L’Eglise serbe exige le retrait des troupes allemandes de la KFOR

Kosovo: Violence albanaise contre les églises historiques des minorités serbes

Oslo/Decani, 25 mars 2004 (Apic) L’Eglise serbe orthodoxe du Kosovo exige le retrait des troupes allemandes la force multinationale de paix de l’Otan (Kfor). Elle accuse la Kfor d’»incompétence» en raison de la destruction massive, par les extrémistes albanais, des églises historiques orthodoxes qu’elle est censée protéger.

L’Eglise orthodoxe accuse les milieux nationalistes albanais de chercher, en détruisant églises et cimetières, à effacer la mémoire de la présence multiséculaire serbe en Kosovo-Metojiha. Au moins 28 personnes tuées, 1’000 blessées et 30 églises orthodoxes et monastères détruits depuis la reprise des violences au Kosovo à la mi-mars. La Mission de l’ONU au Kosovo (Minuk) et la Kfor sont accusées par l’Eglise orthodoxe serbe de «laisser faire».

Dans une déclaration à l’organisation oecuménique norvégienne «Forum 18 News Service», le Père Sava Janjic, vice-abbé du monastère de Decani révèle que le diocèse orthodoxe de Raska et Prizren va exiger le retrait des troupes allemandes de la Kfor pour «incompétence». Pendant les heurts récents entre Albanais et Serbes de ces derniers jours, elles n’ont pas été capables de sauver de la destruction dix églises historiques et d’autres propriétés de l’Eglise orthodoxe.

Inertie des troupes allemandes dénoncées: déjà 112 églises détruites depuis 1999

Des témoins ont déclaré que les troupes allemandes de la Kfor n’ont rien fait pour protéger aucun des sites religieux. Le diocèse de l’Eglise orthodoxe de Raska et Prizren accuse la Mission de l’ONU au Kosovo (Minuk) de n’avoir pas protégé les sites attaqués et ce, depuis 1999 jusqu’aux violences actuelles de mars 2004. 112 églises orthodoxes ont déjà été détruites avant les dernières émeutes sans qu’aucun des agresseurs n’ait été arrêté, alors que la région est pourtant sous administration de l’ONU et des troupes de l’Otan.

Par contre en Serbie, affirme le moine de Decani, les autorités ont arrêté 120 personnes pour des attaques contre des mosquées à Belgrade et à Nis. Les responsables religieux musulmans, les partis politiques et le gouvernement ont unanimement condamné les incendies volontaires de deux mosquées.

Selon le Père Sava, dont les propos sont rapportés jeudi 25 mars par l’organisation oecuménique norvégienne de défense des libertés religieuses «Forum 18», le diocèse serbe orthodoxe de Raska et Prizren déplore vivement le fait que la force multinationale n’a pas pu protéger les églises des émeutiers anti-serbes. Les troupes allemandes de la Kfor avaient pour mission de protéger les Serbes et les propriétés serbes du diocèse de Raska et Prizren, mais ont manqué à leur devoir. Elles se sont montrées incapables de sauver de la destruction dix églises historiques, dont l’une datant du 14è siècle, un monastère et six autres églises, la résidence de l’évêque ainsi qu’un séminaire, dénonce le diocèse serbe de Raska et Prizren.

Le vice-abbé du monastère de Decani a déclaré que les témoins et les moines de Prizren lui ont affirmé que les troupes de la Kfor n’étaient pas intervenues. D’après des témoins, les émeutiers ont uriné sur les ruines des églises détruites et peint des slogans «Mort aux Serbes» et «A bas la Mission de l’ONU» (Minuk).

Le patrimoine historique orthodoxe répertorié par l’Unesco part en flammes

Le diocèse de l’Eglise orthodoxe de Raska et Prizren déplore que l’héritage culturel historique, pourtant sous la protection de l’UNESCO, n’ait pas été protégé par la Mission de l’ONU. Le diocèse rappelle qu’il publie chaque jour une liste des destructions et des dommages infligés aux symboles de la culture chrétienne au Kosovo.

Pour sa part, une organisation d’experts dans le domaine de l’héritage spirituel et culturel basée à Belgrade, Mnemosyne, déclare qu’elle a essayé d’organiser une conférence internationale d’urgence pour protéger le patrimoine culturel du Kosovo mais n’a pas encore reçu de réponse satisfaisante. «Nous devons sauver ce qui reste de cette culture», a déclaré Mirjana Menkovic, la présidente de cette association. «Il faut respecter les Conventions internationales qui concernent ces sites historiques. Nous devons aussi parler avec nos collègues universitaires albanais pour partager une responsabilité commune afin que soient respectées les conventions internationales et afin de sauver cet héritage», a-t-elle ajouté.

Les religions instrumentalisées par la politique

Le Conseil oecuménique des Eglises (COE) et la Conférence des Eglises européennes (KEK) ont déclaré le 19 mars que «les communautés religieuses et les églises doivent rejeter toute tentative de chaque partie du conflit d’utiliser la religion comme une cause motivant les affrontements. Elles devraient au contraire joindre leurs voix pour condamner cette nouvelle vague de violence, d’intolérance et d’extrémisme».

De son côté, la police albanaise kosovare de la région de Gjilan minimise les faits et reconnaît tout au plus la destruction de deux églises dans cette région. Assertion farouchement contestée par le vice-abbé Sava Janjic, citant les attaques contres les églises de St-Uros à Urosevac, de Kamenica et le home paroissial de Vitina, ainsi que l’église de Varos.

De son côté le président de l’Association pour la liberté religieuse en Serbie dénonce ces destructions d’églises comme un atteinte à la liberté de religion et un acte de désacralisation. Ces violences font tache d’huile et les observateurs ont noté entre le 18 et le 20 mars des incidents violents en Serbie, au Monténégro, en Bosnie et en Macédoine. Probablement, pense-t- on, en écho aux violences au Kosovo.

En Bosnie, le ministre de l’Intérieur a condamné l’incendie de l’église serbe orthodoxe de «Marie Mère de Dieu», à Bugojno, le 18 mars. Les auteurs ont été arrêtés. Un centre biblique protestant a aussi été incendié par des cocktails molotov jetés par une trentaine de personnes, le lendemain de l’incendie d’une mosquée, dans la même ville de Nis, en Serbie.

Mosquée attaquée à coups de pierre

Une mosquée a été également attaquée à coups de pierre à Novi Pazar, au Montenegro. A Podgorica, cinq mineurs ont été arrêtés pour avoir mis le feu à une mosquée et chanté des chants anti-albanais. Dans la partie serbe de la Bosnie Herzégovine, l’entrée d’une mosquée a été détruite, près de Gradiska. En Macédoine également, des bouteilles enflammées ont été jetées à l’entrée d’une mosquée, à Kumanovo.

Le Premier ministre serbe Vojislav Kostunica a qualifié de «tentative de pogrom» les attaques anti-serbes qui ont lieu depuis quelques jours dans la plupart des localités serbes du Kosovo, les jugeant «planifiées et coordonnées».

Plus de 200’000 Serbes ont fui la province depuis 1999 en raison des violences des extrémistes albanais. Ceux qui sont restés, entre 80’000 et 120’000, vivent surtout dans des enclaves protégées par les soldats de la force multinationale de paix Kfor. (apic/ forum18/vb)

25 mars 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
Partagez!