, la Chine ferme ses portes à l’étranger.

Nombreuses sont les mesures prises à l’encontre de l’Eglise catholique. Le nonce apostolique est expulsé de Chine à la fin des années 40, marquant l’interruption des relations diplomatiques entre le gouvernement chinois et le Vatican, tandis que l’Eglise catholique chinoise passe sous le contrôle de l’Etat. C’est en 1957 qu’est créée l’Eglise dite «patriotique», reconnue officiellement par l’Etat qui en contrôle la nomination des membres et la gestion des biens matériels.

Officiels et clandestins cohabitent

C’est après la décennie de «révolution culturelle» – 1968-1978 – durant laquelle prêtres et éducateurs sont persécutés et déportés que naît l’Eglise «souterraine» ou «clandestine» en Chine. Celle-ci se veut à la fois libre de la tutelle étatique de Deng Xiaoping et en communion avec Rome. Réduite dans un premier temps à la clandestinité du fait de son illégalité, cette deuxième communauté catholique s’ajoute à la première.

Désormais, ces deux communautés cohabitent en Chine, plus ou moins harmonieusement selon leur répartition géographique et la sévérité des autorités locales. Jean Paul II, pour lequel il existe une seule Eglise chinoise mais deux communautés, appelle à l’unité de ces deux dernières, et reconnaîtrait la majeure partie des évêques nommés par le gouvernement qui auraient secrètement des contacts avec le Saint-Siège.

Mais la bonne entente des deux courants, malgré la similitude de leurs initiatives spirituelles, ne semble pas aller de soi. En effet, si l’Eglise souterraine reproche à l’Eglise officielle son indépendance vis-à- vis de Rome et sa dépendance vis-à-vis de l’Etat chinois, celle-ci souhaite sa légitimité tout en recherchant souvent le contact avec le Vatican. (apic/imedia/be)

5 mars 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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